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Le rôle discret – mais crucial – de la bioéthique dans les décisions sanitaires

Le bioéthicien Maxwell Smith s'exprime rarement dans les médias, et pourtant il joue un rôle clé en tant que conseiller de l'Ontario ainsi qu'auprès de l'Organisation mondiale de la santé.

Une petite fille appuie sa main contre celle de sa grand-mère, derrière une vitre.

La pandémie a tenu loin les petits-enfants des grands-parents les plus vulnérables, selon les critères de santé provinciaux.

Photo : Getty Images / RyanJLane

Maud Cucchi

La moindre décision concernant la pandémie, que ce soit d’instaurer un confinement, de rationner des ressources médicales ou de déterminer qui recevra le vaccin en priorité, implique plus que la science, clarifie d’emblée le bioéthicien Maxwell Smith, pour expliquer ses discrètes fonctions auprès de l’Ontario.

Son rôle de conseiller en bioéthique est rarement mis au premier plan, éclipsé par les prises de parole scientifiques et politiques quotidiennes. Depuis le début de la pandémie, M. Smith n’a participé qu’à une seule conférence de presse et rarement expliqué sa mission dans les médias.

Au sein du groupe d'étude ontarien sur la distribution des vaccins contre la COVID-19, sa mission est pourtant cruciale : il passe au crible les dilemmes éthiques de la stratégie provinciale de vaccination.

Avant que les décisions ne soient prises, le professeur adjoint à l'Université Western s'interroge sur les orientations sanitaires en évaluant, notamment, leur poids moral dans la société.

La science est cruciale, mais les décisions sont prises à partir de valeurs que l’on juge fondamentales, et c’est là qu’apparaît l’éthique, explique M. Smith, qui fait également partie du groupe de travail sur l'éthique et la COVID-19 auprès de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Maxwell Smith s'exprimant à un pupitre.

Maxwell Smith, professeur adjoint de l'Université Western, dirige une équipe de recherche qui analyse et décrit les voies éthiques des décisions prises en lien avec la COVID-19.

Photo : Maxwell Smith

On ne vit pas dans une technocratie où les scientifiques prennent les décisions, rappelle le professeur. Ce sont les élus à qui incombe l’entière responsabilité des politiques prises.

Entre les deux, le bioéthicien a son mot à dire, car il en va aussi des valeurs de la société de la province, de ce qui est toléré et acceptable aux yeux de la population, aspect que les scientifiques prennent en compte, mais auquel ils n’accordent pas le même poids.

La logique des valeurs et principes sous-tendant la distribution des vaccins en Ontario a même été publiée dans un cadre éthique, sorte de b.a.-ba méthodologique qui place en premier la réduction des maladies et des décès liés à la COVID-19.

Il y est aussi question de confiance, d’équité, de justice et de transparence pour une campagne vaccinale éthique et efficace.

Sauver des vies

S’il apparaît clairement que la plupart des pays ont fait le choix spontané de privilégier la santé publique plutôt que leur économie, l’Ontario a fait plancher son groupe de conseillers sur la question.

Quand nous essayons de déterminer les groupes prioritaires pour le vaccin, cite le bioéthicien en exemple, nous devons nous questionner sur nos objectifs : est-ce de rouvrir les commerces le plus rapidement possible? d’éviter les décès?

À l'aune de la bioéthique, la question est vite tranchée.

Avec la mort, on ne peut pas compenser plus tard. Vous mourez et c’est tout. Tandis que si vous avez certains effets économiques négatifs, vous pouvez toujours atténuer avec des programmes d’aide.

Une citation de :Maxwell Smith, professeur adjoint à l'Université Western

Selon lui, il est important que les décideurs politiques soient clairs sur les objectifs de leur stratégie vaccinale, transparents sur les principes sous-jacents qui guident leurs décisions et explicites dans leurs jugements de valeur afin d'avoir la confiance du public tout au long du processus.

Quitte à changer de tactique en cours de route, poursuit-il, ce qui fut le cas pour la prolongation de la durée d’administration entre les deux doses des vaccins.

Doug Ford en point de presse devant les chutes Niagara.

En conférence de presse devant les chutes Niagara, Doug Ford a annoncé une subvention en soutien aux petites entreprises du secteur du tourisme.

Photo : Radio-Canada

Vous voulez prendre des décisions sur les meilleures preuves disponibles, justifie le bioéthicien. La province a toujours suivi ce que [les scientifiques] recommandaient de faire. Quand le comité national d’immunisation a fait ses recommandations sur l’extension des doses à quatre mois, la province a dit : c’est ce que les preuves disent, ce que les experts suggèrent, on change de stratégie.

Perspective internationale

En tant que membre du groupe éthique de l'OMS, le chercheur questionne les efforts provinciaux et nationaux au regard de la situation internationale. En résumé : Si on ne travaille pas collectivement, il sera difficile de gérer cette pandémie.

Le Canada est responsable envers ses citoyens et on s'attend à ce que le pays fasse tout pour nous protéger, dit-il.

Mais en même temps, si on ne s’assure pas que d’autres parties du monde sont vaccinées et ont accès au vaccin, alors on ne protège pas vraiment les Canadiens, parce qu’on sait que le virus peut revenir et nous atteindre, quelles que soient les mesures que nous prenons à l'intérieur de nos frontières.

Une citation de :Maxwell Smith, professeur adjoint à l'Université Western

Et que pense-t-il du passeport vaccinal, dernier enjeu actuellement considéré par Ottawa? Ce type de certificat soulève des questions éthiques inévitables : comment ça touche certains groupes et en discriminent d’autres, comment peut-on le rendre plus juste?

La silhouette d'un homme tirant une valise se profile devant une baie vitrée donnant sur le tarmac d'un aéroport.

Justin Trudeau a commenté publiquement la possibilité que des « passeports vaccinaux » soient délivrés aux gens qui auront été vaccinés contre la COVID-19.

Photo : Reuters / GONZALO FUENTES

Son droit de réserve l'empêche d'en révéler davantage sur les discussions en cours en Ontario. On donne notre avis au mieux de notre expertise et de notre discipline, mais ultimement c'est au gouvernement de prendre la décision à partir des différentes perspectives qui lui sont soumises, tempère-t-il avec confiance.

Optimiste, le bioéthicien l'est assurément quand il évoque la résilience des sociétés face aux catastrophes comme la pandémie en cours.

Si la pandémie nous a révélé quelque chose, c’est notre engagement renouvelé à plus de justice, à plus de solidarité.

Une citation de :Maxwell Smith, professeur adjoint à l'Université Western

Face aux injustices historiques, aux populations ignorées dans l’Histoire, le bioéthicien tient à souligner l'engagement et les actions prises envers ces populations, pour répondre à leurs besoins. Et j'espère que ça va continuer, se surprend-il à rêver.

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