•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

COVID-19 : l'OMS veut une enquête sur une éventuelle fuite d'un laboratoire en Chine

Le patron de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Le directeur général de l'OMS réclame un meilleur accès aux données brutes, en Chine, entourant l'émergence de la COVID-19.

Photo : Reuters / Christopher Black/WHO

Agence France-Presse

Le patron de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), accusé d'être trop complaisant envers Pékin, a durci le ton mardi en se disant prêt à envoyer des experts enquêter sur l'hypothèse qu'une fuite d'un laboratoire chinois soit à l'origine de la pandémie.

Cette thèse, selon laquelle le virus donnant la COVID-19 s'est échappé d'un laboratoire de Wuhan, la ville chinoise où les premiers cas ont été détectés à la fin de 2019, a été défendue avec force par l'administration américaine sous la présidence de Donald Trump, qui se basait sur les informations de ses services de renseignement.

La Chine a toujours nié cette possibilité.

Et des experts internationaux dépêchés en Chine par l'OMS en janvier, pour mener l'enquête sur l'origine de la pandémie plus d'un an après son début, l'ont pratiquement exclue, car ils jugeaient extrêmement improbable que le virus provienne d'un laboratoire.

Sortant de son silence sur le sujet, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a créé la surprise mardi en affirmant que cette hypothèse demande des enquêtes supplémentaires, probablement avec de nouvelles missions avec des experts spécialisés que je suis prêt à déployer.

Même si l'équipe a visité plusieurs laboratoires à Wuhan et envisagé l'hypothèse d'un accident de laboratoire, je ne pense toutefois pas que cette évaluation ait été suffisamment approfondie, a-t-il dit.

Les Américains ont à plusieurs reprises souligné que cette équipe ne comportait pas de spécialiste capable d'évaluer la sécurité des laboratoires.

Le Dr Ghebreyesus a également indiqué que les experts internationaux lui avaient fait part de leurs difficultés à accéder aux données brutes pendant leur séjour en Chine. Une rare critique publique de la façon dont Pékin a géré cette enquête conjointe.

J'espère que de nouvelles études collaboratives seront basées sur un partage de données plus large et plus rapide, a-t-il ajouté.

Des gens parlent devant un édifice.

Des experts de l'Organisation mondiale de la santé mènent une enquête à Wuhan sur les origines de l'épidémie de COVID-19 en Chine en février 2021.

Photo : Reuters / ALY SONG

Le chef de la délégation de scientifiques internationaux, Peter Ben Embarek, a minimisé la chose en conférence de presse mardi. Il a en effet affirmé qu'en Chine comme ailleurs certaines données ne pouvaient être partagées pour des raisons de respect de la vie privée, et qu'il s'efforçait de trouver des solutions pour avoir accès aux données dans la phase 2 de l'étude.

Il a par ailleurs reconnu qu'aucune enquête exhaustive n'avait été faite sur les laboratoires chinois, mais a fait valoir que les experts n'avaient reçu aucun argument solide ou élément de preuve venant étayer l'hypothèse d'une fuite de laboratoire, qu'elle soit volontaire ou accidentelle.

Dès les premiers cas à la fin de décembre 2019, le personnel des laboratoires de Wuhan a fait des recherches sur l'origine du virus, sans toutefois trouver de trace dans les dossiers ou les échantillons, a-t-il raconté.

Le rapport de l'OMS, un premier pas

Le durcissement de ton du patron de l'OMS à l'égard de Pékin survient au moment où les États-Unis, sous la présidence de Joe Biden, sont revenus dans le giron de l'organisation onusienne, après des mois d'absence.

L'ancien président américain Donald Trump a été le critique le plus féroce de l'OMS et l'a même qualifiée de marionnette de la Chine. Il avait fini par couper les ponts avec l'OMS en retirant, l'an dernier, les États-Unis de l'agence.

Mais la nouvelle administration souligne qu'elle entend justement profiter de sa place retrouvée à la table pour réformer l'agence basée à Genève.

Les États-Unis et 13 pays alliés, dont le Royaume-Uni, Israël et le Canada, ont ainsi exprimé mardi leurs préoccupations dans une déclaration commune au sujet du rapport de l'OMS, réclamant à la Chine de donner pleinement accès à ses données.

Ces pays renouvellent leur soutien à l'agence de l'ONU, mais affirment qu'il est aussi essentiel d'exprimer nos préoccupations partagées sur le fait que l'étude [...] a été retardée de manière significative et n'a pas eu accès de manière exhaustive aux données et échantillons originaux.

L'UE a également montré du doigt le démarrage tardif de l'enquête, le retard dans le déploiement des experts [en Chine] et la disponibilité limitée des spécimens et données remontant aux débuts de la pandémie, mais a jugé que le rapport est un premier pas utile avant de nouvelles investigations qui imposent d'avoir accès à tous les lieux appropriés et à toutes les données disponibles.

Les critiques estiment que Pékin, très soucieux de combattre tout reproche lié à sa gestion de la crise sanitaire, a constamment mené en bateau l'OMS et s'est montré très réticent à partager les données qui permettraient de faire la lumière sur les origines d'une maladie qui a tué près de 2,8 millions de personnes dans le monde.

Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères chinois a affirmé que la politisation de l'étude des origines de la pandémie ne ferait que nuire à la coopération internationale et souligné avoir fait preuve d'ouverture dans son attitude à l'égard des experts internationaux.

Un traité sur les pandémies

Afin de se préparer aux inévitables crises sanitaires à venir, Tedros Adhanom Ghebreyesus et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont aussi lancé un appel, mardi, à élaborer un traité international sur les pandémies.

Charles Michel debout derrière un lutrin.

Le président du Conseil européen, Charles Michel

Photo : Reuters

Aucun gouvernement ni aucun organisme multilatéral ne peut, seul, faire face à cette menace, soulignent les dirigeants d'une vingtaine de pays dans une tribune publiée mardi dans de nombreux quotidiens internationaux.

Parmi les signataires figurent le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel, le premier ministre britannique Boris Johnson ainsi que les présidents sud-coréen Moon Jae-in, sud-africain Cyril Ramaphosa, indonésien Joko Widodo et chilien Sebastian Piñera.

L'Europe en mode confinement

Parallèlement, plusieurs pays en Europe frappés par une troisième vague épidémique continuent d'annoncer des mesures pour tenter de limiter la propagation du virus, en particulier en ce qui concerne les voyages.

L'Allemagne va ainsi renforcer pour les 8 à 14 prochains jours les contrôles autour de ses frontières terrestres, notamment avec la France, le Danemark et la Pologne.

Les policiers ne pourront pas renvoyer les voyageurs d'où ils arrivent, mais vérifieront qu'ils ont un test négatif de moins de 48 heures et se sont enregistrés auprès des autorités sanitaires allemandes.

L'Italie, dont l'essentiel du territoire est actuellement soumis à de sévères restrictions, imposera pour sa part un isolement de cinq jours aux voyageurs venant de l'Union européenne. Ils devront en outre effectuer un test avant leur départ, ainsi qu'un autre à l'issue de leur isolement.

En France, où le nombre de patients en réanimation a dépassé le pic de la deuxième vague à l'automne, les autorités sont sous pression pour décider de nouvelles restrictions et ne pas franchir la ligne rouge du tri des patients, une mise en garde de la part des médecins.

La pandémie a fait au moins 2,79 millions de morts, selon un bilan établi mardi par l'AFP, quinze mois après la détection des premiers cas de COVID-19 à la fin de décembre 2019 à Wuhan, en Chine.

Vaccination

En attendant, les campagnes de vaccination progressent peu à peu.

Une fiole du vaccin Pfizer-BioNTech contre la COVID-19.

Le vaccin Pfizer-BioNTech, vainqueur de la course au vaccin dans de nombreux pays.

Photo : Reuters

Le laboratoire allemand BioNTech a annoncé mardi qu'il comptait fabriquer en 2021 jusqu'à 2,5 milliards de doses de son vaccin développé avec l'américaine Pfizer, soit 25 % de plus qu'annoncé initialement.

Au Royaume-Uni, la situation s'est nettement améliorée sous l'effet du confinement imposé depuis le début janvier et de la campagne de vaccination.

Pour la deuxième fois cette année, les autorités sanitaires n'ont ainsi recensé aucun décès à Londres dimanche dernier.

Plus de 565 millions de doses de vaccins anti-COVID ont été administrées dans au moins 179 pays ou territoires, selon un comptage réalisé par l'AFP à partir de sources officielles mardi.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !