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Myanmar : plus de 520 morts, les factions rebelles menacent la junte

Des protestataires fuient les militaires dans les rues de Rangoon.

Des protestataires fuient les militaires dans les rues de Rangoon.

Photo : Reuters

Agence France-Presse

Plus de 520 civils ont été tués par les forces de sécurité depuis le coup d'État du 1er février au Myanmar, où les factions ethniques armées menacent de rejoindre le mouvement de contestation si le bain de sang continue.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir d'urgence mercredi à huis clos, à la demande de Londres. Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a exhorté la communauté internationale à plus d'unité et plus d'engagement pour faire pression sur la junte.

Les États-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé une nouvelle salve de sanctions ces derniers jours, mais la Chine et la Russie s'opposent à de telles mesures, refusant jusqu'à présent de condamner officiellement le putsch.

Profitant de ces divisions, les généraux poursuivent la répression meurtrière pour essayer d'en finir avec les manifestations en faveur du rétablissement de la démocratie et les grèves qui secouent le Myanmar depuis qu'ils ont renversé le gouvernement civil d'Aung San Suu Kyi.

Aung San Suu Kyi en conférence de presse.

Aung San Suu Kyi a été réélue en novembre 2020.

Photo : Getty Images / AFP

Plus de 521 personnes, dont de nombreux étudiants et des adolescents, sont tombées sous les balles des policiers et des militaires ces deux derniers mois, d'après l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (AAPP).

L'ONG précise que ce bilan est probablement beaucoup plus lourd, d'autant que des centaines de Birmans arrêtés sont portés disparus.

Pour la seule journée de samedi, la plus sanglante, au moins 107 civils, dont 7 mineurs, ont péri.

Le bilan a encore été lourd mardi avec la mort de huit personnes à Muse, dans l'État Shan, et d’un nombre qui n’a pas encore été communiqué à Myitkynia dans l'État Kachin, à Mandalay et à Bago, selon l'AAPP.

Les médias d'État ont de leur côté annoncé qu'un manifestant avait perdu la vie à Rangoon, la capitale économique. Les autorités enquêtent sur l'explosion d'une bombe dans un commissariat de police à Bago, qui a fait des blessés.

La résistance

Les contestataires ont de leur côté mis en oeuvre de nouvelles tactiques de résistance.

Ils ont déclenché une grève des ordures pour bloquer les carrefours routiers, si bien qu'à Rangoon, la capitale économique, les détritus se sont amoncelés dans les rues, coiffés de petits panneaux clamant : On a besoin de la démocratie, d'après des images diffusées par des médias.

Deux hommes vident un panier rempli de détritus sur le pavé.

Des contestataires répandent des ordures dans les rues pour bloquer la circulation.

Photo : Reuters

Si les forces de sécurité continuent à tuer des civils, nous collaborerons avec les manifestants et nous riposterons par les armes, ont pour leur part averti plusieurs organisations rebelles constituées ethniquement dans un communiqué commun signé notamment par l'Armée d'Arakan (AA), forte de milliers d'hommes et dotée de moyens très importants.

La situation risque d'évoluer vers une guerre civile totale, a commenté auprès de l'AFP Debbie Stothard, de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH). La junte ne veut rien céder et des contestataires, largement pacifiques jusqu'à présent, sont tentés d'appeler à l'aide des factions armées pour se protéger.

Depuis l'indépendance de la Birmanie en 1948, une multitude de groupes ethniques est en conflit avec le gouvernement central pour obtenir plus d'autonomie, l'accès aux nombreuses richesses naturelles ou une part du lucratif trafic de drogue.

L'armée avait conclu ces dernières années un cessez-le-feu avec certains d'entre eux. Elle avait même retiré à la mi-mars l'Armée d'Arakan de sa liste des organisations terroristes.

Frappes aériennes

Mais le week-end dernier, la junte a procédé à des frappes aériennes dans le sud-est, ciblant l'une des principales factions armées, l'Union nationale karen (KNU), après que cette dernière se fut emparée d'une base militaire, tuant des soldats.

Des gens attendent sur la rive d'entrer dans des bateaux.

Des réfugiés karens tentent de fuir vers la Thaïlande à partir de Mae Hong Son.

Photo : Reuters

Il s'agissait des premières attaques de ce type dans cette région en 20 ans. Environ 3000 personnes ont fui les violences dans l'espoir de trouver refuge en Thaïlande voisine, d'après des organisations locales.

De nouveaux raids mardi ont fait six morts dans l'État Karen, d'après la KNU.

Après avoir marché dans la jungle et franchi la frontière, Naw Eh Tah, une adolescente de 18 ans, a raconté à l'AFP n'avoir jamais rien vu de tel, évoquant les attaques aériennes.

Mais la plupart de ces Birmans sont refoulés, a assuré Hsa Moo, une militante karen des droits de la personne. Les autorités thaïlandaises leur ont fait savoir qu'ils devaient rentrer chez eux, qu'il n'y avait plus de combats, a dit cette femme qui a pourtant fait état de nouveaux raids aériens lundi soir.

Le premier ministre thaïlandais, Prayut Chan-o-Cha, a quant à lui assuré qu'il n'y avait aucun afflux de réfugiés dans son pays, démentant au passage l'usage d'armes ou de bâtons pour les effrayer.

Des Karens blessés sont allés se faire soigner mardi en Thaïlande, en particulier un garçon de 15 ans touché au poumon.

La plupart ont été atteints par des éclats [...] beaucoup semblent n'avoir rien mangé depuis des jours, a raconté le docteur Chari Komskorm qui les a accueillis dans le petit hôpital du district de Sop Moei.

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