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Analyse

La pandémie contre les syndiqués du secteur public

La présidente du Conseil du Trésor, Sonia LeBel, rencontrera mardi soir les dirigeants des principales organisations syndicales.

Des manifestants devant le Cégep de Victoriaville

Des enseignants du Cégep de Victoriaville et leurs confrères employés de soutien et professionnels affiliés à la Centrale des syndicats du Québec ont manifesté en février devant l’établissement d’enseignement.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Dumas

En temps normal, renouveler les conventions collectives d’un demi-million d’employés de l’État est un exercice complexe. Imaginez ce que ça donne en temps de pandémie, temps anormal s’il en est un, alors que les services publics sont aussi sollicités que les coffres de l’État.

Enseignants, infirmières, personnel d’entretien, cols bleus et cols blancs, pour ne nommer que ceux-là, sont sans convention collective depuis un an. La FTQ, la CSN, la CSQ, la FIQ, l’APTS et la FAE ont présenté leurs premières demandes au Conseil du Trésor à l’automne 2019, et depuis, les négociations stagnent.

Tout le monde est à bout, me disait lundi une source syndicale. Évidemment, ce n’est ni la première ni la dernière fois qu’on entendra ces mots durant des négociations dans le secteur public.

Il n’empêche que maintenant, à peu près tous les syndiqués vous diront la même chose. La COVID-19 a complètement chamboulé les négociations et le rapport de force entre les travailleurs et les patrons. Et jusqu’à aujourd’hui, ce sont surtout les premiers qui ont écopé.

Pourquoi? Parce que la crise tend à mobiliser l’opinion publique en faveur du gouvernement, tout en privant les syndiqués de plusieurs moyens de pression.

La COVID-19 comme briseur de grève

La présidente du Conseil du Trésor Sonia LeBel le sait : à tort ou à raison, les syndicats sont en position de faiblesse. C’est forte de cette conviction qu’elle se présentera mardi soir devant les dirigeants des six centrales syndicales de la fonction publique.

Il ne s’agit pas de présumer d’une quelconque mauvaise foi, mais bien de comprendre que toute négociation est sujette à un rapport de force qui, en ce moment, avantage l’État. Ultima ratio regium : pour les travailleurs, le dernier argument, c’est la grève.

Sonia LeBel participe à une conférence de presse.

La présidente du Conseil du Trésor Sonia LeBel.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Or, en temps de pandémie, qui osera porter l’odieux d’un arrêt de travail, alors que la population dépend plus que jamais des services publics? Les syndicats ont fait preuve d’une patience indéniable depuis un an, mais la pandémie ne leur a guère laissé le choix.

Pour bien l'illustrer, rappelons seulement qu’il y a un an que les conventions collectives sont échues et qu’on commence à peine à parler de débrayage. En 2015, les grèves tournantes avaient commencé dès l’automne, six mois après la fin des contrats de travail.

Le gouvernement pris à son jeu

Pourtant, les travailleurs ne manquent pas d’arguments pour plaider leur cause. Au contraire, ils en ont peut-être davantage maintenant qu’avant la crise, dit Thierry Giasson, chercheur principal du Groupe de recherche en communication politique.

Il ne faudrait pas que le gouvernement sous-estime l’appui sans doute très fort qu’on retrouve dans la population pour les employés de la fonction publique.

Il admet qu’à première vue, le contexte semble avantager la partie patronale, alors que le gouvernement caracole toujours en tête des sondages. Pourtant, ce capital de sympathie pourrait basculer en faveur des employés, selon lui, si le gouvernement n’est pas conséquent dans son discours.

D’abord, le premier ministre a reconnu lui-même l'existence d’un déséquilibre en offrant par exemple une prime à des employés de la santé qu’il n’a pas hésité à qualifier d’anges gardiens au plus fort de la crise.

Ensuite, son dernier budget a clairement démontré que sa posture n’est pas celle d’un gouvernement d'austérité. Il est prêt à intervenir et à dépenser pour sortir le Québec de la crise.

Osera-t-il dire aux employés des réseaux de la santé et de l’éducation, surtout des femmes, essentielles durant l’épreuve, qu’elles doivent se contenter d’une augmentation salariale à peine supérieure à l’inflation?

Se faire entendre

Des manifestants avec des pancartes indiquant « urgence d'agir ».

Des militants de la CSN brandissent des pancartes pour dénoncer la lenteur des négociations concernant le renouvellement des conventions collectives du secteur public.

Photo : Philippe L'Heureux

Les employés de l’État font maintenant le pari d’être entendus, sinon du Conseil du Trésor, au moins de la population. C’est pourquoi ils se permettent désormais de hausser le ton, après avoir hésité à le faire.

C’est un exercice de communication périlleux, avec une marge de manœuvre réduite, alors que les centrales doivent trouver la bonne façon de capter l’attention du public, sans se l’aliéner.

Voilà pourquoi la CSQ s’est permis cinq journées de grève ponctuelles, dont la première aujourd'hui dans une quarantaine de cégeps, pour dénoncer l’impasse des négociations.

Voilà pourquoi le même jour, des centaines de travailleurs, de la FTQ, de la CSN et des autres centrales convergeront vers l’Assemblée nationale, mais sans bloquer la circulation, insiste une autre source syndicale.

Et ces moyens de pression pourraient se multiplier dans les prochaines semaines, des tournées s’amorçant dans différentes instances pour convaincre les membres de se doter de mandats de grève.

Sachant que tout ce qui traîne finit par se salir et que les infirmières pèsent plus lourd que les juristes dans l’opinion publique, le temps finira peut-être par jouer en faveur des syndiqués.

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