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Les signalements à la DPJ explosent en Chaudière-Appalaches

Un enfant est assis dans des estrades avec son toutou.

Au coeur de la DPJ est diffusée sur ICI RDI.

Photo : iStock

Le nombre d'appels à la DPJ explose en Chaudière-Appalaches depuis novembre. Si 150 signalements hebdomadaires étaient auparavant exceptionnels, c'est maintenant devenu la norme. Il y en a eu jusqu’à 200 en une seule semaine en janvier, du jamais-vu dans la région.

C’est des records qu'on ne veut pas battre, des records malheureux, se désole la directrice Caroline Brown. C’est préoccupant.

En septembre, la liste d'attente était vide et il n'y avait que neuf dossiers en attente d’une évaluation au début du mois de novembre, mais en quelques semaines, la situation a dégénéré. La liste d’attente compte désormais entre 130 et 150 dossiers.

On n'est pas capable de reprendre le dessus, parce que justement, on a 180, 200 signalements par semaine.

Une citation de :Caroline Brown, directrice de la protection de la jeunesse de Chaudière-Appalaches
Caroline Brown, directrice de la protection de la jeunesse de Chaudière-Appalaches

Caroline Brown, directrice de la protection de la jeunesse de Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada

Abus physiques et violence conjugale

Il y a beaucoup plus de signalements d'abus physiques et de violence conjugale. Il y a des enfants qui sont témoins de cette violence-là, souligne Caroline Brown.

La directrice observe que la situation dégénère dans des familles où la DPJ n’aurait probablement pas été appelée à intervenir si les gens avaient pu faire appel à des proches. Des situations qui, hors pandémie, n’auraient probablement pas été signalées ou ne se seraient pas détériorées, explique Mme Brown.

Le télétravail a aussi joué un rôle majeur dans certains cas, selon elle. Les enfants étaient à la maison, les parents étaient à la maison, pas d'activité de groupe, pas de vie sociale. Ça fait en sorte que ça a été explosif pour certaines familles.

L’intervenante Karine Boily Grant estime que les explosions sont plus grandes depuis le début de la pandémie. La colère, les gestes de violence sont plus gros.

Des délais plus longs

Un dossier sur cinq est traité en urgence, soit en moins de 24 heures. Pour les autres, les délais varient entre 15 à 20 jours. Les familles, dont la situation est moins urgente, sont dirigées vers d’autres services en attendant l’intervention de la DPJ.

Certains dossiers arrivent entre les mains des intervenants parfois trois ou quatre mois après avoir été signalés.

C'est sûr que ce n’est pas plaisant d'aller mettre une petite bombe dans une famille quand tu te dis : "Si j'étais intervenue en temps opportun, ça aurait été plus efficace", confie l’intervenante Karine Boily Grant.

Une femme assise porte un maque.

Karine Boily Grant, intervenante à la DPJ de Chaudière-Appalaches

Photo : Radio-Canada

La directrice de la protection de la jeunesse explique que les intervenants en ont déjà plein les bras et elle ne peut pas augmenter les charges de travail. Caroline Brown parle de choix déchirants.

Le choix qu'on a fait dans Chaudière-Appalaches, c'est de maintenir les niveaux qu'on a toujours eus dans les années passées, mais c'est sûr qu'au lieu d'avoir une entrevue par semaine, il va y en avoir une toutes les deux semaines, par exemple, explique-t-elle. Ce n'est pas parfait, mais les enfants au moins reçoivent des services.

Cette situation est observée dans toutes les régions du Québec, selon le président de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, Pierre-Paul Malenfant.

On a deux travailleuses sociales sur trois qui nous disent ne pas avoir le temps suffisant pour rencontrer les familles, ajoute-t-il.

Un défi d’attraction et de rétention

Pour améliorer les délais, Caroline Brown a besoin d'employés supplémentaires. Sans surprise, elle souligne que le manque de main-d’œuvre est criant à la DPJ de Chaudière-Appalaches : elle a 30 postes à combler dans son équipe présentement. Je dis 30 personnes, mais on en prendrait plus, dit-elle.

Mme Brown a vu partir plusieurs intervenants d’expérience au cours des derniers mois. À salaire égal, ils décident d'opter pour un travail différent, parce qu'en protection de la jeunesse, ils ont les mêmes conditions de travail que celui qui travaille en milieu scolaire ou en première ligne au CLSC.

Caroline Brown se désole de constater que l'on décourage plusieurs étudiants de travailler à la DPJ pendant leur scolarité.

Elle et tous les autres directeurs en protection de la jeunesse ont fait part de l’urgence de trouver des solutions au ministre Lionel Carmant. Est-ce qu'on aura de bonnes nouvelles prochainement? On l'espère!

Ce n’est pas parce qu'on n'a pas de jeunes qui veulent travailler et venir prêter main-forte dans la société, c'est que les portes des universités sont fermées, déplore Pierre-Paul Malenfant.

Pierre-Paul Malenfant, président de l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec

Pierre-Paul Malenfant, président de l'Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec

Photo : Radio-Canada

Il précise que sur 800 demandes d’admission par année dans le programme en travail social, l’Université Laval n'accueille que 160 étudiants.

Selon M. Malenfant, à court terme, le gouvernement doit attirer des professionnels à la DPJ.

En ayant des primes, en ayant des congés, en ayant la possibilité d'avoir du soutien par des collègues spécialisés autour, propose-t-il.

Comme bien d’autres, il attend avec impatience le rapport de la Commission Laurent sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, dont le dépôt est prévu ce printemps.

J'adore mon métier

Malgré les défis, Karine Boily Grant dit avoir été témoin de nombreuses réussites à la DPJ depuis ses débuts à la DPJ, il y a 13 ans.

On arrive à faire des belles choses avec les parents, affirme l'intervenante, qui nous a présenté une jeune maman qu’elle a accompagnée au cours des dernières semaines.

La jeune femme en question, que nous appellerons Patricia pour protéger son identité, a récemment décidé de quitter son conjoint avant qu’il n'arrive quelque chose.

Une femme au visage brouillé.

Patricia (nom fictif) est une jeune maman qui est accompagnée par la DPJ depuis quelques semaines.

Photo : Radio-Canada

Devenir une bonne maman

Victime de violence conjugale et de harcèlement, Patricia raconte qu’elle s’est réfugiée dans un centre d’hébergement. Quelques jours après son arrivée, elle a appris que quelqu’un avait déposé une plainte à la DPJ.

Bien qu’elle ait d’abord été choquée, Patricia dit avoir rapidement compris que les intervenants voulaient l’aider. Elle assiste à tous ses ateliers de compétences parentales et à toutes ses rencontres avec la DPJ.

Patricia n’a qu’une seule priorité : son bébé. C'est d'élever mon bébé comme du monde, que ce soit un bon bébé, pas un garçon qui va faire de la violence conjugale, dit-elle.

Étant elle-même une enfant de la DPJ, Patricia veut se donner toutes les chances d'être une bonne maman.

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