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Enquête publique sur les CHSLD au Québec : le mouvement de personnel montré du doigt

Une salle d'audience, respectant les consignes sanitaires, au palais de justice.

La coroner, Me Géhane Kamel, en audience en décembre 2020

Photo : Radio-Canada / Hadi Hassin

La Presse canadienne

Le premier CHSLD examiné par la coroner lors de son enquête publique sur les décès survenus lors de la première vague de la pandémie de COVID-19 a mis en lumière un manque de personnel et des mouvements d'employés d'une résidence pour aînés à l'autre, dont une aux prises avec une éclosion.

Les audiences de l'enquête publique ont débuté lundi matin par l'examen de ce qui s'est produit au CHSLD des Moulins de Terrebonne, qui appartient au Groupe Santé Arbec. Cet établissement a été touché par une éclosion de COVID-19 qui a duré 76 jours.

L'enquête publique est présidée par la coroner Géhane Kamel.

Lundi, les premiers témoins qui ont été entendus étaient des gestionnaires du CISSS de Lanaudière, de qui relève ce CHSLD privé.

La Dre Lynda Thibeault, qui est la directrice de la santé publique par intérim du CISSS de Lanaudière, a expliqué que son équipe était en train d'enquêter sur une éclosion dans un autre CHSLD du groupe Santé Arbec, soit l'établissement Émile-McDuff, quand elle a réalisé que certains de ses employés travaillaient aussi au CHSLD des Moulins.

Communication difficile

La mobilité des employés interétablissements, cela nous préoccupe beaucoup, a-t-elle dit. Elle a souligné que cette situation se produit quand il manque d'employés et qu'il n'est pas possible de laisser les résidents sans soins.

La devanture du CHSLD.

Le CHSLD des Moulins, un établissement privé de Terrebonne

Photo : Radio-Canada / Marie-Michèle Lauzon

Lorsque des employés ont commencé à présenter des symptômes, la Dre Thibeault a relaté qu'il a été difficile d'obtenir une liste des travailleurs pour procéder au dépistage : la gestionnaire des deux centres aux prises avec une éclosion était en isolement préventif et la communication était difficile, a-t-elle indiqué. Elle imagine qu'une partie de cette difficulté venait du fait que des gens y ayant travaillé durant la période à l'étude venaient d'agences de placement et n'étaient pas des employés réguliers du CHSLD.

La Dre Thibault admet s'être demandé s'il s'agissait d'un problème de collaboration. Dans une situation d'éclosion, les délais sont importants, a-t-elle insisté. Il faut agir rapidement.

Quand un CHSLD privé manque d'effectifs, il doit le signaler au CISSS, il doit lever la main, a indiqué la Dre Thibeault. Au début de la pandémie, il y avait un peu plus d'hésitation à le faire, a-t-elle ajouté.

Un rapport rédigé par la santé publique de Lanaudière en juillet, résumant l'éclosion au CHSLD des Moulins, fait état de certaines raisons susceptibles d'expliquer la durée de l'éclosion, dont les suivantes : des résidents présentant des troubles cognitifs qui circulent dans les corridors, des repas non servis dans les chambres, le manque de personnel affecté à l'entretien ménager.

Le CHSLD des Moulins n'était toutefois pas considéré comme un établissement problématique, a confirmé Daniel Castonguay, ex-PDG du CISSS de Lanaudière.

Daniel Castonguay, ex-PDG du CISSS de Lanaudière.

Daniel Castonguay, ex-PDG du CISSS de Lanaudière

Photo : Radio-Canada

Par contre, le manque de personnel datait d'avant la pandémie, a-t-il souligné, un problème constaté partout dans la région. La pandémie a exacerbé ce problème, constate-t-il.

Il a ajouté que le CISSS est intervenu à plusieurs reprises dans ce CHSLD, car les gestionnaires n'étaient pas toujours sur les lieux et que les directives n'étaient pas mises en place assez rapidement.

Quand il y a une éclosion, un gestionnaire doit être sur place, juge M. Castonguay.

Il n'y en avait pas. Pour nous, c'est inacceptable.

Une citation de :Daniel Castonguay, ex-PDG du CISSS de Lanaudière

Il rapporte que M. Arbec, le président et chef de la direction du Groupe Santé Arbec, a été contacté personnellement. Dans les jours qui ont suivi, la différence était perceptible.

Le CISSS a offert de prendre le contrôle des lieux, a déclaré M. Castonguay, une offre toutefois refusée par le groupe Arbec.

L'enquête complète de la coroner

Après le CHSLD des Moulins, Me Kamel doit enquêter sur une série d'autres résidences, soit la résidence privée pour aînés Manoir Liverpool de Lévis, le CHSLD René-Lévesque de Longueuil, le CHSLD Laflèche de Shawinigan, le CHSLD Sainte-Dorothée de Laval, le CHSLD Yvon-Brunet de Montréal et finalement le CHSLD Herron.

Approximativement, la majorité des décès causés par la COVID-19 au Québec se sont produits dans des résidences pour personnes âgées, a rappelé Me Kamel.

L'exercice est donc nécessaire, afin de mieux comprendre les facteurs ayant contribué, dans les divers types de milieux hébergeant des personnes âgées ou vulnérables, à faire de celles-ci les principales victimes collatérales de la COVID, a déclaré la coroner en ouvrant les audiences.

Chaque décès nous permet d'examiner la prise en charge de la COVID par l'établissement concerné.

Une citation de :Me Géhane Kamel, coroner
Géhane Kamel assise derrière son ordinateur.

Cette enquête publique est présidée par la coroner et avocate Géhane Kamel.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Les audiences devaient débuter en février par le volet portant sur le CHSLD Herron de Dorval, l'un des plus durement touchés par le virus, mais cette portion a été reportée à la demande des avocates représentant la résidence et ses dirigeants.

Seuls les décès survenus entre le 12 mars et le 1er mai 2020 sont visés par l'enquête.

Les coroners interviennent dans les cas de décès violents, obscurs ou qui pourraient être liés à de la négligence. Les décès survenus hors de ces balises, dont ceux qui découlent uniquement d'une infection au coronavirus, ne sont pas investigués par les coroners, a précisé le bureau du coroner. Les enquêtes du coroner ne visent pas à trouver des responsables des décès, mais plutôt à formuler des recommandations pour en éviter d'autres à l'avenir.

Des demandes d'actions collectives déposées, notamment contre les CHSLD Herron et Sainte-Dorothée, ont fait état d'allégations de négligence de leurs résidents. Ces actions collectives n'ont pas encore été autorisées par un juge, une étape nécessaire pour qu'elles soient entreprises.

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