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« Ces gens-là ne méritent pas de mourir de leur consommation »

Le premier centre de consommation supervisée ouvre ses portes à Québec.

L'Interzone, le premier centre de consommation supervisée

L'Interzone, le premier centre de consommation supervisée de la région, ouvrira ses portes mercredi, à Québec.

Photo : Radio-Canada

La lutte contre les surdoses liées à la consommation de drogue aura un nouvel allié de taille dans la Capitale-Nationale. L'Interzone, le tout premier centre de consommation supervisée à Québec, ouvre ses portes mercredi. Malgré ce moment réjouissant pour les intervenants, « tout est à bâtir » afin de garantir son succès.

Le milieu communautaire de Québec et le CIUSSS de la Capitale-Nationale y sont enfin. Après une décennie de démarchage, le projet de centre de consommation supervisée a maintenant une porte, des murs et le personnel nécessaire pour offrir les services.

L'Interzone, situé au 60, rue Saint-Vallier Est, pourra accueillir ses premiers usagers de drogue par injection ou inhalation dès mercredi, à 13 h.

Rachel Charlebois, infirmière clinicienne embauchée par le CIUSSS et la Coopérative de solidarité SABSA pour y travailler, ne s'attend pas à ce qu'il y ait foule dès le premier jour. Tout est à construire à Québec, lance-t-elle en entrevue à Radio-Canada, évoquant un lien de confiance à tisser avec la clientèle ciblée, le voisinage et les policiers.

Pour que les gens viennent, il va falloir beaucoup de bouche à oreille. J'ai l'impression qu'il va falloir qu'on réussisse à montrer un accueil inconditionnel, ajoute-t-elle. Il faut vraiment développer une relation de confiance pour que les gens viennent. Il n'y a rien de gagné.

La rue Saint-Vallier Est

Les SCS seront installés dans le bâtiment à gauche, à l'angle de la rue Saint-Crépin.

Photo : Radio-Canada / Marie-Pier Mercier

Sauver des vies

Pour le voisinage, Mme Charlebois se veut rassurante et tient à leur rappeler que ce n'est pas dangereux.

Les gens consomment déjà dans la rue, pourquoi ne pas leur offrir un milieu sécuritaire et encadré? Sur place, il va y avoir des pairs aidants, des intervenants et des infirmières du CIUSSS. On va être une super équipe pour s'assurer que tout se passe bien, plaide-t-elle.

Le personnel a suivi diverses formations spécifiques et s'est nourri de l'expérience vécue à Montréal, où des centres de consommation supervisée existent depuis déjà quatre ans.

Toutes les classes sociales sont touchées. Ce sont des gens comme vous et moi. Ils ont le droit d'avoir un milieu sécuritaire. [...] On évite que les gens meurent.

Une citation de :Rachel Charlebois, infirmière clinicienne

Les services de consommation supervisée, en plus de combattre les surdoses, visent à freiner la transmission d'infections comme l'hépatite C ou le VIH. Du matériel d'injection stérile est mis à la disposition des usagers.

Une culture à développer

Rachel Charlebois rappelle que le Service de police de la Ville de Québec est bien au fait de l'ouverture de l'Interzone. Le chef de police Robert Pigeon, depuis déjà quelques années, a offert son soutien à l'implantation des services de consommation supervisée dans la capitale.

L'infirmière croit que les policiers comprennent bien leur rôle. L'Interzone sera un lieu où les usagers, qui y apportent leurs propres drogues, ne seront pas indisposés par des agents. Pour établir la confiance, la présence policière devra être limitée, selon Mme Charlebois.

Rachel Charlebois, infirmière clinicienne

Rachel Charlebois croit qu'il faudra d'abord gagner la confiance des usagers de drogue afin de s'assurer qu'ils fréquentent L'Interzone.

Photo : Radio-Canada

Forte d'un stage en Suisse, où l'un des centres de consommation supervisée était vert fluo en plein centre-ville, elle croit qu'il est possible de se diriger vers une culture d'ouverture similaire à Québec.

Mme Charlebois y voit également une façon de déstigmatiser les consommateurs auprès des forces de l'ordre. En Suisse, ils ne venaient qu'au besoin, en situation de crise. [...] Il y avait une belle collaboration et je m'attends que ce soit comme ça aussi à Québec.

Les centres de consommation supervisée ne visent à empêcher l'utilisation de drogue. Ils cherchent à rejoindre les usagers là où ils se trouvent et minimiser les effets sur leur santé. Si une personne souhaite cesser de consommer, les intervenants peuvent alors les diriger vers les ressources appropriées.

Qu'est-ce que la réduction des méfaits?

L’approche en réduction des méfaits repose sur la réduction des conséquences négatives liées à l’usage des drogues plutôt que l’élimination du comportement d’usage lui-même.

Source : Institut national de santé publique du Québec

Qualité en baisse

L'ouverture arrive au moment où la qualité des drogues est moindre en raison de la pandémie. Il y a de plus de produits qui sont coupés, s'inquiète Rachel Charlebois. Le phénomène était rapporté par la Coopérative de solidarité SABSA dès le mois de mai.

Le difficulté de s'approvisionner, en raison de la fermeture des frontières, a changé le portrait des drogues disponibles. Le phénomène n'a pas épargné la province, dont Montréal, où l'on craint la présence de fentanyl, opioïde responsable de nombreux décès au pays. C'est criant comme besoin. [...] Il y a plusieurs gestions de surdoses à Montréal, on s'attend à en avoir aussi à Québec.

Une trousse de naloxone.

Des trousses de naloxone, antidote aux opioïdes, seront disponibles et du personnel pourra intervenir rapidement en cas de surdose.

Photo : Radio-Canada / Steeven Tremblay

Les seules données disponibles sur le nombre d'usagers de drogues par injection, à Québec, date de 2014. On rapportait alors environ 900 consommateurs. L'ouverture de l'Interzone permettra de collecter des données et d'avoir un portrait plus clair, selon le CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Tout au long des consultations pour la mise en place des services, l'Association pour la Défense des Droits et l'Inclusion des personnes qui Consomment des drogues du Québec, dont certains consommateurs, ont pris la parole pour réclamer leur ouverture. Des usagers avaient eux-mêmes livré leur témoignage.

Les consommateurs prêts à s'afficher et à participer à la création du projet ont été consultés à chacune des étapes, y compris le nom du lieu.

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