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Mort de George Floyd : le « procès de l'Amérique »

Dessin de cour du procès de Derek Chauvin.

Au procès de Derek Chauvin, le procureur Jerry Blackwell fait ses remarques préliminaires. L'avocat de la défense, Eric Nelson, est assis à côté de M. Chauvin.

Photo : Reuters / Jane Rosenberg

Agence France-Presse

Les jurés au procès du meurtre de George Floyd ont été mis en présence lundi, dès le premier jour des débats de fond, d'une vidéo quasi insoutenable de l'agonie de l'Afro-Américain, de deux versions irréconciliables du drame et d'un témoignage troublant.

Derek Chauvin a trahi son serment de policier et fait un usage excessif et déraisonnable de la force contre le quadragénaire noir, a dénoncé d'emblée le procureur Jerry Blackwell.

Faux, il a fait exactement ce qu'il a été formé à faire au cours de ses 19 ans de carrière pour appréhender un suspect récalcitrant, a rétorqué l'avocat du policier, Eric Nelson, en demandant aux jurés de l'acquitter.

Le 25 mai à Minneapolis, Derek Chauvin et trois collègues ont voulu arrêter l'Afro-Américain, soupçonné d'avoir écoulé un faux billet de 20 $ pour acheter des cigarettes. Ils l'ont plaqué au sol et menotté. Derek Chauvin a alors placé son genou droit sur le cou de George Floyd pendant 8 minutes 46 secondes.

Ça a pris tout ce temps, a souligné M. Blackwell avant de diffuser une vidéo de son calvaire, filmée par une passante. Sur cet enregistrement qui a fait le tour du monde, George Floyd râle, halète, supplie à plusieurs reprises. Je ne peux pas respirer, dit-il, avant de perdre conscience.

Ses derniers mots sont devenus le cri de ralliement de millions de manifestants à travers les États-Unis, mais aussi en Asie, en Europe et ailleurs.

Le procès de Derek Chauvin, retransmis en direct, est donc scruté avec attention, y compris par le président démocrate Joe Biden, a fait savoir la Maison-Blanche.

Ce procès n'est pas le procès de la police ou des méthodes policières, a toutefois insisté le procureur Jerry Blackwell. Selon lui, les policiers font un travail difficile et doivent parfois prendre des décisions en une fraction de seconde. Mais, a-t-il poursuivi, ce n'est pas le cas ici, la scène a duré 479 secondes.

En écho, Eric Nelson a demandé au jury de se concentrer sur les faits. Il n'y a pas de cause politique ou sociale dans la salle d'audience, leur a-t-il dit.

Juste avant l'audience, Ben Crump, l'avocat de la famille de George Floyd, a au contraire souligné la dimension historique de ce procès. C'est un référendum sur le chemin parcouru par l'Amérique dans sa quête d'égalité et de justice pour tous, a-t-il déclaré.

L'avocat Ben Crump.

Chauvin est sur le banc des accusés, mais c'est l'Amérique qui est en procès, a renchéri le révérend Al Sharpton, un militant des droits civiques qui, avec les proches de George Floyd, s'est agenouillé en silence pendant environ neuf minutes à l'extérieur de la salle d'audience.

Derek Chauvin, 45 ans, qui a passé 19 ans au service de la police de Minneapolis, est inculpé de meurtre et d'homicide involontaire. Remis en liberté sous caution, il a assisté à toutes les audiences depuis l'ouverture de son procès, le 9 mars.

Armé d'un carnet, il a de nouveau pris assidûment des notes lundi quand l'accusation et la défense ont commencé à dérouler leurs arguments de fond. Elles disposent de trois à quatre semaines pour convaincre les jurés, dont le verdict est attendu fin avril ou début mai.

Les procureurs veulent démontrer que Derek Chauvin a manifesté du mépris pour la vie de George Floyd en maintenant sa pression bien que celui-ci se soit évanoui et que son pouls ait finalement disparu.

Une murale à la mémoire de George Floyd, au nord du centre-ville de Milwaukee.

Une murale à la mémoire de George Floyd, au nord du centre-ville de Milwaukee, considérée comme la ville la plus ségréguée des États-Unis.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Pour prouver que son attitude sortait de la norme, ils ont convoqué comme premier témoin la standardiste qui avait dépêché les agents auprès de George Floyd.

Jena Scurry a raconté avoir suivi, tout en gérant d'autres appels, leur intervention sur une caméra de surveillance. J'ai cru que l'image s'était figée tant ils sont restés longtemps immobiles, mon instinct m'a dit que quelque chose clochait, a-t-elle confié.

Elle avait alors décidé d'appeler un responsable policier. Vous allez peut-être dire que je suis moucharde, lui avait-elle dit avant de lui signaler l'incident.

D'après Me Eric Nelson, Derek Chauvin s'est contenté de suivre des procédures autorisées et n'a pas causé la mort de George Floyd. Son coeur s'est arrêté à cause d'une hypertension, d'une maladie coronarienne, de l'ingestion de méthamphétamine et de fentanyl, un puissant opiacé dont il était consommateur, a assuré l'avocat.

Il va essayer de salir la mémoire de George Floyd, mais les faits sont simples. Ce qui l'a tué était une overdose de force excessive, a rétorqué Ben Crump au nom de la famille Floyd, à qui la mairie de Minneapolis a déjà accepté de verser 27 millions de dollars de dédommagement.

Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao, les trois autres policiers impliqués, seront jugés en août pour complicité de meurtre.

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