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Se syndiquer ou non? Des travailleurs d’Alabama tiennent un vote déterminant pour Amazon

Près de 6000 employés du géant de la vente numérique doivent se prononcer sur la création d’un syndicat. Leur décision pourrait avoir une influence ailleurs aux États-Unis.

L'entrepôt d'Amazon à Bessemer, en Alabama.

Le vote prend fin mercredi à l'entrepôt d'Amazon à Bessemer.

Photo : afp via getty images / PATRICK T. FALLON

« C’est l’élection la plus importante pour la classe ouvrière de ce pays au 21e siècle », déclarait au début du mois le représentant démocrate Andy Levin, en visite en Alabama.

Depuis quelques semaines, les regards sont tournés vers la petite ville de Bessemer près de Birmingham, où les employés d’un entrepôt d’Amazon votent sur la possibilité de former un syndicat. Si le projet se confirmait, il s’agirait d’une première aux États-Unis.

Salaires, longues heures de travail, manque de pauses et surveillance des employés sur les planchers de l’entrepôt : les défenseurs de la syndicalisation assurent que les conditions des travailleurs doivent être améliorées.

Si vous allez aux toilettes et que vous revenez, ça peut prendre quinze minutes. Les ressources humaines voudront vous parler et vous demander pourquoi ç'a été aussi long, expliquait Linda Burns, employée de l’entrepôt d’Amazon à Bessemer, lors d’une conférence de presse vendredi. 

Les partisans du projet ont reçu des appuis aussi importants que diversifiés au cours des derniers mois. Sans mentionner directement Amazon, le président Joe Biden a déclaré dans une vidéo que tous les travailleurs devraient avoir le choix libre et juste de joindre un syndicat.

Le sénateur Bernie Sanders venu donner son appui au projet de syndicalisation des travailleurs d'Amazon, en Alabama.

Le sénateur Bernie Sanders est venu donner son appui au projet de syndicalisation des travailleurs d'Amazon, en Alabama.

Photo : afp via getty images / PATRICK T. FALLON

Au Sénat, des élus comme les progressistes Elizabeth Warren et Bernie Sanders, mais aussi le républicain Marco Rubio, se sont également rangés derrière l'initiative. Des représentants du groupe Black Lives Matter se sont aussi portés à la défense des employés de l’entrepôt de Bessemer, dont un grand nombre sont Afro-américains.

Ici en Alabama, vous êtes prêts à vous tenir debout pour que tous les travailleurs dans ce pays aient droit à un salaire décent, des avantages décents et qu’ils soient traités avec dignité et non comme des robots.

Une citation de :Bernie Sanders, sénateur du Vermont

La campagne de dissuasion d’Amazon

N’empêche, la bataille des groupes syndicaux et de leurs alliés est loin d’être gagnée, d’autant plus qu’Amazon mène une campagne visant à décourager ses employés de former un syndicat.

Ces derniers jours, l’entreprise a critiqué sur Twitter la prise de position des sénateurs Sanders et Warren.

En février, le Washington Post rapportait par ailleurs que des affiches sur lesquelles était inscrite la question où iront vos cotisations? ont été installées dans certaines toilettes de l'entrepôt de Bessemer. Un site Internet encourageant à voter contre la proposition a aussi été mis en ligne.

Un site décourageant la syndicalisation des employés de l'entrepôt d'Amazon à Bessemer.

Un site décourageant la syndicalisation des employés de l'entrepôt d'Amazon à Bessemer.

Photo : Capture d'écran

Nos employés choisissent de travailler pour Amazon parce que nous offrons parmi les meilleurs postes disponibles, écrit dans un courriel la porte-parole de l’entreprise Heather Knox, ajoutant qu’à son avis la majorité des employés ne partagent pas les opinions du syndicat.

Le géant de la vente numérique assure notamment offrir à ses employés des assurances maladie et dentaires et un salaire environ deux fois plus élevé que le salaire minimum de l’Alabama, qui est de 7,25 $ de l’heure.

Amazon et la syndicalisation :

  • Certains employés européens sont syndiqués;

  • Aux États-Unis, une tentative de syndicalisation a été rejetée au Delaware en 2014.

Des implications pour Amazon… et le pays

Selon Benjamin Sachs, professeur spécialisé en droit du travail et industrie à l’Université Harvard, un autre obstacle se dresse devant les ambitions des défenseurs du projet. L’Alabama est l’un des nombreux États américains à avoir adopté des politiques qui minimisent le pouvoir des syndicats.

Une manifestation en Californie en appui aux travailleurs de l'Alabama.

Une manifestation en Californie en appui aux travailleurs de l'Alabama.

Photo : Reuters / LUCY NICHOLSON

L’expert est d’avis que, compte tenu de ce contexte, une victoire des employés favorables à la syndicalisation pourrait motiver des travailleurs d’Amazon ailleurs aux États-Unis.

C'est particulièrement difficile dans des États comme l'Alabama, mais c'est aussi la réalité partout. Une victoire du syndicat à Bessemer pourrait absolument aider de futurs efforts à Amazon et à travers l'économie.

Une citation de :Benjamin Sachs, professeur à l’Université Harvard

Déjà, des manifestations en appui aux travailleurs de l’Alabama ont été organisées dans plusieurs régions du pays, notamment en Californie et à Seattle, où se trouve le siège social de l’entreprise qui emploie environ un million de personnes aux États-Unis.

Benjamin Sachs croit par ailleurs que les résultats de l’élection qui prend fin aujourd’hui après une période de scrutin de plusieurs semaines seront suivis de près dans les sièges de syndicats et de grandes entreprises aux États-Unis et ailleurs dans le monde.

Amazon est non seulement l’un des plus grands employeurs dans le monde, mais c’est aussi une firme qui agit comme indicateur de la direction que prend le monde du travail contemporain, explique-t-il.

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