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Cri du coeur d'une infirmière désabusée

Une femme aux cheveux noirs regardent par terre

Valérie Miron a quitté la profession d'infirmière après 10 ans de service. La pandémie et la détérioration des conditions de travail ont eu raison de sa passion.

Photo : Radio-Canada / Hugo Pothier

Douze mois de pandémie ont suffi à user Valérie Miron après 10 ans de métier. La passion de cette infirmière était pourtant intacte au début. Au chevet de ses patients, elle se sentait accomplie et nécessaire. Un système public qui considère ses infirmières « comme des numéros » a eu raison d’elle; Valérie Miron a démissionné, dit-elle, pour « sauver sa peau ».

La pandémie, ç'a été catastrophique pour les conditions de travail des infirmières, lance Valérie Miron, une jeune femme qui prend la parole pour dénoncer un système qui cloche, selon elle.

Elle tire à boulets rouges sur ce réseau public qui exige d’importants sacrifices à ses anges gardiens depuis un an sans même, déplore-t-elle, leur offrir de conditions de travail décentes.

[J’avais] l'impression de travailler sous pression, avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, souligne Mme Miron. Tu ne savais jamais ce qui pouvait arriver : on pouvait être changé d'endroit, on pouvait être changé de quart, on pouvait être changé de fin de semaine, on pouvait être obligé de travailler en zone chaude du jour au lendemain.

À la longue, l’énergie consacrée au travail a miné sa vie personnelle.

Quand t'es fatiguée, que tu as une famille [...] tes vacances peuvent être annulées à la dernière minute, se souvient celle qui a remis, ces derniers mois, sa démission au CISSS de Chaudière-Appalaches.

La vie, à côté, elle n'existait plus. C'était juste le travail.

Une citation de :Valérie Miron

Pour elle, l’arrêté ministériel imposé en début de pandémie et qui suspend certaines clauses de la convention collective a été un point de non-retour.

Avec le temps qui n’arrangeait rien au quotidien, avec la fatigue qui s’accumulait et la flamme qui vacillait, elle a d'abord demandé un congé sans solde, avant de démissionner.

J’ai voulu me sauver, explique Valérie Miron. Je voulais sauver ma peau, dans le fond.

Exode des professionnels en soins

Les cas comme celui de Mme Miron se multiplient depuis un an, observe la Fédération interprofessionnelle de la santé.

Depuis le début de la pandémie, c'est un exode des professionnels en soins, des infirmières, des infirmières auxiliaires et des inhalothérapeutes au Québec. C'est du jamais vu, affirme Denyse Joseph, vice-présidente de la FIQ. L’arrêté 007, selon elle, constitue un abus de pouvoir que plusieurs ont de la difficulté à digérer.

On avait, à un moment, des professionnels en soins qui quittaient le réseau public pour se faire embaucher par des agences privées. Donc ils revenaient dans le réseau public par le biais d'une agence, explique Mme Joseph. Malheureusement, dans les derniers mois, ce sont des gens qui démissionnent et qui changent carrément de métier.

L’heure est très grave, conclut-elle. On nous appelle les anges gardiens, mais ce n’est pas ce qu’on vit sur le terrain.

« Le plus beau métier du monde »

Maintenant qu'elle a réorienté sa carrière dans le milieu industriel, Valérie Miron trouve un milieu et un rythme de travail plus épanouissant.

J'ai vite vu que quand tu sors du système public, t'arrives dans une entreprise qui te considère vraiment, où tu as de la reconnaissance, raconte Valérie Miron. C'est plus petit, c'est plus familial. Ça n'a pas été dur, pour moi, de démissionner.

Sans la COVID, elle admet qu’elle serait sans doute restée plus longtemps en poste. Sans grand enthousiasme, toutefois.

Ça m'aurait peut-être pris plus de temps à devenir blasée, mais j'aurais fini par partir parce qu’à la longue, c’est difficile de gérer ça, affirme l’infirmière.

Valérie Miron décoche aussi ses flèches vers les créatures engendrées par la réforme Barrette.

Les CISSS et les CIUSSS, c'est devenu tellement gros que c'est dur de communiquer avec quelqu'un, indique-t-elle. Moi, j’ai trouvé qu’on était très peu écoutées et qu’on était très peu prises en considération.

Si elle parle aujourd’hui, c’est pour changer le système et améliorer les conditions de travail qu’elle n’endurait plus.

Le métier d'infirmière, c'est le plus beau métier du monde. Je ne voudrais pas dire de lâcher tout ça. Mais [les infirmières doivent] penser à elles et à leurs besoins aussi.

Une citation de :Valérie Miron

Situation exceptionnelle

Le cabinet du ministre de la Santé indique pour sa part que l'arrêté ministériel 007 ne doit être utilisé que de manière exceptionnelle, mais qu'il est encore trop tôt pour l'abroger.

Cet été, notre gouvernement a modulé l’arrêté ministériel 007 par région afin d’assurer que celui-ci soit toujours utilisé à bon escient, en collaboration avec les acteurs syndicaux locaux, estime le cabinet du ministre de la Santé.

Dans un contexte où la main-d’œuvre est limitée et que les soins aux patients doivent être assurés, cette mesure devient malheureusement incontournable dans certains établissements.

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