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Nouvelles zones inondables : « C'est sûr qu'il va y avoir des sacrifices »

Le centre-ville de Sainte-Marie apparaît sous un ciel menaçant, alors que la rivière Chaudière atteint un niveau inquiétant près de l'église situé au cœur de la municipalité.

À Sainte-Marie, l'avenir du développement n'est plus au bord de la rivière Chaudière.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

La mise en place des nouvelles cartes de zones inondables, d'ici deux ans, ne sera pas sans conséquence. Avec elle, une série de mauvaises nouvelles pourraient happer un certain nombre de villes et de riverains québécois. Mais malgré les sacrifices à venir, on y voit aussi l'occasion d'innover et de redonner accès aux cours d'eau à la population.

La population de Sainte-Marie, en Beauce, y a goûté plus souvent qu'à son tour. Après la crue majeure de la rivière Chaudière, en 2019, près de 400 maisons ont été démolies, changeant pour toujours le visage de la municipalité. Ç'a été la goutte qui a fait déborder le vase, admet le maire Gaétan Vachon.

La crue record a frappé l'imaginaire. Entre avoir de l'eau sur le plancher et en avoir sur le comptoir de la cuisine, la résilience beauceronne a été mise à dure épreuve, convient M. Vachon. Les gens ont réalisé [le danger] et les gens ont compris. [...] C'était affolant de voir les pelles démolir des maisons.

Si quelques-uns ont choisi de rester malgré le resserrement des programmes d'aide du gouvernement, lequel veut éviter les reconstructions en zone à risque, la majorité a accepté de déménager.

Une maison démolie à Sainte-Marie, après les inondations de 2019

Une maison démolie à Sainte-Marie, après les inondations de 2019.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Des résidences aux solages pourtant immunisés ont levé de terre et ont versé sous la force du torrent, nourrissant cette idée que l'avenir de la municipalité n'était peut-être plus au bord de la rivière. L'eau et la glace, c'est très puissant. La majorité des installations municipales seront déplacées loin de la zone inondable.

Le maire Vachon compare cette onde de choc à une première vague de la catastrophe naturelle. Voilà qu'il en appréhende une deuxième avec la modernisation de la cartographie des zones inondables, un exercice provincial qui découle des crues majeures de 2017 et 2019 à travers le Québec.

Les nouvelles cartes, mises en place d'ici 2023, ne seront plus uniquement basées sur la probabilité de subir une inondation, mais bien sur une gestion du risque en fonction des dégâts potentiels et du niveau maximal que peut atteindre un cours d'eau.

Quels usages?

Concrètement, des propriétaires pourraient ainsi se retrouver en zone inondable du jour au lendemain. Certains pourraient être forcés de répondre à des normes plus strictes selon le niveau de risque, voire à déménager. Les cartes s'accompagneront d'un nouveau règlement provincial. Il doit préciser et encadrer les usages permis dans les nouvelles zones.

Le maire de Sainte-Marie s'inquiète pour certains de ses concitoyens, autant pour les particuliers que les entreprises. La grosse inquiétude, c'est de savoir comment [la réglementation liée aux cartes] sera appliquée, affirme M. Vachon. Dans la zone d'intervention spéciale (ZIS) actuellement en place à Sainte-Marie, il existe certains îlots enclavés pour lesquels il subsiste de l'incertitude.

D'autres, actuellement dans la ZIS, voudraient bien en sortir, mais pourraient demeurer dans une zone inondable dans les nouvelles cartes appelées à la remplacer.

Le maire de Sainte-Marie, Gaétan Vachon, indique l'endroit où sera construit l'hôtel de ville.

Le maire de Sainte-Marie, Gaétan Vachon

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Le maire prend l'exemple de certains commerçants qui n'ont toujours aucune idée de ce qui leur arrivera lorsque les nouvelles cartes seront en vigueur. Est-ce qu'on va avoir une marge de manœuvre pour les tenir l'écart ? , se demande-t-il.

S'il n'a pas l'intention de construire en zone inondable, M. Vachon se demande ce qui adviendra des entre-deux, ou de ceux qui feraient le choix de rester en zone inondable.

Ça ne fera pas l'affaire de tout le monde, prévoit-il, craignant de voir des propriétaires perdre l'équivalent de leur fonds de retraite si la valeur des bâtiments devait chuter de manière draconienne, sans oublier les questions liées aux assurances.

Tracer la ligne

Gaétan Vachon précise qu'il n'est pas contre la démarche gouvernementale, au contraire. Il salue d'ailleurs les sommes investies par le gouvernement Legault afin d'aider à la reconstruction de Sainte-Marie et à la relocalisation des sinistrés.

Je comprends que le gouvernement doive tracer la ligne quelque part.

Une citation de :Gaétan Vachon, maire de Sainte-Marie

Dans son Plan de protection du territoire face aux inondations, présenté l'an dernier, le gouvernement invite déjà les municipalités à réduire au maximum les personnes et les biens en zones jugées vulnérables.

Dans le cas des zones à risque élevé, on invite les municipalités à changer l'emplacement des quartiers afin de redonner un espace de liberté aux différents cours d'eau. On veut ainsi diminuer les coûts financiers et humains de chaque catastrophe naturelle. Une enveloppe de 70 millions $ accompagne cette volonté.

Le centre-ville de Beauceville inondé

Avec les nouvelles cartes de zones inondables, c'est l'avenir de certains aménagements, comme les rues commerçantes, qui sont en jeu.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Croteau-Langevin

Des sacrifices

La nouvelle réalité que vit Sainte-Marie, d'autres municipalités de la province l'ont vécue, la vivent ou la vivront, selon Cynthia Boucher, présidente de l'Association des aménagistes régionaux du Québec (AARQ). Je pense que ça a réveillé beaucoup de gens, dit-elle à propos des récentes inondations majeures.

Elle rappelle que, selon les régions, des riverains n'ont jamais été confrontés à la réglementation qui concerne une zone inondable, notamment parce qu'aucune carte n'avait été produite. Probablement qu'aujourd'hui, ils se font déjà inonder, mais [la zone] n'est pas encore répertoriée, poursuit-elle.

C'est sûr qu'il va y avoir des sacrifices. On l'a vu en Beauce.

Une citation de :Cynthia Boucher, présidente, Association des aménagistes régionaux du Québec

L'arrivée des nouvelles zones inondables suppose de nombreuses questions. Si on aménage différemment les zones inondables, ça veut dire qu'on va relocaliser des gens. Qu'est-ce qu'on fait avec ces relocalisations-là? Où est-ce qu'on va les relocaliser? De quelle façon on va réaménager nos villages, nos villes?

Les aménagistes, qui travaillent de concert avec les MRC, les municipalités et le gouvernement, auront à y répondre et trouver des solutions à long terme. On va les créer au fur et à mesure. On est en mode solutions, assure Mme Boucher.

La rivière Saint-Charles déborde le long du parc linéaire.

Le parc linéaire de la rivière Saint-Charles est souvent inondé au printemps, mais sans conséquence majeure en raison de l'aménagement.

Photo : Radio-Canada

De l'optimisme

S'il est acquis qu'il y aura des moments difficiles à traverser, Cynthia Boucher entrevoit tout de même l'avenir positivement. On aura la chance de redonner accès à ces cours d'eau là à nos citoyens, cite-t-elle en exemple. Ça ne deviendra pas des secteurs complètement fermés, ce sera des secteurs ouverts à toute la population.

Parcs linéaires, plaines inondables, espaces saisonniers pour les commerçants ; les possibilités sont multiples et Mme Boucher croit que les aménagistes qu'elle représente sauront innover en fonction des particularités régionales.

À son avis, construire de belles maisons près de la rivière, si belle soit-elle en été, a l'effet double de privatiser l'accès aux cours d'eau et de risquer des sinistres. Cynthia Boucher estime qu'il faudra se diriger vers un modèle plus résilient et invite les municipalités à innover.

Ce sont des impacts forts et durs à vivre, mais à long terme, je pense qu'on se dirige vers le mieux.

Le Plan en chiffres...

  • 270 M$ pour des projets d'aménagement et de protection
  • 75 M$ pour la relocalisation des secteurs à risque élevé
  • 89 M$ création des bureaux de projets
  • 14 M$ sommes supplémentaires pour le lancement du plan de protection* 

*Sommes confirmées dans le budget 2021-2022

Source : Plan de protection du territoire face aux inondations

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