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Canal de Suez entravé : le navire Ever Given a bougé de 30 degrés

Une marée haute attendue dans la soirée pourrait faciliter la tâche des sauveteurs.

Le navire est entouré de plus petits bateaux.

L'Ever Given entrave toujours le canal de Suez.

Photo : via reuters / Autorité du canal de Suez

Agence France-Presse

Les autorités égyptiennes ont poursuivi dimanche les opérations pour tenter de dégager le canal de Suez, bloqué depuis six jours par un gigantesque porte-conteneurs qui perturbe l'ensemble du commerce maritime et occasionne chaque jour des milliards de dollars de pertes.

Si le navire de 400 mètres de longueur a résisté aux dernières tentatives de renflouement, une marée haute attendue en soirée pourrait faciliter la tâche des sauveteurs.

De nouvelles opérations ont été menées pour renflouer l'Ever Given, qui est coincé depuis mardi en diagonale du canal, bloquant complètement cette voie d'eau d'environ 300 mètres de largeur parmi les plus fréquentées au monde.

Le canal de Suez, long de quelque 190 km, voit passer environ 10 % du commerce maritime international et chaque journée d'indisponibilité entraîne d'importants retards et coûts.

Une douzaine de remorqueurs ainsi que des dragues pour aspirer le sable sous le navire, dont l'étrave est encastrée dans la rive, sont mobilisés.

Le porte-parole de l'Autorité égyptienne du canal de Suez (SCA), George Safwat, précisait samedi matin que quelque 27 000 mètres cubes de sable avaient déjà été dégagés, à 18 mètres de profondeur.

Mais les autorités reconnaissent rencontrer des difficultés, notamment en raison de la nature rocheuse du sol. Selon Ihab Talaat el-Bannane, ancien amiral égyptien, l'accident s'est produit dans la partie du canal où le sol est rocheux et qui avait d'ailleurs été le plus difficile à creuser.

Le Ever Given coincé dans le canal de Suez en Égypte.

Une photo publiée par l'Autorité du canal de Suez montre le MS Ever Given coincé sur le côté et entravant tout le trafic sur la voie navigable du canal de Suez en Égypte.

Photo : Getty Images

La Russie a offert dimanche son aide à l'Égypte, après plusieurs autres pays, dont les États-Unis.

Le porte-conteneurs battant pavillon panaméen, haut d'une soixantaine de mètres avec son chargement, était entouré dimanche matin de quelques remorqueurs. Les environs étaient placés sous haute surveillance, avec des agents de sécurité du canal, mais aussi des militaires et des policiers.

Plusieurs autres remorqueurs étrangers et égyptiens faisaient route vers les lieux de l'incident.

Selon la presse d'État égyptienne, le président Abdel Fattah al-Sissi a ordonné des préparations pour alléger le navire de ses conteneurs.

Cette dernière solution, qui pourrait prendre des semaines, sera retenue si le dragage devient inefficace. À un moment donné, les spécialistes du sol vont devoir arrêter le creusement pour ne pas provoquer un effondrement du sol au-dessus du navire, selon l'amiral el-Bannane.

Dans une entrevue téléphonique avec une chaîne de télévision égyptienne, l'amiral Ossama Rabie, président de la SCA, a affirmé que le navire avait bougé de 30 degrés sur la droite et la gauche pour la première fois. C'est un bon indicateur, selon lui, de l'évolution des efforts de déblocage du géant des mers.

Selon un tweet dimanche de Richard Meade, rédacteur en chef de la revue spécialisée en transport maritime Lloyd's list, des sources proches de l'opération de sauvetage m'ont dit ce matin que l'optimisme dans l'équipe d'experts était en hausse et ils espéraient que le navire puisse être débloqué dans les 24 à 48 heures.

Des pertes énormes

Le navire de plus de 220 000 tonnes est coincé depuis mardi dans la partie sud du canal de Suez, à quelques kilomètres de la ville éponyme, empêchant toute circulation dans ce passage qui concentre plus de 10 % du commerce maritime international.

En conséquence, près de 370 bateaux sont coincés aux deux extrémités du canal reliant la mer Rouge à la mer Méditerranée, a déclaré samedi M. Rabie.

Selon un rapport de l'assureur Allianz publié vendredi, chaque jour d'immobilisation pourrait coûter entre six et 10 milliards de dollars au commerce mondial.

Chaque journée de blocage entraîne en effet d'importants retards et coûts aux acteurs du secteur, et les premiers effets concrets se font sentir : la Syrie a indiqué samedi qu'elle avait commencé à rationner la distribution de carburants en raison du retard de livraison d'une cargaison de pétrole.

En outre, 11 cargos de moutons partis de Roumanie sont également bloqués. L'organisation Animals International évoque un danger de mort pour les 130 000 animaux. Selon le journal d'État Al-Ahram, le ministère égyptien de l'Agriculture a envoyé trois équipes vétérinaires pour les examiner.

La valeur totale des biens bloqués ou devant emprunter une autre route diffère selon les estimations : de 3 milliards de dollars par jour, selon Jonathan Owens, expert en logistique à l'université britannique de Salford, à 9,6 milliards selon Lloyd's List.

Les autorités du canal ont de leur côté souligné que l'Égypte perdait entre 12 et 14 millions de dollars par jour de fermeture. Près de 19 000 navires ont emprunté le canal en 2020, selon la SCA.

En attendant la reprise du trafic, plusieurs acteurs du transport maritime international comme Maersk ou l'armateur français CMA CGM ont décidé de dérouter certains de leurs navires et de passer par le cap de Bonne-Espérance, soit un détour de 9000 kilomètres et au moins sept jours supplémentaires de navigation autour du continent africain.

Le groupe a décidé de dérouter deux de ses navires à destination de l'Asie par le cap de Bonne-Espérance et étudie d'autres alternatives pour ses clients, comme des solutions aériennes ou encore ferroviaires par la route de la soie, a expliqué l'armateur français dimanche matin.

Alors que les vents violents combinés à une tempête de sable avaient d'abord été pointés du doigt pour expliquer l'incident, M. Rabie a évoqué samedi une possible erreur humaine comme étant à l'origine de l'incident.

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