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Avenir incertain pour l’Océan, seul train encore à l’arrêt complet au pays

Équipements vétustes, voies ferrées en mauvais état ou inaccessibles, absence de financement : le train l’Océan doit composer avec plusieurs défis de taille, en plus de la COVID-19.

Les modèles en acier inoxydable du train l'Océan.

Le train l'Océan relie Montréal et Halifax, et s’arrête dans 26 autres collectivités de l’est du pays.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

L’Océan a sillonné l’est du Canada pour la dernière fois le 13 mars 2020. Un an plus tard, il est le seul train long parcours de VIA Rail qui « n’existe plus » durant la pandémie, même partiellement. Bien qu’une reprise du transport aérien en juillet plane en Atlantique, un tel scénario pour le transport ferroviaire dans la région s’avère des plus incertains, et pas seulement en raison de la COVID-19.

Pour le moment, l’avenir du train l’Océan est plutôt sombre, dit d’entrée de jeu Ted Bartlett, président de Transport Atlantique, un organisme voué à la défense des passagers.

D’après lui, il ne fait aucun doute que la fermeture des frontières constitue le principal obstacle au retour de ce train qui relie Montréal et Halifax et s’arrête dans 26 autres collectivités de l’est du pays.

Mais il y a aussi des problèmes avec le train lui-même et qui ne partiront pas quand la COVID sera derrière nous, avance-t-il.

Ted Bartlett (à gauche) en 2019, en compagnie de Jacques Fauteux, alors à la tête du bureau des relations gouvernementales et communautaires de VIA Rail.

Ted Bartlett (à gauche) en 2019, en compagnie de Jacques Fauteux, alors à la tête du bureau des relations gouvernementales et communautaires de VIA Rail.

Photo : Twitter - Ted Bartlett

Voici cinq autres problèmes qui mettent en péril l’avenir du service ferroviaire pour passagers dans les Maritimes.

1) Le train ne peut plus faire demi-tour à Halifax

VIA Rail a perdu accès en novembre 2020 à une partie de la voie ferrée, près du port d’Halifax, qui lui permettait de faire une boucle afin de repartir en direction ouest vers Montréal. Le terrain a été récupéré par le port et la boucle n'existe plus.

La seule chose qu'ils peuvent faire, apparemment, c'est de faire circuler le train en sens inverse jusqu'à Montréal, indique Ted Bartlett, qui s’est entretenu avec VIA Rail à ce sujet.

Le hic, c’est que ce ne sont pas tous les wagons qui sont réversibles. L’Océan devra donc se départir de ses voitures-parcs, qui n’ont pas été conçues pour circuler en sens inverse.

Un wagon de la voiture parc, où l'on voit un groupe de personnes qui assistent à un petit concert.

Ce wagon de la voiture parc ne circule pas en sens inverse.

Photo : VIA Rail

Il s’agit d’une mauvaise nouvelle pour le service, qui devra tenter de reconquérir sa clientèle après une longue absence.

C'est l'une des principales attractions pour les personnes qui paient le prix fort et qui a disparu, déplore M. Bartlett.

Les voitures-lits n’ont pas d’orientation spécifique et les sièges des voitures économies continueront d’être orientés dans la direction du mouvement, précise toutefois VIA Rail.

2) Tous les wagons de la flotte sont arrivés à la fin de leur vie utile

L'Océan est passé de six trajets hebdomadaires à trois trajets par semaine en 2012. Cette réduction a entraîné une forte baisse de la fréquentation et une chute des recettes de 4,6 millions de dollars.

Mais même si VIA Rail souhaitait retrouver sa fréquence d’autrefois, elle devra d’abord investir dans de nouveaux wagons, croit Ted Bartlett.

Ceux de la flotte actuelle sont en quantité insuffisante et tous arrivés à la fin de leur vie utile, avance-t-il.

Une partie de la flotte comprend les wagons Renaissance, construits au Royaume-Uni, et achetés au début des années 2000. Bien qu'ils aient subi des modifications, ces wagons ont d'abord été conçus pour le marché européen.

Les voitures de classe économie Renaissance.

Les voitures de classe économie Renaissance ont été achetées par VIA Rail en décembre 2000.

Photo : VIA Rail

L’autre partie de la flotte est constituée de wagons en acier inoxydable, mais la plupart d’entre eux sont très vieux. Certains ont même plus de 75 ans.

Jusqu'à 79 voitures ont été réhabilitées dans le cadre du programme Héritage.

On peut rénover ces voitures jusqu'à un certain point. Elles ont été construites pour durer, mais elles ne sont pas éternelles non plus, souligne M. Bartlett.

Le modèle de train en acier inoxydable de l'Océan.

Ce modèle de train en acier inoxydable de l'Océan est très ancien.

Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan

VIA Rail attend d'ici 2022 une nouvelle flotte à la fine pointe de la technologie pour ses trajets au Québec et en Ontario.

Lorsque l'Océan reprendra du service, le train opérera avec un système hybride composé de voitures de types Renaissance et Héritage, en fonction de la demande, indique VIA Rail.

3) Des tronçons du chemin de fer nécessitent des travaux importants

Un tronçon du chemin de fer entre Campbellton et Moncton a été menacé de démantèlement en raison des coûts pour le maintenir et le remettre à neuf en 2013, avant d’être sauvé grâce à une entente entre le gouvernement du Nouveau-Brunswick et le CN.

D’autres parties de la voie ferrée laissées à l’abandon pourraient subir le même sort si rien n’est entrepris pour les rétablir.

C’est notamment le cas d’un tronçon en mauvais état entre Bathurst et Rogersville, où le train ne peut rouler qu’à 50 km/h plutôt qu’à 110 km/h.

Cette situation a ajouté deux heures au temps de parcours entre Moncton et Campbellton, fait observer le président de Transport Atlantique.

4) Le corridor de transport entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse est en péril

Des aboiteaux construits par des pionniers acadiens au 18e siècle protègent encore l'isthme de Chignecto, un lien vital entre le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, où circule notamment le train l’Océan.

Un tronçon de la route provinciale 106 inondée, plus tôt cette année, à côté du chemin de fer qui traverse l'isthme de Chignecto.

Un tronçon de la route provinciale 106 inondée, en 2017, à côté du chemin de fer qui traverse l'isthme de Chignecto.

Photo : Radio-Canada / Pierre Fournier

Mais l’élévation du niveau de la mer et les ondes de tempête menacent de détruire les aboiteaux.

Malgré l’urgence de la situation, seule une étude de faisabilité a été lancée, en janvier 2020, afin de déterminer des solutions pour protéger ce corridor des changements climatiques.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick indique que le promoteur de l’étude de faisabilité, Wood Canada, en est à l’étape d’écriture du rapport à ce moment-ci.

5) Il n’y a toujours aucun plan de financement pour résoudre ces problèmes

Pour l’heure, VIA Rail se dit toujours engagée à rétablir complètement l’Océan une fois les restrictions liées à la pandémie allégées.

L’Océan est un pilier de l’offre de service de VIA Rail, affirme Philippe Cannon, directeur des affaires publiques.

Or, aucun plan de financement – autre que le programme Héritage –, n'a été rendu public.

Quelles solutions?

L’Océan n’est toutefois pas condamné à disparaître, et des solutions existent, maintient Ted Bartlett, qui a déjà fait valoir sa cause auprès du gouvernement fédéral.

Ce qu’il manque, c’est un peu de volonté politique à l’égard d’un marché dans les Maritimes, croit-il.

Notre slogan, c’est : le Canada ne s’arrête pas à la ville de Québec […] parce qu’il y a une réticence à investir dans les Maritimes, dit M. Bartlett à propos du Parti libéral de Justin Trudeau.

Pour le député libéral fédéral de Miramichi—Grand Lake, Pat Finnigan, le manque de volonté vient plutôt de VIA Rail elle-même.

On veut garder l’Océan, mais il faut le moderniser. VIA nous dit qu’ils sont intéressés, mais on se heurte à un mur. Vraiment, dit M. Finnigan.

Le député Pat Finnigan

Le député libéral fédéral de Miramichi-Grand Lake, Pat Finnigan (archives).

Photo : Radio-Canada / Michelle LeBlanc

Le politicien originaire de Rogersville note qu’il n’y a pas eu d’investissements majeurs dans l’offre de services et croit même que la COVID a peut-être donné une raison à VIA Rail de maintenir le statu quo.

On pourrait mettre en place des forfaits pour inciter les gens à aller voir le Canadien de Montréal, des choses comme ça, donne-t-il en exemple. Il faut qu’on vende le service, il faut que ce soit commode, et il faut que ce soit abordable aussi.

Pat Finnigan assure qu’il a l’intention de continuer de faire pression auprès de VIA Rail et qu’il compte discuter du dossier prochainement avec le nouveau ministre des Transports, Omar Alghabra.

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