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La pandémie sans relâche : incursion dans l’Unité COVID de l’Hôpital de Hull

Radio-Canada a eu accès à l'Unité COVID de l'Hôpital de Hull, en Outaouais tout juste avant le début de la troisième vague. Il s'agit du seul endroit dans la région où l'on soigne les personnes souffrant de symptômes sévères de la COVID-19.

Depuis un an, l’aile de cardiologie de l’Hôpital de Hull, mieux connue sous le nom de « 3e ouest », a fait place à l’Unité COVID. Radio-Canada a eu accès à l’endroit, le seul en Outaouais à pouvoir soigner les personnes souffrant de symptômes sévères de la COVID-19.

Tout juste avant le début de la troisième vague de la pandémie, l’équipe nous a ouvert ses portes. La conseillère aux soins intensifs de l’Unité, Ann Larouche, a accepté de porter une caméra sur son équipement lors d’un de ses quarts de travail, nous permettant de voir les tâches qu’elle fait quotidiennement depuis maintenant plus d’un an.

L’endroit est totalement hermétique : seule une équipe restreinte de professionnels de la santé peut y entrer. Jusqu’à maintenant, 494 patients malades de la COVID-19 ont été hospitalisés à l'Hôpital de Hull. Parmi eux, 91 y ont laissé leur vie.

Nous suivons Ann Larouche jusqu’aux portes de l’unité, où elle pénètre seule dans l’entre-deux, une petite section qui sert de vestibule. Dans cet espace, les employés enfilent leur équipement de protection individuelle - blouse, gants, masque et visière - et se dévêtent à leur sortie, une fois leur quart de travail terminé, plusieurs heures plus tard.

Deux portes d'hôpital où on peut lire « Unité COVID-19, personnel autorisé seulement, secteur à pression négative ». Deux employés se trouvent derrière les portes.

Les portes menant à l'Unité COVID de l'Hôpital de Hull

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Soins intensifs

D’abord, on se rend aux soins intensifs, séparés du reste de l’Unité par une autre porte, puisque ceux-ci sont entièrement sous pression négative, pour minimiser la propagation des infections par voie aérienne. Ici, on retrouve les patients les plus mal en point et qui nécessitent des soins avancés, comme l’utilisation d’un respirateur artificiel.

Le silence règne de ce côté-ci de l’unité. Seule une poignée de professionnels de la santé y travaillent.

Une femme vêtue d'une blouse de protection, de gants, d'un masque et d'une visière et portant un harnais muni d'une caméra.

Ann Larouche est conseillère aux soins à l'Unité COVID de l'Hôpital de Hull.

Photo : Radio-Canada

Ann Larouche enfile une seconde paire de gants avant d’entrer dans une chambre où se trouve un usager intubé et entouré d’appareils. Le patient est branché, d’un côté, à un respirateur par un tube placé dans sa bouche, et de l’autre, au moniteur cardiaque et à des pompes à perfusion lui administrant médicaments et alimentation.

Six professionnels s’affairent autour du lit du patient. L’équipe se prépare à placer le patient en position ventrale. Quand la personne est en position ventrale, on est capable de descendre le taux d'oxygène donné par le ventilateur, et on améliore également son taux d'oxygène dans le sang, donc son degré de saturation, explique la conseillère en soins.

La manœuvre fait l’objet d’un protocole strict et requiert l’assistance d’un médecin et d’un inhalothérapeute.

Cinq professionnels de la santé encerclent un patient intubé sur un lit d'hôpital.

L'équipe des soins intensifs de l'Unité COVID se prépare à faire la manœuvre de mobilisation ventrale d'un patient afin d'améliorer son taux d'oxygénation.

Photo : Radio-Canada

Soins médecine

De retour à l'extérieur des soins intensifs de l’Unité COVID, Ann Larouche accompagne une infirmière qui doit prendre les signes vitaux d’un autre malade connu pour faire de la température.

Le patient, allongé sur le lit, semble en meilleure forme puisqu’il parle au téléphone. On va prendre votre pression et reprendre votre température. Vous aviez eu des frissons, lui rappelle l’infirmière alors qu’il raccroche.

La professionnelle lui pose quelques questions. Le patient lui signale qu’il ne peut pas se redresser, au risque de s'étourdir.

L’infirmière vérifie également le taux d’oxygène dans son sang, un indicateur de la détresse respiratoire : celui-ci a chuté de 97 % à 90 %. Le seuil idéal d’oxygénation se situe entre 95 et 100 %. En dessous de 93 %, les patients peinent habituellement à respirer ou tombent inconscients et risquent des dommages à long terme à divers organes, dont le cerveau.

On va peut-être mettre de l’oxygène, conclut l’infirmière, avant de partir consulter le médecin de l’Unité.

Une infirmière vêtue d'équipements de protection individuelle prend la température d'un patient atteint de la COVID-19 à l'aide d'un thermomètre.

Une infirmière prend la température d'un patient atteint de la COVID-19 à l'aide d'un thermomètre.

Photo : Radio-Canada

Une grande transformation

Avant de quitter l’Unité, Ann Larouche s’arrête au poste de travail des infirmières pour saluer ses collègues. Ceux-ci, ainsi que tout le personnel qui s’est porté volontaire pour travailler au sein de cette équipe, ont été formés par la conseillère de concert avec des experts en prévention des infections.

C’est d'ailleurs Ann Larouche qui a pensé et organisé l’Unité COVID lorsque tout a basculé, en mars 2020. Des murs ont dû être construits, des portes et de l’équipement ajoutés, et la ventilation refaite.

Elle connaît l’endroit comme le fond de sa poche! lance son gestionnaire, Martin Blais, chef intérimaire de l'Unité. Selon lui, de gros changements ont eu lieu dans cet hôpital, vieux de 63 ans, au cours de la dernière année.

Un homme en entrevue à la caméra.

Martin Blais est chef de service intérimaire de l'Unité COVID pour le Centre intégré de soins et de services sociaux de l'Outaouais.

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Le 3e ouest peut accueillir 14 personnes infectées par la COVID-19, et 6 autres aux soins intensifs. Cet automne, le nombre de cas quotidiens laissait présager que cela n’allait pas être suffisant. Une autre aile de l’hôpital, le 6e ouest, est alors devenue la seconde partie de l’Unité COVID.

Avant la deuxième vague, le ministère [de la Santé] nous a demandé d’avoir 42 lits total et pendant la période des Fêtes, il fallait avoir 60 lits prêts à accueillir des gens, explique le chef intérimaire qui gère la trentaine de professionnels travaillant dans l'Unité. Le 3e ouest était alors plein et le 6e ouest était presque rempli.

À un certain moment, on pensait être obligés d’ouvrir une autre unité.

Une citation de :Martin Blais, chef intérimaire de l’Unité COVID de l’Hôpital de Hull

Notre équipe a pu visiter le 6e ouest, qui est inoccupé depuis la chute du nombre d’hospitalisations après la deuxième vague, mais qui pourrait se remplir rapidement si la tendance actuelle se maintient.

Une chambre d'hôpital vide munie d'un ventilateur permettant de mettre la chambre sous pression négative

Une chambre vide de l'Unité COVID située au 6e ouest de l'Hôpital de Hull

Photo : Radio-Canada / Michel Aspirot

Après 12 mois de travail sans relâche dans des conditions difficiles, l’épuisement se fait sentir au sein de l’équipe de M. Blais. On ne peut pas dire que c’est la joie, déplore-t-il.

Chaque jour depuis quelques semaines, une dizaine de malades reposent à l’Unité COVID. Ce chiffre a toutefois commencé à grimper au cours de la dernière semaine. Le chef intérimaire croit qu’une partie de la population sous-estime le virus et banalise sa contagion. Ce sont tous des cas qui viennent de la communauté, assure le chef intérimaire.

C’est monsieur-madame Tout-le-Monde qui ont eu des contacts avec des gens. Qui pensaient bien faire, qui ne pensaient peut-être pas l’attraper, mais qui l’ont attrapé et qui sont ici en ce moment, observe-t-il.

C’est difficile de voir que les gens ne respectent pas les règles.

Une citation de :Martin Blais

Prêts pour une troisième vague

À moins de 10 kilomètres d’ici, l’Ontario a déclaré être dans la troisième vague de la pandémie depuis quelques semaines déjà. Le Québec l'a à son tour confirmé le 29 mars.

Martin Blais s'inquiète du bien-être de son personnel, qui craint le pire alors que s'amorce une énième crise dans son milieu de travail. Même s’il assure que l'équipe est prête, il sait qu’elle est épuisée. Les gens sont dévoués, ils sont professionnels. Ils vont être là, c’est sûr. On risque d’en avoir qui vont tomber au combat, mais il va y en avoir qui vont prendre la relève.

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