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Quand la foi remplace le vaccin anti-COVID

La campagne vaccinale en Europe continue d’essuyer les critiques de citoyens pressés d'être immunisés afin de retrouver un peu de leur liberté. Mais d'autres tournent simplement le dos au vaccin, comme certains religieux très conservateurs aux Pays-Bas.

Vue de la façade de l'église.

L'église Gereformeerde Gemeente in Nederland d'Opheusden, l'une des plus grandes pour les protestants conservateurs des Pays-Bas.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Il n’y a que les cloches pour briser le silence qui enveloppe Opheusden en ce dimanche matin. Des fidèles pressent le pas devant une immense église, certains placent un masque sur leur visage juste avant d’entrer.

Enfants comme adultes, tous portent leurs habits du dimanche. Les dames ont la tête couverte, les hommes sont vêtus de noir. Bien des regards dévisagent le visiteur canadien.

L’église de la Congrégation réformée des Pays-Bas s’emplit. Les fidèles se savent montrés du doigt par bien des Néerlandais ces jours-ci, soupçonnés de contribuer à propager le coronavirus.

Nous ne pouvons pas aller plus loin, explique Teunis Bunt, les cheveux blancs contrastant avec son habit noir.

M. Bunt devant l'église.

Teunis Bunt, l'un des membres de la congrégation d'Opheusden, considéré comme un « aîné » et un porte-parole.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Pas question d'entrer dans l’église. Il faudra se contenter d’une conversation avec ce père de six enfants, désigné pour représenter sa communauté.

Teunis Bunt assure qu’un peu moins de 300 personnes assisteront à la messe ce matin. Environ 10 % de la capacité de cette église protestante réformée, l’une des plus grandes du pays.

Les gens doivent s’inscrire pour assister à la messe, explique-t-il. Nous laissons au moins un banc entre chaque groupe. Il y a souvent au moins deux mètres d’écart. Nous pourrions en admettre plus, mais nous ne le faisons pas pour des raisons de sécurité.

Remettre sa santé entre les mains de Dieu

Ces fidèles invoquent l’exception religieuse pour s’affranchir de la règle nationale limitant à 30 le nombre de participants dans les rassemblements intérieurs. Une fois assis, plus besoin de porter le masque. Surtout pas au moment de chanter.

Oui, nous chanterons. Ça ne nous préoccupe pas, sinon nous ne le ferions pas, lance Teunis Bunt en riant légèrement. Encore une fois, l’exception religieuse supplante la consigne gouvernementale de ne pas chanter dans des lieux clos.

L’attitude peut en choquer plusieurs, mais elle semble bien assumée. Ici, on a confiance en Dieu et dans ses plans, au point de se passer d’assurances contre les dégâts ou de vaccins contre la rougeole et la coqueluche.

Ici, bien des gens ont l’impression que la vaccination interfère avec la volonté divine. Et comme les gens ici croient en la providence divine, ils sont nombreux à ne pas se faire vacciner.

Une citation de :Teunis Bunt, membre de la congrégation d'Opheusden.

L’attitude semble répandue tout au long de la fameuse Bible Belt des Pays-Bas. La région compte un demi-million de pratiquants conservateurs (environ 3 % de la population du pays) et le plus bas taux de vaccination des enfants.

Pancarte électorale.

Lors de la récente campagne électorale, un parti politique appelait les habitants d'Opheusden à « Suivre Jésus ».

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

À Opheusden, par exemple, à peine un enfant sur deux a reçu les immunisations dites de base recommandées par les autorités de santé publique.

Teunis Bunt ne le dit pas explicitement, mais on comprend qu’il ne se fera pas vacciner contre la COVID-19. Dieu donne et Dieu reprend, lance-t-il, avant d’entrer dans l’église.

Des pratiques qui aggravent l’épidémie?

Dimanche, c’est jour de congé pour le docteur Jeroen Jonker, l’un des deux médecins de la ville de 5000 habitants. Il pratique ici depuis 35 ans. Son père a fait de même avant lui.

Il explique que le coronavirus a fait beaucoup de victimes dans la région à la fin de l’année dernière, avant que la situation ne se stabilise et reflète mieux la tendance nationale.

Le médecin assure ne pas mesurer avec certitude l’impact de ces messes sur la propagation du virus. Cependant, il décrit une communauté où les gens se mêlent beaucoup entre eux. Et ces rencontres, ça aide à la transmission du virus.

Jeroen Jonker devant une étagère remplie d'anciens pots de médicaments.

Le médecin Jeroen Jonker, l'un des deux à pratiquer à Opheusden, l'une de villes faisant partie de la « Bible Belt » des Pays-Bas.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Pragmatique, il ne voit pas ce qu’il pourrait dire pour convaincre les plus religieux d’accepter la vaccination contre la COVID-19.

Jeroen Jonker estime qu’au moins un millier de patients de la ville devraient refuser d’être protégés contre la COVID-19. Mais ça, c’est de la théorie, loin des contradictions de la vie en société.

Se faire vacciner en cachette

Lorsque son père était médecin en ville, des patients refusaient le vaccin, avant de lui demander d’en apporter lors de sa prochaine visite à domicile.

Des fidèles se faisaient vacciner en cachette.

Ils savaient que ce n’est pas une bonne idée de refuser les vaccins. Ils se faisaient vacciner sans que les voisins et l’Église soient au courant. Est-ce que ça sera pareil avec le vaccin anti-COVID? C’est bien possible.

Une citation de :Jeroen Jonker, médecin

Formellement, seuls quatre des 100 premiers patients que le docteur Jonker a invités à se faire vacciner ont décliné. La présence plus tangible de la menace joue peut-être sur les convictions.

Cela pourrait expliquer l’ambivalence d’une jeune religieuse rencontrée dans la rue. Elle témoignait de son hésitation devant ce vaccin, avant de parler de son désir de protéger les aînés avec qui elle travaille.

Nous croyons que Dieu donne et Dieu reprend à sa guise, expliquait-elle, sans vouloir donner son nom. Mais je crois aussi que le vaccin peut aider à maîtriser la situation. Et c’est aussi quelque chose que Dieu peut bénir.

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