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Consultations sur le charbon : des groupes d’intérêt n’ont pas confiance dans le processus

Étendue de charbon.

Le sud-est de l'Alberta a été une plaque tournante de l'industrie du charbon par le passé.

Photo : Grande Cache Coal

Le gouvernement albertain doit lancer ses consultations publiques pour moderniser sa politique sur le charbon dans les Rocheuses albertaines lundi, mais les groupes souhaitant y participer ont peu confiance dans ce processus.

L’absence d’information sur les modalités des consultations, le jour même où elles doivent commencer, leur fait dire qu’il s’agit d’un mauvais départ.

La ministre de l’Énergie a annoncé ces consultations au début du mois de février, après des semaines de controverse sur sa décision d’annuler une politique datant de 1976, qui interdisait l’exploitation de charbon dans les Rocheuses.

Le ministère de l’Énergie affirmait mercredi dernier que les consultations commenceraient bel et bien lundi et qu’il dévoilerait les détails au cours des prochains jours. Or, c’est beaucoup trop tard, selon les groupes d’intérêt qui souhaitent y participer.

Sept d’entre eux, dont une entreprise minière, ont indiqué à Radio-Canada qu’ils n’avaient reçu aucun détail sur ces consultations publiques et n’avaient pas été invités à participer.

Ce gouvernement a complètement perdu notre confiance, affirme Renie Blades. Son mari et elle, qui élèvent du bétail dans le sud de la province, ont notamment demandé une révision judiciaire de la décision du gouvernement d’annuler la politique de 1976.

J’aimerais savoir de quoi aura l’air ce processus de consultations. Nous avons l’impression que [le gouvernement albertain] nous dit : "Voyez, vous avez eu vos consultations. Maintenant, on va de l’avant!" Je ne sais pas à quel point elles seront authentiques, s’inquiète-t-elle.

Un manque de confiance généralisé

Renie Blades n’est pas la seule à craindre que le sort de ces consultations ne soit déterminé d’avance. Selon un sondage Léger, 60 % des Albertains ne croient pas que les consultations vont refléter de manière fidèle l’opinion publique.

Méthodologie

Ce sondage a été réalisé pour le compte de la Société canadienne des parcs et de la nature sauvage et du groupe de propriétaires terriens Livingstone, tous deux opposés à l’exploitation de charbon dans le sud de l’Alberta. Le sondage a été réalisé en ligne du 19 au 22 mars auprès de 1000 Albertains choisis au hasard. Sa marge d’erreur est de plus ou moins 3,5 points de pourcentage, 19 fois sur 20.

Bill Trafford, le président du groupe de 125 propriétaires terriens Livingstone, déplore que les consultations fassent fi de l'impact sur l'eau, le véritable enjeu à propos du charbon, selon lui. Nous savons que l’exploitation du charbon utilise beaucoup d’eau et la pollue. Des millions d’Albertains dépendent de ces sources d’eau, souligne-t-il.

Une mine à ciel ouvert devant les Rocheuses albertaines.

Les rivières Oldman et Crowsnest, qui prennent naissance dans les montagnes des Rocheuses du sud de l'Alberta, pourraient être contaminées par l'exploitation du charbon.

Photo : CBC

Bill Trafford et Katie Morrison, la directrice pour le sud de l’Alberta de la Société canadienne des parcs et de la nature sauvage, s'inquiètent du message de la ministre de l'Énergie, Sonya Savage. Selon eux, elle laisse entendre que les consultations ne serviront qu'à déterminer comment exploiter le charbon dans les Rocheuses. Les consultations pourraient donc ne pas être impartiales, croient-ils.

Nous avons besoin d’un plan d’aménagement du territoire [pour les Rocheuses albertaines et le sud-ouest de l’Alberta] qui prenne en compte les aspects écologiques, environnementaux, autochtones et récréatifs de la région. Ce n'est qu'ensuite que nous devrions déterminer si le charbon peut s'inscrire dans ce plan, dit Katie Morrison.

Un exercice pour rebâtir la confiance

Le politologue du Campus Saint-Jean de l’Université de l’Alberta Frédéric Boily juge que ces consultations publiques ne parviennent pas à rebâtir la confiance envers le gouvernement, comme ce dernier le souhaitait.

C’est mal parti. C’est une patate chaude pour le gouvernement.

Une citation de :Frédéric Boily, politologue au Campus Saint-Jean de l'Université de l'Alberta

Il croit toutefois qu’il est possible que les retards sur le dévoilement des détails des consultations indiquent que le gouvernement est dépassé, débordé et qu’il ne sait pas comment gérer ça. Il croit aussi que le gouvernement peut tenter de contrôler le processus pour orienter ses résultats.

Son collègue de l’Université de l’Alberta, Jared Wesley, juge que cette perception peut être très dommageable pour le gouvernement de Jason Kenney.

Le Parti conservateur uni a pour marque d’être dirigé par sa base. Il fait un appel populiste, mais il y a ici une déconnexion avec sa manière de consulter le public, observe-t-il.

Pour les partis conservateurs, être perçu comme déconnecté, c’est de la kryptonite, conclut Jared Wesley, en faisant référence au matériau fictif qui rend le superhéros Superman vulnérable.

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