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Le logement demeure un enjeu central des élections au Yukon

Des maisons neuves et en construction à vendre.

Entre 2017 et 2020, un nombre total de 1379 permis de construction résidentielle ont été délivrés à Whitehorse.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

L'accessibilité au logement est un problème de longue date au Yukon, surtout pour les nouveaux venus. Depuis les dernières élections territoriales, le prix moyen d'une maison unifamiliale à Whitehorse a augmenté de 34 %, et celui des loyers, de 15,5 %.

Louis-Philippe Deschesnes et sa conjointe, Kim, se sont vite butés à ce problème à leur arrivée, il y a deux ans. Pourtant, le jeune éducateur spécialisé s'était préparé pendant quatre ans avant de quitter le Québec et de traverser le pays. Le Yukon, c'était le rêve, pour sa compagne et lui.

On n’avait pas de logement, on avait un emploi. [...] On a essayé de chercher à distance, mais on a eu zéro retour. On a été un mois à vivre dans notre van avec les deux chiens.

Une citation de :Louis-Philippe Deschesnes
Louis-Philippe Deschesnes dehors au centre-ville.

Selon Louis-Philippe Deschesnes, la question du logement est l'enjeu principal de ces élections territoriales.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Ce scénario, Luc Laferté l'a observé à maintes reprises au fil des ans. Le Franco-Yukonnais de longue date loue depuis toujours des chambres dans sa maison de ville.

Il y a des gens qui doivent faire toutes sortes de sacrifices. Il y en a qui vont habiter dans des logements sous-standards et n’ont aucun espoir d’améliorer leur condition à cause des prix, et ceux qui ont des beaux endroits et payent des prix de fous. Les gens qui sont chanceux, c’est ceux qui sont là, depuis très très très longtemps , explique-t-il devant un de ses locataires qui franchit la porte.

Luc Laferté devant une maison de ville.

Luc Laferté s'inquiète de l'impact de la pénurie et du prix des logements à Whitehorse pour les nouveaux venus.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Louis-Philippe Deschesnes, lui, a accepté la situation, tombant comme bien d’autres amoureux du territoire. On était prêt à prendre le risque d’être sans logement pendant un certain temps.

Toutefois, Luc Laferté s’inquiète des répercussions de la pénurie et de la flambée des prix sur la main-d’oeuvre au territoire. Si on veut avoir des spécialistes à l’hôpital, des gens qui connaissent leur affaire à Northwestel [...] bien, il faut quand même qu’il y ait des logements pour ces gens-là!

Une population en nette augmentation

Depuis la tenue des dernières élections en 2016, la population du Yukon a augmenté d'environ 10 %. À Whitehorse, où habite la très grande majorité des Yukonnais, le prix moyen d'un loyer a augmenté de 15,5 %.

C’est du côté de la vente immobilière toutefois que le problème est le plus marqué. Une maison unifamiliale se vend aujourd'hui 34 % plus cher qu’en 2016, avec un prix moyen actuel de 564 700 $.

Marc Perreault devant un projet de construction.

Le président de l'association immobilière du Yukon, Marc Perreault, croit que les gouvernements n'ont pas été en mesure dans le passé d'anticiper la demande actuelle, ce qui a causé une rareté et une flambée des prix.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Selon le président de l'association immobilière du Yukon, Marc Perreault, c’est un cas typique de l’offre et de la demande. L’économie du territoire est stable, et l’environnement, attrayant pour les résidents d’autres provinces qui veulent s’y installer.

Quand le monde continue à acheter, ça continue à monter. Quand une maison se vend en compétition et que la maison à côté veut vendre, ils vendent au prix qui était en compétition. C’est un marché [où] quand le monde veut payer, il paye.

Pénurie de lotissements

Marc Perreault commente pour une énième fois la situation devant un immeuble à logements en construction dans un quartier résidentiel de Whitehorse en plein développement. Le projet est financé à même les incitatifs financiers des gouvernements fédéral et territorial offerts ces dernières années.

Un édifice à logements en construction.

Les subventions gouvernementales pour des logements abordables ont engendré de nombreux projets actuellement en construction par des promoteurs privés à Whitehorse.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

De fait, depuis 2016, le nombre de permis de construction résidentielle accordés a augmenté de 122 %, selon les données du Bureau des statistiques du Yukon.

L’arrivée de plus de logements abordables n’inquiète en rien le professionnel de la vente. S'il croit qu’un ralentissement de la montée des prix est à prévoir, la demande n’est pas, selon lui, près de s'atténuer.

Ça fait des années et des années que le gouvernement promet d’avoir au moins 200 lots disponibles par année et ce taux-là n’a jamais été mis en place. Les nouvelles promesses de [...] 1000 lots dans cinq années, ça fait aucune différence. Ce n’est pas assez.

Une citation de :Marc Perreault, président, Yukon Real Estate Association

Les solutions proposées

Le Nouveau Parti démocratique a été le premier parti à se prononcer sur la question pendant la campagne. Il propose, entre autres, de construire 250 nouveaux logements pour la Société d’habitation du Yukon et de mieux protéger les locataires des hausses importantes de loyers.

Le Parti libéral promet l’octroi de 1000 nouveaux lotissements au cours des cinq prochaines années et le réaménagement d’un grand terrain industriel à des fins de construction résidentielle. Il propose également une collaboration avec le secteur privé et les Premières Nations pour le développement d’un parc de maisons mobiles.

Un travailleur de la construction sur un chantier.

Les chantiers de construction résidentielle se multiplient à Whitehorse, mais les besoins en logements demeurent pressants.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Les deux partis mentionnent, par ailleurs, l'élaboration d’un modèle de fiducie immobilière contrôlée, soit par une municipalité, soit par un organisme communautaire. Le modèle interdirait que la valeur d’un logement augmente au-delà du taux d'inflation. Elle ne serait donc jamais sujette aux variations du marché immobilier.

Le Parti du Yukon n’a pas encore donné publiquement sa position sur la question.

Un projet communautaire s’invite

Par pure coïncidence, assurent les organisateurs, un projet de fiducie foncière communautaire était pour la première fois présenté au public cette semaine, en marge des promesses électorales.

Laird Herbert, qui siège au conseil d’administration de la Northern Community Land Trust Society, explique que les bonnes intentions des politiciens n’arrivent souvent pas à atteindre leurs objectifs.

Laird Herbert à l'extérieur portant un masque.

Laird Herbert de la Northern Community Land Trust souhaite créer un complexe résidentiel dont les logements ne prennent jamais plus de valeur que le taux d'inflation annuel.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Présentement, le logement abordable est encouragé en offrant aux promoteurs une subvention contre une garantie que les logements demeureront abordables pendant une certaine période. Le problème, c’est qu’une fois cette période terminée il n’y a pas d’engagement pour garder le logement abordable, explique Liard Herbert.

L’avantage de la fiducie communautaire, explique-t-il, c’est que l’accessibilité des prix est préservée à perpétuité en retirant ces logements de la spéculation immobilière. Vous l'achetez une année et vous ne pouvez le revendre que pour son prix en plus de l’inflation quelques années plus tard. 

Ce projet repose également sur l’obtention d’un lotissement auprès du gouvernement, principal propriétaire foncier du territoire.

La persévérance

Après deux ans, Louis-Philippe Deschesnes et sa conjointe ont repris les démarches pour trouver un nouveau logement, plus grand, qui ne soit pas dans un sous-sol.

Louis-Philippe Deschesnes regarde son mobile.

Louis-Philippe Deschesnes et sa conjointe aimeraient un logement plus grand, mais ont du mal à trouver quelque chose dans leur budget dans les petites annonces de Whitehorse.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Toutefois, les recherches s'avèrent aussi difficiles qu'à leur arrivée. « Il y a beaucoup de restrictions avec les chiens, et [là où] on a le droit, c’est des 2500 $ en montant. Pour l’instant, on n’a pas la pression de devoir quitter non plus, [mais] c’est sûr c’est un peu décourageant. »

Louis-Philippe Deschesnes aimerait voir davantage d'encadrement gouvernemental pour empêcher les propriétaires d'imposer des restrictions à leur gré. Sa conjointe et lui aimeraient aussi pouvoir un jour s'acheter une maison, mais les prix font que ce rêve ne leur est pas accessible.

« La seule chose qui pourrait nous faire retourner au Québec, justement, c'est le problème de pouvoir s’acheter quelque chose. »

Consultez tous nos contenus sur les élections 2021 au Yukon.

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