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Budget Girard : des patrons heureux, des syndicats insatisfaits

Des organisations syndicales déplorent le fait que le gouvernement Legault continue de contribuer au Fonds des générations.

Eric Girard tient un document dans ses mains.

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Radio-Canada

Un report de l'équilibre budgétaire jugé nécessaire par plusieurs. Des mesures jugées insuffisantes contre la pénurie de main-d'œuvre par d’autres. Des syndicats qui déplorent un échec à « réinvestir dans le personnel en santé ». Des changements dans le domaine de l’habitation salués. Des investissements en culture applaudis. Le budget du Québec 2021-2022 du ministre des Finances Eric Girard a suscité son lot de réactions.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) saluent le report de l'équilibre budgétaire de deux ans, mais déplorent le fait que le gouvernement poursuit ses versements au Fonds des générations.

La présidente de la CSQ, Sonia Ethier, désapprouve que le gouvernement n'investisse pas concrètement pour ses employés.

Il refuse d'accorder des ressources financières suffisantes pour qu'on puisse améliorer durablement les conditions de travail et les services à la population, qui sont occupés en majorité par des femmes.

Une citation de :Sonia Ethier, présidente de la CSQ

En éducation, la CSQ est soulagée de voir des mesures supplémentaires totalisant 205 millions cette année pour limiter les retards d'apprentissage et pour soutenir le réseau scolaire.

Daniel Boyer en gros plan devant une plaque de la FTQ.

Le président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Daniel Boyer.

Photo : Radio-Canada

Le président de la FTQ, Daniel Boyer se questionne sur la façon dont les montants prévus au secteur public seront investis. À quand des mesures de rétention et d'attraction du personnel? demande-t-il. À quand une amélioration des conditions d'exercices d'emploi et une meilleure rémunération des travailleuses et travailleurs? Ça doit être la priorité! M. Legault, j'en profite pour vous rappeler qu'on attend toujours vos représentants à la table de négociation.

Renouvellement des conventions collectives dans la santé

De son côté, l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) est déçue du budget qui ne prévoit aucune mesure pour régler la négociation des conventions collectives dans le réseau de la santé et des services sociaux.

Quand il faut réinvestir dans les secteurs traditionnellement masculins ou quand il faut donner de meilleurs salaires à Investissement Québec, le gouvernement trouve toujours de l'argent. Mais quand il faut réinvestir dans le personnel qui procure les services de santé et les services sociaux, majoritairement féminin, il n'y a jamais d'argent disponible, dénonce Laure Letarte-Lavoie, quatrième vice-présidente de l'APTS.

Line Lamarre accorde une entrevue en visioconférence dans son bureau.

La présidente du SPGQ, Line Lamarre.

Photo : Radio-Canada

Pour sa part, le Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ) dénonce vivement l'abolition de 5000 postes annoncée dans le cadre du budget 2021-2022 du Québec. C'est ainsi que le ministre remercie son personnel après plus d'un an de pandémie à tenir l'État à bout de bras?, déclare Line Lamarre, présidente du SPGQ.

En revanche, le SPGQ se réjouit des investissements en culture, notamment pour permettre un meilleur accès aux jeunes. Espérons que les musées nationaux ne seront pas une fois de plus oubliés dans l'exercice, indique la présidente du SPGQ.

L'Association québécoise de la production médiatique (AQPM) se réjouit également des sommes que le gouvernement consacre à la culture, notamment les 28,9 millions de dollars destinés au programme d'aide temporaire au secteur de l'audiovisuel administré par la SODEC, qui permet de bonifier les budgets de production afin de défrayer une partie des coûts supplémentaires découlant de la mise en place des mesures sanitaires.

Au chapitre de l'enseignement supérieur, la Fédération des cégeps dit applaudir à l'augmentation de 4,6 % des crédits budgétaires octroyés au réseau collégial, ce qui représente un total de 101,6 M$.

Il y aura des investissements dans les trois cibles qui avaient été identifiées par les cégeps : la réussite éducative et l'accessibilité, la formation et la requalification des travailleurs ainsi que le soutien à la santé mentale de nos étudiantes et de nos étudiants, indique le PDG de la Fédération, Bernard Tremblay.

Le FRAPRU et les municipalités aux antipodes à propos des logements sociaux

L'Union des municipalités du Québec (UMQ) estime que le budget répond aux demandes qu'elle a formulées. Je pense entre autres aux sommes prévues pour le transport collectif, pour nos centres-villes ainsi que pour nos bâtiments municipaux, souligne la présidente de l'UMQ Suzanne Roy.

Elle souligne que le plan budgétaire ouvre un nouveau chapitre en matière de logement, en prévoyant 304,5 millions de dollars d'investissements sur cinq ans pour accroître le parc de logements sociaux et abordables. Nous sommes très heureux que le gouvernement du Québec finalise enfin le rattrapage des projets en logement social qui ont été annoncés depuis 2010, dit-elle.

Suzanne Roy sourit en gros plan.

Suzanne Roy, présidente de l'Union des municipalités du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, est plus sévère que l'UMQ concernant le volet de l'habitation. Les 500 nouvelles unités de logement social prévues dans le budget Girard sont loin d’être suffisantes pour répondre aux besoins.

Selon la mairesse Plante, pour rattraper le retard d’investissement accumulé au cours des deux dernières années, il aurait fallu 1500 nouvelles unités pour Montréal seulement.

Pour sa part, le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) estime que le gouvernement n'a pas compris l'urgence d'agir.

Pour améliorer la résilience du Québec comme il le prétend, le budget aurait dû prévoir des investissements beaucoup plus ambitieux pour le logement social et annoncer un plan sur plusieurs années, affirme la porte-parole Véronique Laflamme.

Par contre, le FRAPRU se réjouit que le gouvernement ait prévu le financement de nouvelles unités et que le budget prévoie les sommes manquantes pour compléter le financement de tous les logements sociaux qui avaient déjà été annoncés avant l'arrivée du gouvernement Legault.

Construction domiciliaire

La Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ) croit que Québec a fait le bon choix en rendant disponible à 600 ménages de plus une aide financière directe pour mieux se loger, tout en accélérant la livraison des logements sociaux déjà annoncés.

En revanche, elle soutient que les 500 unités Accès Logis de plus qui sont budgétés (37 M$) pourraient avoir pour effet de vider des logements privés. Davantage de logements qu’il y a un an sont disponibles, en particulier à Montréal, et des locataires de partout au Québec vivent des situations urgentes et temporaires. Ils ont besoin d’une aide financière rapide et flexible, pas nécessairement de projets de construction de plus en plus coûteux qui verront le jour dans plusieurs années, a déclaré le directeur des affaires publiques Hans Brouillette.

L'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ) salue les bonifications apportées aux programmes en habitation, mais reste néanmoins sur sa faim étant donné l'absence de mesures en matière d'efficacité énergétique.

Le gouvernement a choisi de ne pas stimuler les programmes d'efficacité énergétique qui ont pourtant un impact significatif auprès des Québécois et permettent au secteur de l'habitation d'apporter sa contribution aux enjeux climatiques, commente François Bernier, vice-président principal, affaires publiques, à l'APCHQ.

Quant à la Fédération québécoise des municipalités (FQM), elle applaudit l'effort du gouvernement qui investit 72,4 millions de dollars sur trois ans pour consolider le patrimoine culturel. La FQM est heureuse de constater l'écoute du gouvernement envers ses propositions. Nous avions demandé des sommes conséquentes pour aider les municipalités à protéger leur patrimoine qui représente une richesse architecturale unique et inestimable, lance Jacques Demers, président de la FQM.

Le milieu des affaires satisfait

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) accueille favorablement les quatre milliards de dollars en mesures économiques, dont le soutien à la productivité, à l'investissement, l'innovation et le développement économique des régions.

Bien qu’il reconnaisse que les fondations d'une relance économique sont au rendez-vous, le CPQ est d’avis que le manque de main-d'œuvre met à risque la robustesse de cette reprise. Avec la fermeture prolongée des frontières, les entreprises seront vite à court de travailleurs pour développer, voire maintenir, leurs activités, écrit-il dans son communiqué.

Karl Blackburn, président et chef de la direction du CPQ, déclare : Sur le plan du rehaussement des compétences de la main-d'œuvre, le budget nous laisse sur notre faim, car trop peu est prévu pour résoudre la pénurie de travailleurs à court terme. Rappelons qu'il y a près de 150 000 postes vacants au Québec en ce moment, plus qu'avant la pandémie .

Karl Blackburn, en entrevue, dans un studio de Radio-Canada.

Karl Blackburn est président et chef de la direction du Conseil du patronat du Québec.

Photo : Radio-Canada/Lisa-Marie Fleurent

À Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ), la PDG Véronique Proulx juge elle aussi que le budget ne répond pas à un important enjeu de pénurie de main-d’œuvre dans le secteur manufacturier. Il y aurait encore un manque de 18 000 travailleurs dans le secteur, selon l'organisation.

Les mesures incitatives pour stimuler les investissements dans l'automatisation et la numérisation ne suffiront pas si nous n'avons pas assez de travailleurs. Sans travailleurs supplémentaires, le manufacturier ne pourra pas jouer pleinement son rôle dans la relance économique, affirme-t-elle.

Par ailleurs, elle salue la multiplication par deux des crédits d'impôt à l'investissement et à l'innovation : MEQ se réjouit de cette mesure qui aura un impact significatif sur les projets d'investissement, notamment pour accélérer l'intégration de nouvelles technologies et favoriser le virage numérique des entreprises.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) est ravie de la baisse d'impôt prévue pour les petites et moyennes entreprises à 3,2 %, pour les premiers 500 000 $ de revenus.

Or, tout comme MEQ, la FCCQ estime que l'aide budgétaire aux entreprises ne s'attaque pas assez vigoureusement aux enjeux de main-d’œuvre. Selon l'organisme, le gouvernement investit massivement pour retourner les chômeurs sur les bancs d'école, mais rien n'est prévu pour la formation des travailleurs déjà en emploi.

La Fédération canadienne des contribuables (FCC) critique la décision du gouvernement Legault de repousser le retour à l'équilibre budgétaire à 2027-2028. Il n'y a rien de plus facile pour un gouvernement que de dépenser, c'est faire des choix en fonction de la capacité de payer qui prend du courage, affirme le directeur Québec de la FCC, Renaud Brossard.

Malgré l'orgie de dépenses annoncée par le gouvernement, les contribuables peuvent se consoler du fait que le ministre rejette les hausses de taxes et impôts, ajoute-t-il.

L'environnement, une note de bas de page du budget, selon Greenpeace

Selon Greenpeace, l'environnement est une note de bas de page au budget. Le document laisse l'organisation totalement sur [sa] faim.

Après avoir présenté cet automne un plan climatique qui n'atteint que 42 % de sa cible de réduction des GES pour 2030, le budget Girard ne propose rien de nouveau et démontre qu'au-delà des discours, ce gouvernement ne reconnaît pas l'urgence climatique, soutient Greenpeace.

L'organisation croit que la protection de l'environnement reste le talon d'Achille de ce gouvernement. Si le gouvernement voulait que la relance soit juste et verte, il vient de manquer lamentablement le bateau avec ce budget, dit-elle.

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