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Analyse

Le choix salutaire de repousser le déficit zéro à plus tard

Eric Girard et François Legault posent une main sur un panneau de plexiglas, comme pour se donner une tape de félicitations.

Eric Girard a vu son budget salué par son patron, le premier ministre François Legault, à l'Assemblée nationale.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le report de l’équilibre budgétaire à 2027-2028 donne de la marge de manoeuvre au gouvernement Legault, ce qui lui évitera d’avoir à annoncer de mauvaises nouvelles avant les élections d’octobre 2022, tout en maintenant une aide essentielle aux citoyens et un soutien névralgique pour la relance de plusieurs secteurs de l’économie.

Le ministre des Finances Eric Girard a visiblement compris les leçons de 2009. Il ne sert absolument à rien de précipiter le retour à l’équilibre budgétaire, comme l’Allemagne et le Fonds monétaire international l’exigeaient de la part de plusieurs pays européens. Cette politique a été catastrophique pour la Grèce, le Portugal et l’Espagne.

Jeudi, le ministre a annoncé qu’il se donnait sept ans pour respecter la Loi sur l’équilibre budgétaire, au lieu des cinq années prévues. Ce délai va lui permettre de repérer de nouvelles sources de revenus, et peut-être de profiter de transferts en santé supplémentaires et d'une croissance économique plus soutenue. Il aura le temps également de cerner les dépenses dont il voudra limiter la croissance et d’engager le débat publiquement.

Il ne sert à rien de brusquer le retour au déficit zéro, et ce budget en prend acte. En fait, je dirais que c’est un budget de transition, qui prévoit des sommes pour aider les gens, puisque nous sommes toujours en état d’urgence sanitaire, et pour investir dans l’économie, afin de favoriser la relance dans les prochains mois.

L’état d’urgence se poursuit

En matière d'aide aux gens, il y a d'abord de l’argent en santé mentale, pour les services de première ligne, pour les aînés, mais aussi pour encourager la diplomation, alors que la persévérance scolaire a été mise à mal par les exigences de la santé publique et l’école à distance.

L’annulation des intérêts sur les prêts étudiants jusqu’au 31 mars 2022 est aussi un coup de pouce notable qui fera du bien à quelque 380 000 étudiants, en plus des sommes de 100 $ par session (pour l’automne 2020 et l’hiver 2021) qui leur seront versées.

Il y a de l’argent aussi pour des secteurs qui en ont bien besoin : le tourisme et la culture en particulier, en plus du maintien des programmes d’aide aux entreprises.

Investissements structurels

En ce qui a trait à la relance, des investissements structurels pourraient aider les entreprises à améliorer leur productivité et pourraient atténuer les enjeux de pénurie de main-d'œuvre dans le secteur des technologies.

Ainsi, Québec double le crédit d'impôt pour les nouvelles technologies jusqu'à la fin de 2022, un coup de pouce qui pourrait bénéficier aux entreprises voulant moderniser leurs activités. Des bourses de près de 3000 $ seront également disponibles pour les étudiants collégiaux en technologies.

Cependant, il faut le souligner, ce gouvernement demeure décevant en ce qui concerne la question de l’environnement. Le plan qui a été présenté il y a quelques semaines par le ministre Benoit Charette est incomplet et le budget n’apporte pas les correctifs nécessaires à son succès. La relance économique annoncée dans le budget ne s’appuie pas, non plus, sur l’économie verte.

N’empêche, en se centrant sur les missions de l’État – la santé, l’éducation, l’enseignement supérieur – et en repoussant à plus tard l’équilibre, le gouvernement Legault évite le piège de l’étau budgétaire qui aurait pu lui être néfaste à moins d’un an et demi des élections et qui, dans les faits, n’est probablement même pas nécessaire.

Le gouvernement est entré dans cette crise avec des finances publiques en santé, ce qui lui permet, aujourd’hui, de se donner une marge de manœuvre jusqu’en 2027-2028. De toute façon, comment pourrait-il en être autrement? La pandémie a révélé des manques criants dans notre système de santé et dans le soutien et la protection des aînés. Il est plus que temps de réinvestir et de corriger ces failles.

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