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Violence conjugale : des défis pour aider les hommes violents en Outaouais

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Une équipe d'Enquête s'est intéressée à un effet sous-estimé de la violence conjugale.

Photo : iStock

Radio-Canada

Dans les sept dernières semaines, sept femmes ont perdu la vie au Québec à cause de conjoints violents. Une vague de féminicides qui inquiète et qui interroge sur les outils et les ressources consacrés à la violence conjugale. Des organismes existent pour aider les hommes violents, mais leurs défis sont immenses, notamment en Outaouais.

J’encourage tous les hommes à continuer à demander de l’aide, a lancé, mercredi, en conférence de presse, la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, interpellée sur le sujet.

La ministre a souligné que, cette semaine, plusieurs discussions ont eu lieu avec des représentants d’organismes qui viennent en aide aux hommes violents.

Ils nous ont communiqué qu’il y a plus de demandes d’aide de la part des hommes dans les dernières semaines. [...] C’est une bonne chose, parce qu’il faut se rappeler qu’à chaque fois qu’un homme violent ou potentiellement violent demande de l’aide, c’est un drame qui est potentiellement évité, a ajouté la ministre.

Le problème, c’est que pour beaucoup d’entre eux qui entament cette démarche, les ressources ne sont pas toujours disponibles.

Directrice de l’organisme Donne-toi une chance, qui vient en aide aux hommes en difficulté en Outaouais, Josée Desjardins en fait le triste constat. Sa liste d’attente atteint 140 hommes pour le programme en violence et une dizaine d’autres pour le programme d’habiletés parentales.

On priorise dans les demandes qui entrent, expliquait-elle, jeudi, en entrevue à l’émission Sur le vif. Évidemment, la dangerosité, c’est le facteur numéro un, ainsi que la sécurité de tout le monde. [...] Les hommes qui sont sur la liste d’attente savent qu’en tout temps, si la situation se détériore ou qu’ils vivent des difficultés, ils peuvent toujours communiquer avec nous. On doit alors libérer des plages pour les situations qui peuvent évoluer.

Un problème avant la pandémie

L’actualité de ces dernières semaines ne surprend pas Mme Desjardins, qui travaille dans le domaine depuis 23 ans.

C’était à prévoir. La liste d’attente pour notre organisme, ce n’est pas d’hier! Les hommes parlent de nous, donc il y a de plus en plus de demandes, dit-elle.

« Ça fait au moins une dizaine d’années qu’on a du temps d’attente, malgré les sommes qui ont été injectées. »

— Une citation de  Josée Desjardins, directrice de l’organisme Donne-toi une chance

Cette hausse de la demande et, par ricochet, l’allongement de la liste d’attente, ne sont pas sans conséquence, malgré les efforts de l’organisme.

Quand un homme est prêt à recevoir des services, il faut les lui donner à ce moment-là. Car quand on les appelle [ensuite], leur situation peut avoir changé, leur motivation peut avoir changé…

Raison pour laquelle l’organisme s’efforce de rencontrer les hommes qui les contactent au moins deux ou trois fois dans les premières semaines de leur appel, dit-elle. Une façon d’évaluer leur niveau de dangerosité et l’ensemble des difficultés auxquelles ils font face et pour lesquelles ils demandent de l’aide.

Trouver des stratégies pour répondre à la violence

La pandémie a certainement accru les problèmes, analyse la directrice de l’organisme Donne-toi une chance.

On est dans une période où beaucoup de facteurs de risque étaient déjà présents avant la pandémie, c’est évident que le contexte de confinement et de déconfinement apporte des réactions encore plus vives. On est dans l’augmentation de l’intensité de la violence, estime Mme Desjardins.

Elle ne veut toutefois pas baisser les bras, espérant pouvoir apprendre au plus grand nombre d’hommes possibles à répondre aux difficultés par d’autres stratégies que la violence. Leur apprendre à gérer leurs émotions, reconnaître les signaux d’alarme, revoir leur perception de la violence…

Disons que c’est la majorité des hommes qui, une fois qu’on les a rencontrés, qu’on a fait le tour de leur situation, effectivement, la réponse à ces difficultés, c’est souvent la violence, explique Mme Desjardins.

Selon elle, cette violence va souvent de pair avec la consommation d’alcool ou de drogue. D’après ses chiffres, 68 % des clients consomment, 17 % ont été abusés sexuellement dans leur enfance et 72 % ont vécu de la violence conjugale dans leur enfance.

Manque de ressources

Mais quand ils ont fait le premier pas, ces hommes collaborent, assure-t-elle.

Ils collaborent et quand ils ne collaborent pas, on leur rappelle ce qu’on avait dit au début du suivi : que pour la sécurité de l’ensemble des personnes, on est tenu d’agir. Donc, on appelle des partenaires qui peuvent imposer des arrêts d’agir. Mais les hommes collaborent avec nous et ça nous arrive très peu souvent [d’avoir recours à ces partenaires].

Il n’en demeure pas moins que les ressources manquent, ajoute-t-elle, et qu’un organisme comme Donne-toi une chance aurait besoin davantage de financement pour pouvoir recruter plus d’intervenants, afin de rendre accessibles tous les services existants et d’en proposer d’autres.

La prévention, l’éducation et la publicité sont également importantes, selon Mme Desjardins, avec le risque, toutefois, de créer plus de demandes et de ne pas pouvoir y répondre.

Dans son budget, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a annoncé, jeudi, de nouvelles sommes pour lutter contre la violence conjugale.

C'est un problème sérieux qui va nécessiter plus que de l'argent. Ça va nécessiter un changement de mentalités, un changement de culture et ce n'est pas seulement au Québec, a-t-il expliqué en entrevue à Radio-Canada, insistant sur les sommes qui avaient déjà été annoncées dans le précédent exercice budgétaire.

Le ministre des Finances s'est même dit prêt à en faire plus.

Là, on ajoute de l'argent et si on a besoin d'en faire plus, on va le faire, c'est important, a assuré M. Girard.

Avec les informations de Justine Tétreault

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