•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Le producteur de cinéma Rock Demers est décédé à 87 ans

Rock Demers en 2014.

Le producteur Rock Demers

Photo : Radio-Canada / Julie Mainville

Radio-Canada

Les enfants, jeunes et vieux, sont en deuil. Le grand-père des films jeunesse est décédé la nuit dernière, a annoncé sa famille mardi. L’ex-président des Productions La Fête avait 87 ans.

Le producteur québécois laisse un riche héritage de films, dont l'inimitable série des Contes pour tous, notamment composée de La guerre des tuques (1984), Bach et Bottine (1986) et La grenouille et la baleine (1988).

Avec sa disparition, c’est un monde de cinéma qui s’éteint et une conception de l’art cinématographique qui animait son action non seulement pour les cinéphiles, mais aussi pour tous les hommes et femmes de bonne volonté, a déclaré sa famille dans un communiqué.

Le premier ministre François Legault et la ministre de la Culture et des Communications Nathalie Roy ont présenté leurs condoléances dans des tweets après l’annonce de la disparition de l’artiste.

Mes condoléances à tous les proches de Rock Demers. Que de beaux souvenirs. La guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire mal fait maintenant partie des expressions québécoises, a écrit François Legault.

Rock Demers a marqué notre imaginaire grâce à des créations comme La guerre des tuques. Il a grandement participé à notre culture et ses œuvres ont touché des générations, a ajouté Nathalie Roy.

Mort de Rock Demers, père des « Contes pour tous »

Inspiré dès son enfance

Né en 1933 à Sainte-Cécile-de-Levrard, un petit village qui ne comptait pas plus de 500 habitants, Rock Demers a découvert le cinéma par l'entremise de son oncle Henri.

C'était une comédie musicale et le jeune Rock avait été si impressionné qu’il s'était acheté des souliers à claquettes pour devenir un Fred Astaire.

Les claquettes ont pris la poussière, mais le cinéma, lui, n'est plus sorti de la tête du futur producteur de La guerre des tuques.

Son père était agriculteur, sa mère, institutrice. Il a lu son premier roman avant d'entrer à l'école.

Il a déménagé à Montréal pour étudier la pédagogie, mais le cinéma n'était jamais loin. Il a fondé des ciné-clubs à l'école, à l'hôpital Sacré-Cœur, où il était infirmier, ainsi qu'à Bordeaux, la prison voisine.

Au début des années 50, il est parti en France grâce à ses économies et une petite bourse pour étudier les techniques audiovisuelles à Paris.

Un grand voyage

Cela a marqué le début d’une longue saga, puisqu'à la fin de son stage, avec 250 $ en poche, il a décidé qu’il avait assez d’argent pour se rendre au Japon en auto-stop.

Son grand tour l'a amené derrière le mur communiste de l'époque, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Hongrie. Il a fait des rencontres déterminantes, notamment celle de Bretislav Pojar.

C’était la première fois que je réalisais que de grands artistes pouvaient consacrer leur talent à faire des films [pour enfants], a-t-il expliqué au micro de Franco Nuovo en 2019.

Il s'est ensuite rendu au Pakistan, en Inde et au Sri Lanka pour enfin arriver au Japon, en bateau, avec son épouse. Juste à temps pour la naissance de leur premier enfant.

Ce voyage a bouleversé sa vie et sa perception de l'être humain. Toute sa carrière en a été marquée. Ainsi, le monde passerait par la fenêtre du cinéma et les enfants y occuperaient la première place.

Un nouveau regard

De retour au pays, il a travaillé au Festival international du film de Montréal, premier festival de cinéma non compétitif au Québec, dont il a été l'administrateur de 1962 à 1967. Il y a d'ailleurs fait ajouter une section jeunesse. Pendant cette période, il a participé à la fondation de la Cinémathèque québécoise.

En 1965, il a créé la compagnie Faroun, spécialisée dans la distribution de films pour enfants.

Il a coproduit Le Martien de Noël, un long métrage de Bernard Gosselin mettant en vedette Marcel Sabourin. L'extraterrestre voyageait dans une soucoupe fabriquée par l'automatiste Jean-Paul Mousseau, rien de moins.

Marcel Sabourin en 1970.

Marcel Sabourin dans le film « Le Martien de Noël »

Photo : Les productions La Fête

Sa passion pour le cinéma jeunesse a pris une nouvelle tangente lorsqu'il a fondé Les productions La Fête en 1980.

C’est un article sur le suicide chez les jeunes, paru dans La Presse en 1982, qui l'a amené à entreprendre la série des Contes pour tous. Les films, à son avis, devaient insuffler aux jeunes un appétit de vivre.

La vie, faut pas se raconter d’histoires, c’est pas facile, mais ça vaut la peine d’être vécu, disait-il.

Je pense que la meilleure façon de préparer les jeunes à affronter les difficultés plus tard, c'est beaucoup d'amour, beaucoup de tendresse et avoir l'occasion de rire, disait-il dans une entrevue accordée l'hiver dernier à l'organisation Éléphant, qui se consacre à la numérisation et à la restauration de films québécois.

Une scène du film « La guerre des tuques ».

Une scène du film « La guerre des tuques »

Photo : Productions La Fête

Les films de la série ont raflé des dizaines de prix, mentions et mises en nomination dans le monde entier.

Le premier de la liste, La guerre des tuques, a remporté un succès phénoménal avec les savoureuses répliques comme : La guerre, la guerre, c’est pas une raison pour se faire mal et T'as un trou dans ta mitaine.

Rock Demers voulait tisser des liens entre les générations et entre les cultures. Il se plaisait à dire que Bach et Bottine, le troisième conte, avait obtenu 40 millions d’entrées en URSS et que La grenouille et la baleine faisait rire les Chinois de Shanghai aux mêmes endroits que les Québécois de Longueuil.

Mahée Paiement, enfant.

Mahée Paiement dans le film « Bach et Bottine », d'André Melançon

Photo : Productions La Fête inc

Cinq des films de la série ont été réalisés par des cinéastes d'Europe de l'Est, dont Bretislav Pojar.

Un producteur animé par des valeurs

Quand il a imaginé les Contes pour tous, Rock Demers voulait que les rôles principaux soient alternativement tenus par des filles et des garçons, par souci de parité. Sans rien dire, je pensais dire quelque chose de très important en procédant de cette façon-là, a-t-il expliqué en entrevue.

Rock Demers ne souhaitait pas que la tension dramatique des Contes pour tous repose sur le conflit entre le bien et le mal, contrairement à ce que proposent de nombreux films.

Je n'ai jamais rencontré nulle part quelqu'un qui soit vraiment bon ou qui soit vraiment méchant. Je pense que, où il y a des bons et des méchants, [ça] mène finalement à des préjugés et à une fermeture sur l'autre plutôt qu'à une ouverture sur l'autre.

Son grand regret restait de ne pas avoir produit de film mettant en vedette un personnage autochtone. Tout au cours de l'élaboration des Contes pour tous, je cherchais ce sujet-là. Après avoir vendu ma société [en 2016], je reçois un projet d'un producteur de Québec et c'était le projet que je cherchais depuis 30 ans.

Selon Rock Demers, le projet n'a pas pu se concrétiser en raison du refus de la SODEC de financer le film.

De nombreux prix

Outre la série des Contes pour tous, Rock Demers a aussi produit plusieurs films, dont Le silence des fusils d'Arthur Lamothe et La vie d'un héros de Micheline Lanctôt.

Il a vendu Les productions La Fête en 2016 au cinéaste Dominic James.

Il a reçu le prix Albert-Tessier, le prix François-Truffaut et le titre d'officier de l'Ordre du Canada ainsi que celui de chevalier des Arts et des Lettres en France.

Lorsqu’il faisait le décompte de son immense travail pour le cinéma, il voyait son plus grand legs dans les Contes pour tous.

L'appétit de vivre, il a su qu'il l'avait transmis le jour où deux punks l'ont remercié.

C'était rue Saint-Denis, le producteur marchait lorsque deux jeunes coiffés « en dents de scie » se sont lancés vers lui… pour l’embrasser.

Fierro... l'été des secrets leur avait redonné le goût de miser sur la vie.

Avec les informations de la Cinémathèque québécoise, l'Encyclopédie canadienne, l'Ordre national du Québec et l'Université de Sherbrooke

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !