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Allégations d'une « ambassade parallèle » du Canada en Israël

L'extérieur du 22 boulevard Rothschild, à Tel-Aviv.

L'extérieur du 22 boulevard Rothschild, à Tel-Aviv

Photo : AVIV Group

Radio-Canada révélait récemment qu'un règlement confidentiel a été conclu dans la poursuite de l'ex-ambassadrice du Canada en Israël, Vivian Bercovici, contre le gouvernement du Canada.

Dans une lettre que Mme Bercovici a écrite à un homme d'affaires torontois et médiateur international, elle a offert de laisser tomber sa poursuite en guise de remerciement pour lui avoir sauvé la vie.

Si le mystère demeure entier autour des circonstances qui ont pu mettre la vie de l'ex-ambassadrice en danger, Radio-Canada a pris connaissance de nouveaux éléments touchant son mandat.

22 Rotchschild, Tel-Aviv

Des témoignages d'une demi-douzaine de fonctionnaires fédéraux soulèvent des questions quant à la location de bureaux à l'extérieur de l'ambassade et des rencontres privées que tenait l'ambassadrice avec des représentants du gouvernement israélien.

Après son arrivée en poste à Tel-Aviv, en Israël, Vivian Bercovici a insisté pour avoir des bureaux à l'extérieur de l'ambassade. Cette requête, d'abord refusée, a finalement été acceptée.

Elle a essentiellement mis en place une mini ambassade à l'extérieur de l'ambassade. […] C'était hautement inhabituel.

Une citation de :Un fonctionnaire fédéral

Je n'ai jamais vu ça de ma vie, même dans des ambassades qui étaient beaucoup plus vieilles que celle de Tel-Aviv, a commenté un autre fonctionnaire.

Affaires mondiales Canada confirme que le gouvernement du Canada a loué des locaux au 22 boulevard Rothschild, à Tel-Aviv, de juillet 2015 à juin 2016.

Mme Bercovici, nommée ambassadrice par Stephen Harper en janvier 2014, a été relevée de ses fonctions par Justin Trudeau en juin 2016.

Vivian Bercovici, ambassadrice du Canada, et le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, se serrent la main en souriant.

Janvier 2014 - Vivian Bercovici, ambassadrice du Canada, et d’autres dignitaires rencontrent le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, en Israël, lors de la visite du premier ministre Stephen Harper.

Photo : Facebook Ambassade du Canada en Israël

Dans sa poursuite contre le gouvernement du Canada, Vivian Bercovici a elle-même affirmé qu'une haute fonctionnaire nouvellement en poste avait soulevé des questions quant à ses dépenses et à ses décisions concernant l'ambassade.

Mme Bercovici soutient dans la poursuite que ces questions de la haute fonctionnaire étaient sans aucun fondement, soulignant que tout avait reçu les autorisations nécessaires.

D'après le dossier de la Cour supérieure de justice de l'Ontario lié à cette poursuite, le Procureur général du Canada s'était engagé à partager avec Mme Bercovici tous les courriels, lettres et notes des fonctionnaires du ministère des Affaires étrangères au sujet des allégations concernant l'octroi inapproprié de contrats pour les bureaux secondaires de l'ambassade et le mépris des voies officielles pour y arriver.

L'extérieur du 22 boulevard Rothschild, à Tel-Aviv

L'extérieur du 22 boulevard Rothschild, à Tel-Aviv

Photo : AVIV Group

Toujours dans sa poursuite contre le gouvernement, Vivian Bercovici a aussi soutenu que sa loyauté envers le Canada était constamment remise en cause.

Elle a accusé des fonctionnaires d'avoir répandu une rumeur malveillante selon laquelle elle ne suivait pas les directives (“rogue” dans le document en anglais) et qu'elle avait mis en place une structure d'ambassade parallèle en Israël afin de mettre en œuvre un programme personnel.

Dans le cadre du processus juridique, le Procureur général du Canada s'était aussi engagé à partager avec Mme Bercovici les communications de hauts fonctionnaires et de diplomates canadiens faisant état d'allégations de sa déloyauté envers le Canada, [et de son] allégeance au premier ministre Netanyahou et à Israël.

Les communications concernant les différentes allégations n'ont pas été versées au dossier public de la cour et les enjeux soulevés dans la poursuite n'ont jamais été débattus devant un tribunal. Aucune des allégations n'a été prouvée en cour.

De hauts fonctionnaires à qui nous avons parlé affirment que Mme Bercovici leur apparaissait souvent comme étant davantage la porte-parole du gouvernement israélien que l'ambassadrice du Canada.

Dans sa poursuite, Vivian Bercovici a décrit les allégations de déloyauté comme étant des attaques malicieuses et sans fondement contre son intégrité et sa loyauté.

Nous avons accordé la confidentialité à nos sources puisque celles-ci n’ont pas la liberté de parler publiquement.

Rencontres privées avec le gouvernement israélien

De hauts fonctionnaires soutiennent que Mme Bercovici rencontrait souvent des représentants du gouvernement israélien sans être accompagnée par ses conseillers de l'ambassade canadienne.

Il peut arriver qu'un ambassadeur rencontre seul un représentant d'un gouvernement étranger sur une question extrêmement sensible, mais c'est plutôt rare, selon ces hauts fonctionnaires.

Un ambassadeur est habituellement accompagné des responsables canadiens des dossiers à l'ordre du jour. En plus de fournir leur expertise, ces responsables peuvent assurer les suivis nécessaires et servir de témoins des discussions.

Les rencontres privées de Mme Bercovici soulevaient des inquiétudes chez certains fonctionnaires.

Nous, au gouvernement du Canada, on se demandait ce qui avait été discuté au nom du gouvernement, ce qu'elle leur avait dit, ce qu'elle leur avait révélé.

Une citation de :Fonctionnaire fédéral

Israël, c'est un ami, mais c'est tout de même un pays étranger, a ajouté ce même fonctionnaire.

D'autres attribuent ces rencontres aux liens rapprochés que Vivian Bercovici entretenait avec le gouvernement israélien de Benyamin Nétanyahou ainsi qu'aux difficultés qu'elle avait à s'adapter à son rôle d'ambassadrice.

Une femme (à gauche) sert la main d'un homme (à droite). Les deux sourient en regardant la caméra.

John Baird, ministre des Affaires étrangères, annonce la nomination de Vivian Bercovici à titre d’ambassadrice du Canada en Israël, le 8 janvier 2014.

Photo : Affaire étrangères du Canada

Mme Bercovici ne provenait pas des rangs diplomatiques. Elle était avocate et chroniqueuse au Toronto Star, où elle affichait clairement ses positions pro-israéliennes.

Mme Bercovici a été nommée par Stephen Harper, lui-même un ferme défenseur d'Israël et du premier ministre Benyamin Netanyahou.

Réponse par la voix de son avocat

Radio-Canada a envoyé, par courriel, des questions à Vivian Bercovici concernant les bureaux du 22 Rothschild, ses rencontres privées avec des représentants du gouvernement israélien et les allégations de déloyauté envers le Canada.

C'est l'avocat William McDowell, du cabinet torontois Lenczner Slaght, qui a répondu au nom de Vivian Bercovici. Il a aussi demandé à Radio-Canada de ne plus communiquer directement avec sa cliente.

Dans sa réponse, Me McDowell rappelle qu'un règlement a été conclu dans la poursuite que Mme Bercovici avait intentée contre le gouvernement du Canada.

Un accord global de non-divulgation empêche à la fois Mme Bercovici et les défendeurs de discuter de toute question relative à ses années de service ou aux procédures judiciaires, écrit-il en anglais. Notre cliente n'a aucune intention de contrevenir à cet accord. Pour répondre de manière appropriée aux points que vous soulevez, elle serait obligée de le faire.

Il précise toutefois : Nous vous suggérons de tenir compte d'un fait primordial : tout au long du mandat de Mme Bercovici, toutes les dépenses et les questions opérationnelles de l’ambassade ont été révisées et autorisées aux plus hauts niveaux du ministère. Il ajoute : Vos questions elles-mêmes ont des connotations manifestement antisémites.

Affaires mondiales a aussi répondu ne pas pouvoir commenter en raison de l'accord conclu entre les parties.

Les questions soumises par Radio-Canada aux personnes suivantes sont demeurées sans réponse : Ralph Jansen, chef de mission adjoint durant une partie du mandat de Mme Bercovici et actuel ambassadeur du Canada au Pérou, John Baird, ancien ministre des Affaires étrangères à l'époque du mandat de Mme Bercovici, et Stephen Harper, ancien premier ministre du Canada qui a nommé Vivian Bercovici ambassadrice.

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