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Envoyé spécial

L'Inde terrassée par la deuxième vague de la COVID-19

Le deuxième pays le plus populeux du monde a enregistré jeudi son nombre le plus élevé de nouvelles infections quotidiennes depuis novembre dernier, et ce, quelques semaines après avoir levé la plupart des restrictions. Une situation qui inquiète les autorités.

Des gens qui portent des masques attendent à l'extérieur.

Des gens attendent à l'extérieur, sur le bord d'une rue, à Delhi, en Inde.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Dans le marché extérieur bondé de Sarojini Nagar, le merveilleux chaos habituel de Delhi prend un tout autre sens en temps de pandémie. Le port adéquat du masque est loin d'être toujours respecté, signe d'un relâchement de plus en plus répandu. Un nez à découvert par-ci, un masque sous le menton par-là.

Philippe Leblanc en Inde

Pendant six semaines, notre nouveau correspondant en Asie sillonne l'Inde pour nous raconter le deuxième pays le plus peuplé de la planète. Retrouvez tous ses reportages dans notre dossier spécial. Suivez-le aussi sur Facebook (Nouvelle fenêtre)Twitter (Nouvelle fenêtre) et Instagram (Nouvelle fenêtre) pour voir les coulisses de ses tournages.

Un marchand porte le masque, mais il affirme que c'est seulement pour éviter d'écoper d'une amende. Des policiers font des rondes régulièrement dans le marché extérieur. Comme beaucoup d'Indiens, ce marchand ne respecte plus les consignes sanitaires et il ne s'en cache pas.

Je n'ai pas peur de la COVID; il ne faut pas avoir peur, dit-il. Je respectais les consignes au début de la pandémie, quand il y avait des rumeurs que c'était sérieux, mais plus maintenant.

Des gens fréquentent un marché.

Dans le marché extérieur bondé de Sarojini Nagar, le merveilleux chaos habituel de Delhi prend un tout autre sens en temps de pandémie. Le port adéquat du masque est loin d'être toujours respecté.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

Une réouverture remise en cause par le monde médical

Les 53 364 cas rapportés jeudi sont quatre fois plus qu'il y a à peine un mois, soit depuis la réouverture presque complète en Inde.

Le transport public a repris, et c'est à nouveau la cohue pour grimper à bord des autobus et métro bondés. Les voyages en avion sont à nouveau permis dans le pays. Les rassemblements politiques et grands mariages avec des centaines d'invités sont fréquents.

Le docteur Souradipta Chandra dirige les opérations de la clinique Helvetia, à Delhi. Vêtu de sa combinaison blanche stérilisée, il est sur la ligne de front du combat contre l'épidémie presque chaque jour depuis un an. Il réclame le retour des restrictions sanitaires.

Des endroits publics comme les piscines et les cinémas ne sont pas essentiels en ce moment. Ils ne devraient pas être ouverts. Je ne suis pas surpris de voir cette flambée du nombre de cas.

Une citation de :Souradipta Chandra, médecin qui dirige les opérations de la clinique Helvetia, à Delhi

Pour l'instant, seules des restrictions régionales sont imposées. La ville de Bombay, principal foyer d'explosion des cas de COVID-19 en Inde, est à nouveau sous le coup d'un couvre-feu. Le gouvernement national indien refuse d'envisager de lourdes restrictions pour le moment.

Le docteur Chandra est assis derrière son bureau et répond aux questions du journaliste Philippe Leblanc.

COVID-19 : une flambée des cas en Inde

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

Le mirage de l'immunité collective

L'Inde se projetait pourtant dans l'après-COVID pas plus tard qu'au début février. On évoquait l'immunité collective. Des études sérologiques concluaient que près de 60 % de la population avait déjà contracté la COVID-19 et développé des anticorps.

Le président de la fondation de la santé publique indienne, le docteur Srinath Reddy, se méfiait de cette vision trop optimiste. Il met le gouvernement en garde depuis six semaines contre le retour précipité à la vie normale.

Le docteur Reddy, légèrement souriant, pose devant des cadres dans une salle de conférence.

Le président de la fondation de la santé publique indienne, le docteur Srinath Reddy

Photo : Radio-Canada / Maxime Beauchemin

Les politiciens et gens d'affaires avaient tellement hâte de reprendre leurs campagnes électorales et de rouvrir l'économie, affirme-t-il. Ils ne voulaient pas entendre mon message. Ils préféraient porter leurs lunettes roses. Ils ont entendu des experts parler d'immunité collective et c'est ce qu'ils voulaient entendre. Ils ont dit à la population qu'on l'avait atteinte. Ils le regrettent, maintenant!

Vaccination accélérée et report des exportations

De nombreux patients font la file à toute heure du jour à la clinique de vaccination de l'Hôpital Max Smart Super Specialty. Une salle d'attente a même été créée à l'extérieur. Chaque jour, environ 600 patients sont vaccinés ici.

Dans la foule, une dame de 76 ans qui vient recevoir sa première dose. La flambée récente de cas de COVID-19 en Inde l'inquiétait et elle a choisi de se faire vacciner.

Je me sens maintenant rassurée, dit-elle. Je pourrai retrouver mes activités presque normales.

L'Inde intensifie d'ailleurs son opération vaccination, qui accuse du retard. Trois millions de patients sont vaccinés chaque jour depuis une semaine. Dès la semaine prochaine, toute personne de 45 ans et plus pourra être vaccinée. L'objectif est d'avoir inoculé 300 millions de vaccins d'ici le mois d'août.

Sahar Qureshi porte un couvre-visage et un sarrau dans le corridor d'un hôpital.

La directrice de l'Hôpital Max Smart Super Specialty, la docteure Sahar Qureshi, espère que la population indienne restera vigilante malgré l'accélération de la campagne de vaccination.

Photo : Radio-Canada / Philippe Leblanc

L'Inde, un des plus importants producteurs de vaccins contre la COVID-19, suspend temporairement ses exportations dans 76 pays pour concentrer ses efforts sur sa campagne nationale. Plus de 60 millions de doses ont été exportées jusqu'à maintenant, tandis que 51 millions de vaccins ont été inoculés en Inde.

La directrice de l'Hôpital Max Smart Super Specialty, la docteure Sahar Qureshi, espère que la population indienne ne traitera pas le vaccin comme une pilule miracle, mais qu'elle restera vigilante. C'est l'un des principaux dangers, car le relâchement a coïncidé avec la réouverture de l'économie, mais aussi avec l'intensification de la campagne de vaccination en Inde.

Il faut continuer de porter le masque. Il faut arrêter de blâmer les stratégies du gouvernement et travailler sur ce qu'on peut faire personnellement pour aider. Nous, on continue de convaincre la population de venir se faire vacciner.

Une citation de :Sahar Qureshi, directrice de l'Hôpital Max Smart Super Specialty

Un an jour pour jour après l'imposition d'un confinement national dans ce sous-continent de 1,3 milliard d'habitants, l'Inde est aux prises avec une deuxième vague de la COVID-19 provoquée par le relâchement des mesures sanitaires et alimentée par le retard dans la vaccination.

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