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Budget 2021 de l’Ontario : des gains et des oublis

Les entreprises se réjouissent, les infirmières et les enseignants ne s'y retrouvent pas.

Le document du budget de l'Ontario 2021.

Le gouvernement de Doug Ford a déposé son deuxième budget depuis le début de la pandémie, le 24 mars 2021.

Photo : Radio-Canada / Vedran Lesic

Aide aux entreprises, dépenses en santé, en particulier dans les infrastructures : le budget 2021 de l’Ontario est porteur de plusieurs bonnes nouvelles. Mais d’autres secteurs comme l’éducation et les soins infirmiers se sentent oubliés.

Nous pensons que le gouvernement a fait de très bons choix pour appuyer les entreprises et en même temps investir davantage pour appuyer le système de santé, estime Rocco Rossi, président de la Chambre de commerce de l’Ontario.

Pour lui, il s’agit d’un bon budget, audacieux, qui jette les bases pour la relance de l’économie.

Il se réjouit notamment des investissements pour le dépistage de la COVID-19 dans les entreprises, la formation de travailleurs et l’accès à l’Internet large bande.

Rocco Rossi lors d'une entrevue par vidéoconférence.

Rocco Rossi, de la Chambre de commerce de l'Ontario.

Photo : Radio-Canada

Denis Laframboise, président du conseil d’administration de la Société économique de l’Ontario (SEO), juge aussi que les nouvelles sont bonnes et que l’aide aux entreprises est essentielle.

La SEO se réjouit particulièrement des investissements dans le secteur touristique. Nous ce qu’on veut, c’est que le gouvernement encourage les Ontariens et Ontariennes à visiter leur province, à venir dépenser leur argent en Ontario.

M. Laframboise note toutefois que la menace d’autres complications plane toujours sur les petites entreprises, et réclame plus de cohérence dans les mesures de confinement.

« La pandémie ne se termine pas demain, les gens ne sont pas tous vaccinés. S’il y avait d’autres confinements : est-ce que cet argent-là va être assez pour pourvoir aux besoins, est-ce qu’il va y avoir une autre étape après? On veut s’en assurer. »

— Une citation de  Denis Laframboise, Société économique de l'Ontario

Il comprend par ailleurs que la province ne vise pas de retour à l’équilibre budgétaire prochainement. Mais il ne faudrait pas que ces déficits soient mis sur le dos des entreprises plus tard, qu'on leur fasse payer des impôts en plus, prévient-il.

Nous ne connaissons pas la date de fin de la crise, donc c’est tellement difficile d’avoir un plan pour équilibrer le budget, ajoute Rocco Rossi. Mais nous sommes contents que pendant cette crise, on n’ait pas un budget d’austérité.

Santé, soins de longue durée : des projets bien accueillis

Ce budget a été salué par plusieurs pour ses dépenses en santé. Dans le secteur des soins de longue durée notamment, le gouvernement rattache finalement un coût – 4,9 milliards de dollars sur quatre ans – à sa promesse d’offrir quatre heures de soins par jour d’ici 2024-2025. Il prévoit aussi des incitatifs pour les préposés aux bénéficiaires.

Il y a beaucoup de positif dans ces investissements, pense Michel Tremblay, membre du conseil d’administration de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l'Ontario (FARFO), qui souligne que des services en français ont déjà été annoncés en lien avec la construction de lits et les établissements de soins de longue durée.

Il aimerait tout de même voir plus d’engagements pour les soins à domicile et en milieu communautaire pour les aînés. On met beaucoup trop d’emphase dans l'institutionnalisation, résume-t-il, quand on sait que la majorité des personnes veulent demeurer le plus longtemps possible chez elles. C’est là qu’on devrait investir de plus en plus pour prévenir le vieillissement précoce, aider les gens et les proches aidants.

Une femme pousse le fauteuil roulant d'une personne âgée

La FARFO milite pour plus d'investissements dans les soins à domicile et communautaires.

Photo : Shutterstock

La FARFO fait la promotion d’un continuum de services pour favoriser le vieillissement actif à domicile le plus longtemps possible, rappelle-t-il. [La province] en parle, mais on voudrait aussi s'assurer que ce continuum puisse se faire en français.

Ce n’est pas un mauvais budget, mais il y a encore beaucoup de travail à faire, conclut-il.

Infirmières oubliées

Si l’accent est beaucoup mis sur les projets d’infrastructures en santé et la formation des préposés dans ce budget, l’Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario (RNAO) estime, quant à elle, que les infirmières sont presque complètement oubliées.

Doris Grinspun lors d'une entrevue en vidéoconférence.

Doris Grinspun est PDG de l'Association des infirmier(e)s autorisés de l'Ontario.

Photo : CBC

Elles sont pourtant aux premières lignes dans cette pandémie, notamment dans les unités de soins intensifs, rappelle Doris Grinspun, PDG de la RNAO.

« Qui va prendre soin de ces patients dans ces nouveaux lits qu’on annonce? »

— Une citation de  Doris Grinspun

Les infirmières sont démoralisées. Elles quittent la profession. Nous venons de réaliser un sondage, que nous allons présenter la semaine prochaine au public. Le nombre d’infirmières qui quittent au milieu de leur carrière ou qui veulent prendre leur retraite dès que la pandémie sera finie : c’est choquant!

Et on n'a rien à leur offrir. Pas de soutien du gouvernement. Ça me brise le coeur, déplore Doris Grinspun, qui juge que, dans ce budget, le gouvernement reste insensible à leur sort.

Besoins en éducation

Autre secteur qui écope : l’éducation, selon les principaux syndicats d’enseignants de la province. Dans un communiqué conjoint, ils soulignent que les dépenses en éducation ne correspondent pas à l’inflation.

De plus, la plupart des dépenses liées à la COVID-19 dans les écoles, dont une bonne partie venait du gouvernement fédéral, ne sont pas reconduites.

Les syndicats continuent de réclamer des plus petites classes, du soutien en santé mentale et pour les élèves à besoins particuliers, et plus de financement pour la prévention et le contrôle des infections.

Il y avait déjà des besoins criants dans le monde de l’éducation bien avant que la pandémie débute, rappelle Anne Vinet-Roy, présidente de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO).

Une femme pose pour la photo.

Anne Vinet-Roy, présidente de l'AEFO.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

Ce que le gouvernement a soi-disant investi, on sait que c’est beaucoup d’argent qui vient du gouvernement fédéral, et des réserves des conseils scolaires. Il y a aussi des responsabilités qui ont été lancées aux bureaux de santé régionaux, quand on pense au dépistage des gens asymptomatiques, etc. Alors qu’est-ce que le gouvernement provincial a fait réellement? C’est très peu, dans le fond, soutient-elle.

La présidente de l’AEFO juge que le gouvernement reste en mode réaction.

Dans le dossier de la pénurie d’enseignants, par ailleurs, elle dit attendre encore des nouvelles. On a un groupe de travail qui a agi et on est toujours en attente de réponses et de rétroaction du gouvernement. Le rapport lui a été présenté, il y a d’excellentes recommandations là-dedans. On a besoin de tout le personnel possible dans le monde de l’éducation.

Francophonie : annonces positives, selon l’AFO

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), enfin, est satisfaite des mesures annoncées pour les francophones dans ce budget.

On a travaillé très étroitement avec le ministère des Affaires francophones pour faire comprendre la situation dans laquelle les organismes sans but lucratif se retrouvaient, note Carol Jolin, président de l’AFO. Il se réjouit de la bonification du Fonds de secours des OBNL francophones, qui passe de 1 million à 2 millions en 2021-2022.

Carol Jolin note aussi que le Programme d’appui à la francophonie ontarienne passe à 6 millions de dollars sur 3 ans. Il relève par ailleurs un investissement conjoint de l'Ontario et du Québec pour un programme de coopération entre les deux provinces.

L’immigration francophone est toutefois un autre dossier sur lequel il faudra continuer de travailler, reconnaît-il.

Et pour nous, ce qui va être important, c’est aussi d’identifier dans les autres ministères les fonds ou les organisations francophones pourraient se qualifier pour avoir de l’aide supplémentaire.

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