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Projet Contrecoeur : des impacts sous-estimés sur le chevalier cuivré, dit un rapport

Un dessin représentant le poisson.

Des experts craignent que le projet du port de Contrecoeur vienne anéantir des décennies de travail visant à sauver le chevalier cuivré.

Photo : La Presse canadienne / Ghislain Caron

Ottawa fait fausse route en considérant que le plan proposé pour atténuer les impacts de la construction du terminal portuaire de Contrecoeur sur le chevalier cuivré, un poisson qu'on ne trouve qu'au Québec, sera suffisant, préviennent des biologistes.

Dans un rapport publié par la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), ces experts mettent en garde contre les chances de succès [...] au mieux très faibles qu'auront les mesures de compensation suggérées par l'Administration portuaire de Montréal (APM).

Pour son projet d'expansion du port de Montréal sur la Rive-Sud, à Contrecoeur – dont la capacité annuelle maximale est évaluée à 1,15 million de conteneurs –, l'APM a obtenu le feu vert du gouvernement Trudeau, après avoir reçu celui de l'Agence d'évaluation d'impact du Canada.

Celle-ci jugeait en novembre dernier que les mesures d'atténuation étaient suffisantes et que le projet n'était donc pas susceptible d’entraîner des effets environnementaux négatifs importants.

Toutefois, certains experts de la faune et des écosystèmes ne sont pas de cet avis. Les impacts négatifs sur le chevalier cuivré [....] sont sous-estimés, tandis que les avantages des mesures proposées pour compenser la perte d’habitat essentiel demeurent spéculatifs, au mieux hypothétiques, plaident-ils.

Si ces biologistes viennent à la défense du chevalier cuivré, c'est surtout parce que cette espèce endémique n'existe que dans un secteur restreint du fleuve Saint-Laurent et de la rivière Richelieu.

Sa disparition représenterait une perte impossible à compenser, résument les biologistes Pierre Dumont, Yves Mailhot et Alain Branchaud, ainsi que le titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique et conservation des ressources aquatiques, Louis Bernatchez.

Il n’y a qu’une seule et unique population mondiale de cette espèce et nous n’avons, dans ce dossier, ni le droit à l’erreur ni le luxe de nous tromper.

Une citation de :Louis Bernatchez, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génomique et conservation des ressources aquatiques à l’Université Laval

Reconnu depuis 2007 comme espèce en voie de disparition par le gouvernement fédéral aux termes de la Loi sur les espèces en péril, le chevalier cuivré est dans la mire des autorités québécoises depuis 1987, année où il a été identifié comme espèce menacée, donc susceptible de devenir en voie de disparition.

Espèce endémique, habitat unique

Il se trouve que ce poisson a comme habitat de prédilection des herbiers aquatiques qui sont majoritairement situés dans le secteur de Contrecoeur-Lanoraie, destiné à accueillir les installations portuaires de l'APM.

Ces herbiers répondent à un certain nombre d'exigences propres au chevalier cuivré, soulignent les biologistes.

Selon SNAP Québec, les différentes étapes du projet de terminal de Contrecoeur – la construction du quai, les activités de dragage, la mise en place de canalisations et le remblayage de sections de cours d’eau – viendront restreindre et modifier l’habitat du chevalier cuivré et de la faune benthique.

L'augmentation du trafic maritime contribuera aussi à changer, voire à détruire cet habitat, sans compter le risque de suspension de quantités importantes de contaminants qui peuvent affecter la reproduction de l'espèce, note-t-on dans le rapport.

Pour obtenir l'aval des autorités fédérales, l'Administration portuaire de Montréal s'est notamment engagée à aménager 1,8 hectare d'herbiers afin de compenser la perte de 0,9 hectare d'habitat essentiel au chevalier cuivré.

Les spécificités de cette espèce sont cependant telles que les experts jugent impossible, au meilleur de [leurs] connaissances actuelles, de recréer un tel habitat. Et tous les secteurs où des conditions favorables sont réunies sont déjà couverts d’herbiers, soulignent-ils.

L'habitat du chevalier cuivré se définit par :

  • un herbier de faible profondeur;
  • une exposition à un courant faible (moins de 0,5 m/s);
  • un fond composé de limon ou de sable procurant un couvert végétal de moyen à dense;
  • la présence de trois espèces de plantes submergées (Vallisneria americana, Elodea canadensis et Heterenthera dubia);
  • des densités élevées de mollusques gastéropodes;
  • un bon apport de lumière.
     

Source :Avis scientifique : Impacts du projet d’agrandissement du terminal portuaire de Contrecœur sur le chevalier cuivré (Nouvelle fenêtre)

Si les mesures d'atténuation semblent appropriées dans le cas d'une espèce commune, elles ne le sont pas pour le chevalier cuivré, qui est un poisson unique et très fragile, peut-on lire dans le rapport.

Face au risque de dommages graves ou irréversibles pour le chevalier cuivré, le principe de précaution doit prévaloir, soutient M. Bernatchez.

Force est de constater que les mesures de compensation d’habitat du poisson qui ont été appliquées au Canada au cours des dernières décennies ont eu un succès très mitigé en regard de l'obligation qu'ont les autorités d'appliquer des mesures qui ne causent aucune perte nette, ajoutent les spécialistes de SNAP Québec.

Le rapport dévoilé mercredi a été remis la semaine dernière à la ministre des Pêches et Océans, Bernadette Jordan, et au ministre de l'Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson.

Ces derniers avaient annoncé en février dernier la tenue d’une consultation publique sur le projet d’arrêté ministériel visant à protéger l’habitat essentiel du chevalier cuivré. Cet appel se terminait le 21 mars.

Le gouvernement devra par la suite adopter officiellement cet arrêté, qui est attendu depuis la création du programme de rétablissement de l’espèce, en 2012. En vertu de la Loi sur les espèces en péril, Ottawa se devait d’adopter cet arrêté ministériel à l’intérieur de 180 jours à la suite du dépôt de ce plan d’action.

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