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Ce vent de contestation qui souffle sur Amsterdam

La troisième vague de la COVID-19 que connaissent plusieurs pays d’Europe est aussi accompagnée d’une vague de manifestations. De la Finlande à l’Italie, ils sont des milliers à défier les autorités. Un mouvement qui touche aussi les Pays-Bas.

Plusieurs manifestants ont apporté leur parapluie contre les canons à eau.

La police antiémeute face aux manifestants à Amsterdam

Photo : Associated Press / Peter Dejong

Le soleil était au rendez-vous samedi dernier. Pourtant, Mariann avait apporté un parapluie sur la vaste Museumplein d’Amsterdam. Un parapluie jaune.

C’est le symbole de ce que nous défendons, explique-t-elle. Des dizaines de personnes sont venues manifester avec un parapluie semblable. L’objet est à la fois symbolique et utilitaire.

Des couvertures sont installées dans l’herbe. Les gens se regroupent très près les uns des autres. Personne ne porte de masque. Une odeur de marijuana flotte dans l’air.

Entraînés par la musique, des centaines de manifestants chantent What’s going on?, l’hymne de Marvin Gaye inspiré des troubles entourant la lutte des Afro-Américains pour les libertés civiles.

L’ambiance un peu festive devient rapidement plus tendue. Avec des drones et des haut-parleurs, les policiers intiment aux manifestants de quitter la place.

Le rassemblement n’est pas autorisé. Les règles de distanciation ne sont pas respectées. Mais personne ne bouge.

Ce n’est pas le premier rassemblement de ce genre à se tenir sur Museumplein. Il y en a régulièrement depuis l’imposition d’un couvre-feu aux Pays-Bas, en janvier. Certains se sont terminés par de violentes charges policières.

Une foule nombreuse se presse sur les lieux

Une foule de manifestants sur la vaste Museumplein d’Amsterdam

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Nous sommes enchaînés

Les manifestants savent à quoi s’attendre. D’où les parapluies jaunes. Et ces hommes habillés de façon militaire, qui entourent les protestataires assis, bien déterminés à ne pas bouger.

Ça sera comme d’habitude, explique Marco, le béret militaire bien vissé sur la tête. Les policiers vont utiliser des canons à eau sur les manifestants. Et après, ils vont vider la place en avançant avec leur bâton.

Lui est venu avec un faux boulet de prisonnier au pied. La chaîne fait 1,5 mètre. Soit la distance à conserver entre chaque individu aux Pays-Bas.

Nous sommes enchaînés avec la règle de 1,5 mètre, explique-t-il. Nous n’avons pas la liberté de vivre, de vraiment vivre.

Il assure manifester justement parce que le gouvernement l’interdit. Ce n’est pas techniquement vrai. Les manifestations sont permises, tant que le nombre de participants demeure restreint, au nom des consignes sanitaires.

La discussion est interrompue par les jets d’eau venant des camions-citernes policiers. Des dizaines de parapluies jaunes sont dépliés. Il ne fait que 5 degrés, mais peu de gens reculent.

Il porte un béret et un gilet noir.

Marco, un des manifestants présents sur la Museumplein d'Amsterdam, le samedi 20 mars 2021.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Marco n’a pas bronché. Le bas de son pantalon est trempé.

« Ce qui se passe ici, sur cette place, c’est pour imposer la peur. Un peuple qui a peur est plus facile à gouverner. »

— Une citation de  Marco, un manifestant

Un millier de personnes étaient présentes ce samedi, selon les estimations des autorités. C’est peu, même dans un pays qui n'est pas habitué aux grandes manifestations.

Cependant, il ne faut pas tirer de conclusion de ce petit nombre, selon Bert Klandermans, un spécialiste des mouvements néerlandais de contestation à la Vrije Universiteit d’Amsterdam.

Il souligne que l’appui citoyen aux mesures de restriction a diminué dans l’année. Et que dans bien des villes, les manifestations sont carrément interdites en raison de la crise sanitaire.

Sans ces règles qui imposent des distances entre les gens, il aurait pu y avoir 10 000 personnes [à Museumplein]. On ne peut jamais deviner le sentiment des gens en fonction du nombre de participants à une manifestation.

Des manifestants brandissent des parapluies pour se protéger.

La police anti-émeute tente de disperser la foule avec un canon à eau.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Être seul à désobéir?

Les trottoirs paraissent si larges et si vides sur la place Nieuwmarkt, dans le cœur historique de la ville, tout près du quartier rouge.

Le coude appuyé sur un petit comptoir devant son restaurant, Barry van den Berg se désole. La place la plus occupée de la ville est maintenant la place la plus silencieuse d’Amsterdam!

Propriétaire du café Del Mondo depuis 25 ans, Barry van den Berg représente aussi les commerçants du secteur. Des gens qu’il sait excédés par la fermeture imposée l’automne dernier.

Depuis des mois, seule la vente pour emporter est permise. Et elle ne suffit pas.

Exaspéré, le tenancier a tenté un coup d’éclat au début du mois. Il a ouvert sa terrasse et a servi des clients. Il participait à une journée nationale de protestation à laquelle les travailleuses du sexe ont aussi pris part.

Il faisait soleil, se rappelle-t-il. Les gens en ont vraiment profité pour se sentir libres de nouveau. Sa terrasse était bien fréquentée. Mais aucun de ses collègues d’Amsterdam ne l'a suivi.

Il sirote un verre de vin blanc devant son commerce

Barry van den Berg, propriétaire du café Del Mondo, dans le coeur historique d'Amsterdam.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Je pensais aussi que plusieurs de mes confrères allaient aussi ouvrir leurs terrasses. Mais ils ne l’ont pas fait. J’étais le seul à ouvrir sur cette grande place. Le seul de toute la ville.

Barry van den Berg assure que bien des restaurateurs et tenanciers pensent comme lui, mais qu’ils craignent aussi des ennuis bureaucratiques en rejoignant le mouvement de contestation.

Ils ont peur d’avoir des problèmes dans l’avenir, croit-il. Lui aussi est craintif. Il ne compte pas rouvrir sa terrasse. Pas seul en tout cas.

Il ne fonde pas trop d’espoir non plus sur les divers recours juridiques intentés par divers groupes professionnels, dont l’association des restaurateurs du pays.

« Nous ne nous attendons pas à gagner. Mais nous continuons d’essayer. Nous avons surtout besoin que la majorité silencieuse prenne conscience de ce qui se passe. »

— Une citation de  Barry van den Berg, un commerçant
Une bannière est déployée.

Une banderole dénonce un climat dictatorial.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Les tribunaux comme ultime recours?

L’une des figures emblématiques du mouvement néerlandais de protestation contre les mesures sanitaires habite Rotterdam. Dans un appartement au-dessus de son studio de danse.

Attablé dans la cuisine, un latté devant lui, Willem Engel détaille ce qui le trouble dans cette crise sanitaire. De l’origine de ce coronavirus aux explications scientifiques justifiant le port du masque.

À ses yeux, ces incohérences sont autant d’indices d’un vaste plan de contrôle des populations impliquant de nombreux journalistes et politiciens, l’OMS et le Forum économique mondial.

Les gouvernements complotent contre leurs citoyens, accuse Willem Engel, sans hausser le ton. C’est pour mieux dénoncer ce qu’il entrevoit qu’il a créé Viruswaarheid (Vérité virus en néerlandais).

À la rue, son groupe préfère les tribunaux. En moins d’un an, Virus Waarheid a intenté une douzaine d’actions en justice contre le gouvernement des Pays-Bas.

Et peu importe si ces recours ont presque tous été perdus. Ils ont quand même leur utilité aux yeux de Willem Engel.

« Ça nous est très utile! Nous gardons les clips des déclarations importantes pour nos campagnes sur les réseaux sociaux. Ça nous permet d’éduquer le public. »

— Une citation de  Willem Engel de Virus Waarheid
Dans son studio de danse.

Le militant Willem Engel, fondateur du groupe Viruswaarheid (Vérité virus, en néerlandais), dans son studio de danse de Rotterdam.

Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron

Dans ce contexte, éduquer comporte une signification précise : montrer les contradictions dans les positions du gouvernement, repérer des aveux pour discréditer les positions officielles.

La seule victoire notable de Viruswaarheid, c’est lorsqu'un tribunal a invalidé le couvre-feu national. Une victoire de courte durée; la décision a été suspendue quelques heures plus tard, avant d’être rapidement invalidée en appel.

C’est comme une toile que nous tissons, explique Willem Engel. À chaque passage au tribunal, leur tissu de mensonges devient de plus en plus évident. Ils ont moins de façons de se justifier.

Pas découragé pour autant, Willem Engel prépare d’autres recours juridiques. Un peu comme les manifestants qui se préparent à revenir sur Museumplein le week-end prochain.

Marco, traînant son faux boulet de prisonnier, le résume bien. Il revient manifester précisément parce qu’on n’a pas le droit de manifester, parce qu’il ne voit pas son point de vue reflété dans les discussions nationales.

Dans les débats publics, il n’y en a que pour une seule façon de voir les choses, déplore de son côté Mariann. Elle considère qu’aux yeux des dirigeants le vaccin est la seule solution permettant de retrouver une vie plus normale.

Elle aussi reviendra manifester à Museumplein, souhaitant un véritable débat sur les façons de sortir de cette crise.

Yanik Dumont Baron est correspondant de Radio-Canada en Europe

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