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Que peut-on attendre du budget du Québec?

Il y a un an, Québec nageait dans les surplus. Mais le budget que dévoilera cet après-midi le ministre des Finances risque plutôt de refléter les choix difficiles qui s'imposent à lui en ces temps de pandémie.

Eric Girard.

Eric Girard, ministre des Finances.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Quel impact un an de pandémie peut-il avoir sur les finances publiques! Le 10 mars 2020, le ministre des Finances, Eric Girard, présentait un budget avec d’importants surplus budgétaires sur fond de plein emploi. On parlait alors d’investissements majeurs en infrastructures et d’une « vision ambitieuse pour l’environnement ».

Le ministre Girard promettait aussi que l’économie du Québec était prête à faire face à l’apparition du nouveau coronavirus.

Dix jours plus tard, Québec décrétait l’urgence sanitaire. Puis tout a déboulé. Le gouvernement de François Legault a non seulement dû mettre les bouchées doubles pour aider le secteur de la santé, mais il a également dû investir pour soutenir les travailleurs et les commerces touchés par les mesures sanitaires.

La pandémie a ainsi creusé un énorme trou dans les finances du Québec : 15 milliards de dollars en 2020-2021, a indiqué le ministre lors d’une mise à jour budgétaire en novembre dernier.

La majorité de ces sommes ont été puisées à même la réserve de stabilisation, un fonds d’urgence créé en 2009 auquel le gouvernement a recours exceptionnellement, si la situation l’exige.

L’année dernière, on se demandait ce qu’on devait faire avec la réserve de stabilisation, on disait qu’il y avait trop d’argent dedans. Eh bien, cette réserve a servi au bon moment, dit Luc Godbout. Le professeur titulaire au département de fiscalité et chercheur principal à la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques de l'Université de Sherbrooke ajoute que cette bonne pratique financière doit continuer lorsque l’économie reprendra.

Les signes pointent vers une relance économique forte une fois que les mesures sanitaires seront retirées, mais M. Godbout croit que ce budget risque tout de même d’être prudent. Il y a encore beaucoup d’incertitudes, précise-t-il.

Québec avait d’ailleurs averti en novembre que les déficits s’accumuleraient encore dans les deux prochaines années, soit de 8,3 et 7 milliards de dollars respectivement.

Selon une modélisation de Mia Homsy, directrice et économiste à l'Institut du Québec, l’impact de la pandémie de COVID-19 pourrait se traduire par une perte oscillant autour de 36 milliards de dollars sur 5 ans pour les finances publiques du Québec.

Contrairement à une récession, où les dépenses pour stimuler l'économie finissent par prendre fin, le Québec devra vivre avec beaucoup de nouvelles dépenses récurrentes qui se sont ajoutées depuis le début de la pandémie, notamment beaucoup de dépenses en santé, ajoute Luc Godbout.

Au cours des derniers mois, le gouvernement s'est engagé à ne pas alourdir le fardeau fiscal des Québécois et à ne pas réduire les services publics.

Difficile de dire si ce budget contiendra des mesures et des sommes pour les dossiers chauds de l’heure : le racisme, les enjeux autochtones, l'environnement. Compte tenu du contexte économique actuel, le gouvernement pourra-t-il délier les cordons de la bourse?

Quel sera le plan pour la relance économique?

Le gouvernement de la CAQ misera d'abord et avant tout sur des mesures pour relancer l’économie. Reste à voir comment le gouvernement procédera.

Mme Homsy lance un message au gouvernement : les annonces budgétaires concernant la relance économique doivent impérativement tenir compte de la pénurie de main-d'œuvre. Sinon, c’est un coup d'épée dans l’eau. Ce sont les enjeux de main-d'œuvre qui vont freiner notre capacité à livrer et à générer de la croissance, souligne-t-elle.

M. Godbout est d’accord. Si le gouvernement annonce des investissements pour la relance économique, les montants octroyés devront être très ciblés. Contrairement à une récession, donner des mesures à tout le monde, ce n’est pas utile. Il y a certains secteurs qui vont bien.

Mme Homsy s’attend à voir une relance économique assez prononcée dans les deux prochaines années. Ça permettra d’atténuer les impacts de la pandémie. Bien sûr, on ne retrouvera pas le niveau de croissance qu’on avait avant la pandémie, précise-t-elle.

Cependant, elle indique que cette embellie ralentira après deux ans. Selon elle, la productivité défaillante du Québec, le manque de main-d'œuvre et la pression grandissante sur le système de santé en raison du vieillissement de la population entraîneront des déficits croissants.

C’est là que le problème va s'installer, prédit Mme Homsy. L'économiste souhaite que le gouvernement commence dès lors à discuter de l'avenir du Québec.

Est-ce que ce qu’on a en ce moment [en termes de services] est acceptable? Si on aspire à mieux, il va y avoir des pressions pour trouver la façon de se payer ça.

Une citation de :Mia Homsy, Institut du Québec

Un retour à l’équilibre budgétaire est-il réaliste dans ce contexte?

Même si le ministre Girard semble convaincu qu’il sera possible d’atteindre l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans, comme le prévoit la Loi sur la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations, M. Godbout et Mme Homsy estiment qu’il s’agit d’un scénario trop ambitieux et optimiste.

Pour retrouver l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans, le gouvernement de François Legault compte notamment sur une augmentation des transferts en santé d’Ottawa de 22 % à 35 %. Mais Ottawa a pour l’instant dit non à cette requête des provinces, indiquant que le contexte économique en temps de pandémie ne le permet pas.

Si le ministre Girard dit aujourd’hui qu’il ne sera pas possible d’atteindre l’équilibre budgétaire, il devra annoncer une suspension ou des modifications à la Loi sur l’équilibre budgétaire et possiblement reporter les versements au Fonds des générations.

Mme Homsy et M. Godbout croient qu’il n’y a pas d’enjeux en contexte de crise à assouplir la loi et à reporter de quelques années le retour à l’équilibre budgétaire.

L’ampleur des effets de la pandémie est plus importante que la récession de 2008. La loi devrait permettre un peu de flexibilité quand le choc est plus lourd.

Une citation de :Luc Godbout, Université de Sherbrooke

M. Godbout ajoute que les faibles taux d'intérêt font en sorte que le coût du remboursement de la dette n'explose pas.

Les deux spécialistes estiment toutefois qu’il serait sage de ne pas abandonner complètement cette loi. Cette loi a porté fruit [dans le passé]. Elle a permis au Québec d’améliorer sa santé financière, rappelle Mme Homsy.

Un budget virtuel

Pour la première fois – pandémie oblige –, le budget sera dévoilé virtuellement.

Contrairement aux années précédentes, les experts et autres observateurs de la scène politique (syndicats, groupes de pression, organismes) n’auront pas accès aux documents à huis clos. Ils devront attendre le dépôt du budget avant de pouvoir en commenter les faits saillants. Seulement une poignée de journalistes auront accès aux documents avant le dépôt à 16 h.

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