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Le BAPE croit que les risques du projet de GNL Québec dépassent les avantages

Des gens dans une salle.

En plus des gens dans la salle, certaines personnes prenaient part à la séance de manière virtuelle.

Photo : Radio-Canada / Romy Boutin St-Pierre

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) émet de sérieuses réserves au sujet de la construction d’une usine de liquéfaction de gaz naturel à La Baie par l’entreprise GNL Québec et recommande au gouvernement d'obtenir « des engagements, des actions ou des modifications » de la part du promoteur avant de l’autoriser.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a rendu public mercredi le rapport que lui a remis le BAPE il y a deux semaines, avec deux mois de retard sur l’échéancier initial en raison de la pandémie de COVID-19 et du nombre élevé de mémoires reçus.

Dans leurs recommandations, qui couvrent plus de 500 pages, les commissaires du BAPE dressent 237 constats et émettent 49 avis.

Impossible de gagner l'acceptabilité sociale

Le projet de GNL Québec, hautement polarisé au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs au Québec, n’a pas su gagner l’acceptabilité sociale, notent les auteurs du rapport.

La commission n’a pas été en mesure de se prononcer sur l’acceptabilité sociale à l’égard du projet Énergie Saguenay même si globalement, selon l’analyse qu’elle en a faite, la somme des risques afférents au projet dépasse celle de ses avantages.

Une citation de :Extrait du rapport du BAPE sur GNL Québec

La commission est également d’avis que le clivage sociétal observé risque de perdurer quelle que soit la décision du gouvernement à l’égard de ce projet et qu’un suivi devrait être envisagé par les autorités publiques, particulièrement dans le milieu d’accueil.

Des retombées économiques de courte durée

Si elle reconnaît que le projet, pendant les quatre années de construction de l’usine, engendrerait des retombées économiques importantes pour la région et pour l’ensemble du Québec, la commission croit qu’une fois le complexe en service, les retombées les plus importantes profiteraient à l’Ouest canadien, d’où proviendrait le gaz naturel.

De nombreux résidents et représentants locaux voient dans ce projet une occasion de diversification et de développement économique pour la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean. À l’opposé, plusieurs participants mettent en doute les attributs environnementaux du projet et considèrent qu’il va à l’encontre des engagements du Québec et du Canada en matière de lutte contre les changements climatiques et de protection de la biodiversité. L’impact du projet sur l’industrie touristique du Saguenay–Lac-Saint-Jean est également une source de préoccupations, est-il soulevé dans le rapport.

Il est aussi relevé par la commission que des projets concurrents déjà en cours de réalisation ailleurs dans le monde feraient en sorte que la production de gaz naturel liquéfié par GNL Québec ne serait pas requise sur les marchés étrangers avant 2030. Des scénarios avancés par l’Agence d'impact environnemental du Canada tendent également à démontrer que les terminaux de liquéfaction seraient en surnombre au-delà de 2040, met en relief la commission du BAPE.

Dans ce contexte, la commission considère que la compétition dans laquelle l’initiateur s’est engagé pour sécuriser des contrats de vente de GNL à long terme apparaît difficile et que la fenêtre d’opportunité pour le projet Énergie Saguenay semble s’être considérablement réduite depuis l’annonce initiale du projet, en 2014.

Une citation de :Extrait du rapport du BAPE sur GNL Québec

Un ajout net d’émissions de GES

Le rapport met également en relief le fait que le projet Énergie Saguenay ne contribuerait pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale, comme ses promoteurs le prétendent. Au contraire, disent les commissaires, les émissions associées à l’approvisionnement en gaz naturel en amont et la substitution incertaine à des énergies plus polluantes en aval font en sorte que le gouvernement ne peut pas miser sur des réductions nettes de GES au niveau planétaire.

La valeur de référence associée au projet qui devrait être retenue pour la prise de décision gouvernementale serait plutôt un ajout net d’émissions de GES, bien que la commission ne puisse l’établir précisément, lit-on dans la section conclusion.

GNL devra refaire ses devoirs

Le rapport du BAPE ne signifie pas pour autant la mort du projet, a signifié en point de presse le ministre de l'Environnement, Benoit Charette, peu avant midi. GNL Québec devra toutefois refaire ses devoirs.

On a posé trois conditions très claires : trouver l'acceptabilité sociale, favoriser la transition énergétique et diminuer les émissions de gaz à effet de serre. L’enquête du BAPE n’a pas réussi à confirmer que ces trois conditions là sont respectées. La balle est donc dans le camp du promoteur, a précisé le ministre.

GNL a réagi par voie de communiqué. L'entreprise convient qu’elle a encore des devoirs à faire pour confirmer la validité de certains arguments présentés dans le rapport, particulièrement en ce qui a trait à la réduction des GES anticipée.

L’entreprise estime que le portrait dressé par le BAPE remonte à la deuxième moitié de 2020 et que le monde continue d’évoluer.

Nous savons que nous avons des devoirs à faire, mais nous sommes toujours convaincus que notre projet peut faire une différence à l’échelle mondiale et qu’il fait partie d’un ensemble de solutions qui vont permettre au Québec, au Canada et au monde de réussir cette nécessaire lutte contre les changements climatiques. Il s’agit d’une opportunité unique pour le Québec et le Saguenay-Saint-Jean pour diversifier son économie et se positionner sur la scène internationale comme acteur majeur de cette lutte contre les changements climatiques , a déclaré le président par intérim, Tony Le Verger.

GNL Québec observe que le rapport du BAPE reconnaît les points positifs de son projet.

Il propose plusieurs avis intéressants qui seront analysés avec l’objectif de bonifier le projet, tant d’un point de vue technique que social et environnemental. C’est une nouvelle occasion de faire un pas de plus pour innover et maximiser les bénéfices et les retombées du projet, nous entendons donc collaborer pleinement avec le ministère de l’Environnement pour continuer de faire avancer le projet, poursuit Tony Le Verger. 

Une participation record

Deux semaines d’audiences virtuelles ont été nécessaires l’automne dernier pour que le président de la commission indépendante, Denis Bergeron, et son collègue commissaire, Laurent Pilotto, puissent entendre tous les participants désireux de s’exprimer au sujet de ce projet considéré comme le plus important de nature industrielle et privée de l’histoire du Québec. Les délibérations devaient initialement avoir lieu en mars 2020 à l’hôtel Le Montagnais, mais elles ont été reportées en raison de la crise sanitaire et se sont déroulées par vidéoconférence.

Les préoccupations citoyennes relevées par le BAPE :

  • Les changements climatiques
  • Les aspects économiques
  • Le milieu biologique
  • Les milieux terrestres et humides
  • Le milieu humain
  • Le processus décisionnel et l’évaluation environnementale du projet

Source : Bureau d’audiences publiques sur l’environnement du Québec

En première partie des audiences, à la mi-septembre, le promoteur a présenté son projet, lequel vise la construction d’un complexe, Énergie Saguenay, au port de Grande-Anse. Du gaz naturel provenant de l’Ouest canadien y serait liquéfié pour ensuite être acheminé par méthanier à des clients principalement en Europe et en Asie. L’objectif de production a été fixé à 11 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié annuellement. Le promoteur avait préalablement soumis une étude d’impact de 5000 pages au BAPE, incluant plus de 3800 pages d’annexes.

Le projet de GNL Québec, une entité qui a changé de dénomination il y a quelques semaines pour devenir la société en commandite Symbio, est tributaire de l’implantation d’une conduite souterraine de 780 km reliant le Nord de l’Ontario à Saguenay. Le projet d’aménagement du pipeline est piloté par l’entreprise jumelle de GNL Québec, Gazoduq. La conduite serait annexée à un pipeline existant appartenant à la compagnie Trans Energy.

Le projet global, y compris le gazoduc, a été évalué à environ 14 milliards de dollars et GNL Québec a toujours soutenu qu’elle construirait une usine carboneutre qui serait la plus verte au monde. Le volet gazoduc du projet, nécessaire pour transporter le gaz naturel albertain jusqu’à La Baie, n’a cependant pas fait l’objet d'évaluations indépendantes par le BAPE, ce qui a généré beaucoup de critiques, particulièrement de la part de groupes environnementaux en raison de la quantité de gaz à effet de serre émise par le projet dans son ensemble.

C’est l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) qui a été chargée d’analyser le projet de Gazoduq, avec la collaboration du BAPE.

La première semaine des travaux de la commission a permis aux personnes interpellées par le projet de poser des questions et d’obtenir des informations de la part de personnes-ressources concernant cinq thèmes différents : les émissions de gaz à effet de serre et leurs impacts sur la lutte contre les changements climatiques, l’insertion du projet dans son milieu d’accueil, le transport maritime et les impacts économiques.

2580 mémoires reçus

La deuxième partie des audiences a permis aux citoyens, organismes et entreprises de s’exprimer au sujet du projet Énergie Saguenay verbalement ou par écrit. Des centaines de participants ont été entendus et environ 2580 mémoires ont été déposés au BAPE. Plus de 900 questions ont été soumises par écrit. Il s’agit d’une participation record à des audiences du BAPE. À titre comparatif, la commission chargée de se pencher sur le projet de Tramway à Québec avait reçu 184 mémoires.

Si une portion des intervenants est venue témoigner de son appui au projet moussé par GNL Québec, une majorité de participants a manifesté son désaccord. Il est estimé qu’environ 90 % des mémoires déposés véhiculaient des positions défavorables à la construction du complexe Énergie Saguenay.

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