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Désespérés, les migrants continuent d’affluer aux États-Unis

Une mère porte sa fille dans les bras.

Carmelina est venue du Guatemala avec sa fille pour fuir la pauvreté.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Alors que l’administration Biden à Washington refuse toujours de parler d’une crise, les migrants provenant d’Amérique latine continuent d’arriver en masse aux États-Unis. Nous avons constaté le sérieux de la situation en accompagnant les policiers lors d’une patrouille à la frontière avec le Mexique.

Ils se retrouvent tous les soirs, deux heures avant la tombée de la nuit. Le parc Anzalduas, sur le bord du Rio Grande est le point de rendez-vous des policiers avant la mission du soir. Le constable Isidro Rosales de la police du comté d'Hidalgo au Texas nous montre du doigt son véhicule de patrouille et nous fait signe d’y monter.

Une cinquantaine de personnes marchent sur un chemin ombragé.

Des centaines de migrants arrivent chaque jour dans la ville de Mission, au Texas.

Photo : Radio-Canada

La surveillance de la frontière ne fait normalement pas partie de ses tâches. Mais l’afflux massif de demandeurs d’asile depuis l’arrivée au pouvoir de Joe Biden a totalement pris de court les autorités. Les policiers locaux et les State Troopers du Texas ont donc été appelés en renfort pour appuyer les agents des services frontaliers. Il y a beaucoup trop de monde; les gardes-frontières sont totalement dépassés, nous confie Idriso.

De toute ma carrière, je n’ai jamais rien vu de tel. On voit des centaines de personnes arriver chaque soir. Nous sommes débordés.

Une citation de :Idriso Rosales, constable du comté d’Hidalgo au Texas

Le policier connaît bien le coin et les points de passage favoris des passeurs qui jouent au chat et à la souris avec les forces de l’ordre de chaque côté de la frontière.

La patrouille du Rio Grande

Une voiture sur une route de terre

Les policiers du comté d'Hidaldo patrouillent le long des berges du Rio Grande en appui aux gardes-frontières.

Photo : Radio-Canada

Le Rio Grande n’est pas très large et se traverse aisément en quelques minutes à bord de radeaux gonflables. Idriso nous montre l’un de ces points de passage. Les sentiers dans les sous-bois ont été fléchés pour indiquer la direction vers les centres d’accueil. Une précaution importante tant il est facile de se perdre dans les méandres du Rio Grande. C’est comme un labyrinthe ici, dit-il, et c’est dangereux. Il faut faire attention, car il y a des alligators.

Le policier s’arrête à chacun des points de passage le long du fleuve; tend l’oreille; scrute l’horizon avec ses jumelles. Des voix lointaines attirent son attention. Il nous fait signe de nous baisser pour ne pas être repérés. Les voix se rapprochent et un groupe de plusieurs dizaines de personnes fait bientôt son apparition. Des femmes et des enfants uniquement. Aucun homme adulte. Idriso va à leur rencontre; tente de les rassurer et leur demande d’aller se rassembler sur la route. L’ambiance sonore jusque-là dominée par les chants des oiseaux change rapidement. Des pleurs, essentiellement. De joie, de peine, de soulagement.

Elizabeth, en larmes, n’en finit plus de remercier Dieu. Elle est venue du Honduras avec ses deux filles Ana et Fernanda. Elle les enlace longuement, encore sous le coup de l’émotion. Le trajet a été très triste, très difficile, dit-elle. Nous avons passé près de mourir. C’était très dangereux. Mais grâce à Dieu, nous sommes arrivées.

Elle explique qu’elle songeait depuis longtemps à partir, la situation étant devenue intenable dans son pays, assure-t-elle. Comme la plupart des autres femmes rassemblées sur le bord de la route, elle dit avoir entendu parler du nouveau président américain et de sa volonté de traiter les migrants plus humainement.

J’ai entendu dire qu’il a fait de nouvelles lois et qu’il va réunir les familles. Ils disent qu’ils ne séparent plus les enfants. Moi, mon mari est mort; mes filles n’ont plus que moi et je ne veux pas qu’on nous sépare.

Une citation de :Elizabeth, migrante du Honduras

Alors qu’ils recensent les 82 personnes interceptées, les policiers remarquent la petite Ylenia, 8 ans, qui est arrivée du Guatemala non accompagnée. L’agent Joël Contreras essaie d’en apprendre davantage sur sa situation. La petite lui dit avoir une sœur qui vit à Las Vegas.

Le policier, lui-même père de famille, ne peut s’empêcher de porter un jugement sur les parents qui abandonnent ainsi leur enfant dans un pays étranger. C’est extrêmement dangereux, dit-il. Il y a des gens malintentionnés sur la route; des alligators dans le fleuve. Et puis elle ne portait pas de gilet de sauvetage.

Une situation cependant loin d’être isolée. Les autorités voient arriver de plus en plus de mineurs non accompagnés. Plus de 13 000 depuis le début de l’année. Une tendance inquiétante. Un effet pervers de la politique américaine de ne pas refouler ni expulser les mineurs non accompagnés. Des parents choisissent donc d’envoyer leur enfant seul pour maximiser ses chances d’immigrer.

Des centres d'accueil dépassés

La petite fille regarde les policiers.

Les policiers remarquent Ylenia, une fillette de 8 ans, arrivée seule.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Bélanger

Conséquence de cet afflux massif, les centres d’accueil gérés par le ministère de la Santé et des Ressources humaines sont débordés. En temps de pandémie, les familles d’accueil sont plus difficiles à trouver. Les enfants comme Ylenia se retrouvent donc à rester dans des centres de détention aux allures de prison gérés par les services frontaliers. Des structures pas du tout adaptées pour des enfants en bas âge. La loi prévoit qu’ils y passent un maximum de trois jours avant d’être pris en charge. Une durée légale qui n’est plus toujours respectée en raison de la crise actuelle.

Une sirène puis un coup de feu se font soudainement entendre. Ils semblent provenir de l’autre côté de la frontière. Sans doute des policiers mexicains qui prennent en chasse des passeurs. Les policiers américains font signe aux nouveaux arrivants de se lever et de commencer à marcher vers le poste de triage et d’accueil mis en place par les services frontaliers.

Assoiffés, exténués, les migrants se préparent à affronter les questions des gardes-frontières et des agents des services d’immigration. S’ils se réjouissent d’avoir réussi à mettre le pied dans ce pays dont ils ont tant rêvé, le plus dur, ils le savent, reste encore à venir : parvenir à y rester.

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