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Les propos du professeur Attaran continuent d’alimenter le débat

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Amir Attaran, professeur de droit à l'Université d'Ottawa

Photo : Radio-Canada

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Même si elle désapprouve les propos controversés du professeur Amir Attaran, qui accuse le Québec de racisme, la présidente du Conseil de la communauté noire de Gatineau, Aïchatou Touré, suggère de profiter de l’attention médiatique créée pour poursuivre la discussion.

On met tout le monde dans le même sac, ici. Ce n’est pas ça le but! Ce n’est pas comme ça qu’on va attaquer le racisme en tant que tel, lance Mme Touré en entrevue.

Mais pour la présidente du Conseil de la communauté noire de Gatineau, cette polémique offre une occasion d'avoir des conversations et de continuer le combat.

Autant il y a beaucoup de gens qui dénoncent, qui ne sont pas d’accord avec l’approche, autant je pense que certains qui ont vécu le racisme de manière très intime trouvent, à travers ce discours, une certaine appartenance. Ça dépend vraiment du vécu des gens, poursuit-elle.

Un argument qu’a repris à son compte le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, pour voler au secours de son député de Hamilton-Centre, Matthew Green, qui, sur Twitter, a salué les propos de M. Attaran.

Je connais bien Matthew Green, c’est quelqu’un qui veut défendre les gens et qui s’oppose au racisme systémique. C’est quelqu’un qui a vécu la réalité du racisme dans sa vie personnelle. [...] Je pense que c’est important de dire que les personnes racisées, qui ont des expériences personnelles, ont le droit d’exprimer leur réalité et on doit les écouter, a indiqué M. Singh en conférence de presse, tout en insistant sur le fait qu’il est faux de dire que tous les Québécois sont racistes.

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Matthew Green, député néo-démocrate de Hamilton-Centre (archives)

Photo : Radio-Canada

Dans une réponse écrite transmise à ICI Ottawa-Gatineau, le député ontarien a dit s’étonner que les mêmes leaders politiques au Québec qui ont protesté contre la restriction de la liberté d’expression face à l’utilisation du "mot en n" souhaitent, désormais, censurer le professeur Attaran pour les avoir qualifiés de racistes et pour ses critiques contre le racisme systémique au Québec.

Ces leaders politiques ne peuvent pas tout avoir! a écrit M. Green, reprochant au gouvernement de François Legault sa réticence à reconnaître le racisme systémique.

Mais je ne crois pas que tous les Québécois sont racistes et je ne crois pas non plus que le Québec est intrinsèquement meilleur ou pire en matière de lutte contre le racisme que le reste du Canada, ajoute-t-il.

La Ligue des Noirs du Québec réagit

Pour le président de la Ligue des Noirs du Québec (LNQ), Max Stanley Bazin, cette réticence ne fait pas du gouvernement québécois un gouvernement raciste.

Le gouvernement du Québec a fait des efforts. Ce n’est pas que je veux le vanter, mais nommer un ministre contre le racisme [Benoit Charette], c’est historique! C’est le seul à l’avoir fait. Il a fait preuve d’ouverture à cet égard-là, dit-il.

Et puis, si le gouvernement ne le reconnaît pas [le racisme systémique], l’important, ce sont les tribunaux. Parce que si quelqu’un a un problème dans la société, c’est devant les tribunaux qu’il va aller, et même la Cour suprême reconnaît le racisme systémique, ajoute le président de la LNQ.

La controverse intervient alors même que la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, présentait, mardi, son comité d’experts responsable de se pencher sur la liberté d'enseignement en milieu universitaire.

Tout juste nommé à la tête de ce comité, Alexandre Cloutier, qui est également vice-recteur aux partenariats et secrétaire général de l’Université du Québec à Chicoutimi, était en entrevue à l’émission Sur le vif.

Les propos de M. Attaran l’ont interpellé, dit-il. Et ils feront partie des cas de figure qui nourriront la réflexion du comité.

C’est difficile pour moi de parler de ces commentaires [...] considérant que le mandat [du comité] me demande justement de faire l’état de la situation. [...] L’enjeu pour nous, c’est de bien déterminer la ligne entre la liberté académique versus la liberté d’expression, quelles en sont les limites et dans quel contexte elles peuvent être appliquées, explique-t-il.

L'Université d'Ottawa toujours sous le feu des critiques

Cette liberté d'enseignement, le professeur à la Faculté des arts de l’Université d’Ottawa Marc François Bernier l’avait défendue lors de la controverse sur le mot en n l’automne dernier. Déjà très critique à l’époque quant à la réaction du recteur, il a de nouveau déploré l’attitude de Jacques Frémont sur les réseaux sociaux face à la polémique actuelle.

Après avoir étudié 3 ans à l’Université d’Ottawa, et après 21 ans comme professeur, j’en suis venu maintenant à la conclusion que mon recteur ne peut plus rester en poste. Il est une nuisance à la réputation de cette grande université qui doit maintenant décider si elle demeure bilingue et biculturelle, ou simplement bilingue de service et de façade, mais résolument avalée par la tradition et la culpabilité anglo-saxonne face à son passé colonialiste, a-t-il écrit.

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Marc-François Bernier, professeur à la Faculté des arts de l’Université d’Ottawa

Photo : Capture d'écran/Zoom

Le professeur Bernier a décliné notre demande d’entrevue, tout comme les membres du Bureau des gouverneurs qui ont été contactés.

En conférence de presse mardi, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a lui aussi remis en cause la réaction de l’établissement dans ce dossier.

Je m’inquiète [en voyant les commentaires du recteur de l’Université d’Ottawa] de l’application à deux vitesses de la notion de liberté d’expression. Et je m’inquiète qu’un professeur puisse – et ça, c’est son droit – bénéficier de sa liberté d’expression sans que l’université ne prenne acte de la nature des propos et se demande si cette conviction profonde, répétée et tellement belliqueuse du professeur, ne risque pas de transparaître dans son enseignement, a-t-il lancé.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Erin O’Toole, s’est dit pour sa part déçu par la situation.

La liberté d’expression est importante, mais c’est inacceptable pour un professeur d’avoir une approche comme ça. J’aimerais voir une approche plus sérieuse, plus intelligente, a-t-il dit.

« Ces propos ne sont pas acceptables, mais ce qui me désole un peu en ce moment, c’est qu’on leur donne beaucoup de temps d’antenne. »

— Une citation de  Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur

La ministre de l’Enseignement supérieur du Québec, Danielle McCann, s’est au contraire portée à la défense de l’Université d’Ottawa. C’est un citoyen qui s’est exprimé et l’Université d’Ottawa s’est distanciée de ces propos, a-t-elle déclaré.

Le président de la Ligue des Noirs du Québec, Max Stanley Bazin, remet en cause l’argumentation de M. Attaran.

Il ne fait que parler, il n’avance pas de chiffres ni aucune statistique. Ce n’est qu’une opinion parmi d’autres, il n’y a rien qui vient soutenir ça. Nous, à la Ligue des Noirs du Québec, quand on a décidé de faire un procès à la Ville de Montréal pour profilage racial, on avait une tonne de données et de chiffres qui justifiaient notre intervention. C’est ça être sérieux, a-t-il souligné.

Avec les informations de Rémi Authier

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