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Reprise du théâtre : deux rives, deux réalités

Les pièces de théâtre Albertine en cinq temps et Sang.

Cette semaine, le public pourra voir du théâtre en personne à Gatineau, et en mode virtuel à partir d'Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Radio-Canada et Jean-François Hétu

Radio-Canada

D’un côté, le Théâtre de l’Île reçoit le public pour la mise en lecture d’Albertine en cinq temps à compter de mercredi. De l’autre, le Centre national des Arts (CNA) présente Sang en webdiffusion dès jeudi, décision prise avant même qu’Ottawa bascule de nouveau en zone rouge.

La directrice artistique du Théâtre français du CNA, Brigitte Haentjens trouve absurde que les lieux de diffusion soient fermés à Ottawa, mais ouverts à Gatineau. C’est toutefois la réalité avec laquelle les artistes d’ici doivent composer, de part et d’autre de la rivière des Outaouais. Et le public de la région aussi, quand vient le temps de déterminer comment il souhaite voir du théâtre. La différence entre les deux rives est particulièrement frappante, cette semaine.

À Gatineau, lever du rideau

Six actrices sur une scène de théâtre. Cinq d'entre elles sont debout en arrière-plan et la sixième est assise sur une chaise en premier plan.

La mise en lecture d’ « Albertine en cinq temps » se fait sans déplacements, mais avec musique et éclairages au Théâtre de l’Île.

Photo : Radio-Canada

Dès le 24 mars, entre 20 et 40 spectateurs par soir se retrouveront en compagnie des comédiennes d’Albertine en cinq temps au Théâtre de l’Île. Les deux premières semaines affichent déjà complet, mais des représentations auront lieu jusqu’au 18 avril.

Déjà, le texte d’Albertine en cinq temps sous-tend peu de déplacements sur scène, ce qui en fait le candidat idéal pour l’adapter en mise en lecture, la formule choisie pour reprendre du service au Théâtre de l’Île.

Une mise en lecture, c’est le texte. On vous offre les mots de Michel Tremblay, explique Mme Ehlers. Quelques fois, les comédiennes se permettent de lever la tête et vous parler, parler au public. Et avec la musique et les éclairages, ça offre au public une super belle soirée.

Sur scène, cinq actrices (Sasha Dominique, Lyette Goyette, Andrée Rainville, Chantale Richer et Frédérique Thérien) incarnent chacune une période de la vie d’Albertine, entre sa trentaine fragile et la rétrospective porteuse d’espoir qu’elle s’offre à 70 ans. Catherine Rousseau, elle, joue le rôle de Madeleine, la grande confidente d’Albertine. Sans déplacements, les émotions passent par l’expression et la voix des artistes.

Kira Ehlers, souriante devant la caméra.

Kira Ehlers, metteure en scène de la pièce « Albertine en cinq temps ».

Photo : Radio-Canada

Pour Kira Ehlers, diriger l’histoire sans artifices s’est révélé tout aussi porteur. Cette fois-ci, on n’a fait que du travail de table, ce qui a été fantastique, parce que ça nous a permis de découvrir le texte en profondeur et de découvrir vraiment Albertine, note la metteure en scène.

Chantale Richer, l’interprète d’Albertine à 60 ans, a pour sa part retrouvé ses collègues avec des sentiments partagés. C’était vraiment une grande joie, mais aussi une peine. C’était de retrouver les camarades de jeu sans pouvoir se toucher, sans pouvoir se donner des câlins, s’envoyer de l’énergie. On marche beaucoup avec l’énergie des autres au théâtre et là, c’est difficile, confie-t-elle.

Mme Richer a cependant saisi une belle musique en décortiquant le texte autrement en compagnie de l’équipe

Albertine en cinq temps, c’est l’un des plus beaux textes de Michel Tremblay, à mon avis. Et se donner rendez-vous pour ça, c’est un magnifique cadeau qu’on se fait et qu’on donne [au public].

Une citation de :Chantale Richer, comédienne

Cette dernière observe des similitudes entre les problèmes de santé mentale du personnage et la réalité des derniers mois. Albertine, elle est d’actualité à cause de ça. Les drames qu’elle a vécus ressemblent énormément à ce que plusieurs personnes ont vécu durant la pandémie, remarque Mme Richer. Heureusement, ajoute-t-elle, la pièce livre également un message d’espoir que le public appréciera.

En webdiffusion à Ottawa

Deux hommes sur une scène de théâtre. Un est debout et cri et l'autre est couché sur le sol.

Les comédiens Sébastien Ricard (debout) et Émile Schneider (au sol) dans la pièce « Sang », mise en scène par Brigitte Haentjens.

Photo : Jean-François Hétu

Les amateurs intéressés par la pièce Sang, mise en scène par la directrice artistique du Théâtre français du CNA, Brigitte Haentjens, pourront quant à eux obtenir un lien de diffusion à compter de mercredi et auront 48 heures pour visionner le spectacle. La captation sera disponible sur demande du 25 au 30 mars.

Sang est une œuvre très riche, très complexe, selon Mme Haentjens.

L’auteur suédois Lars Norén déroule un récit en deux temps dans lequel un couple, arrêté et torturé sous le régime d’Augusto Pinochet, fuit le Chili pour trouver asile en France. Le public suit d’une part le coup d'État chilien et, de l’autre, les conflits au sein du couple ayant subi de tels traumatismes qu’il n’arrive plus à exprimer sa sexualité que par la violence. C’est la réflexion de Lars Norén sur toute l’idée que la violence politique contamine la violence privée, précise la femme de théâtre.

Brigitte Haentjens, souriante devant la caméra.

Brigitte Haentjens, directrice artistique du Théâtre français du CNA et metteure en scène de la pièce « Sang ».

Photo : Radio-Canada / Hugo Belanger

Brigitte Haentjens a imaginé une mise en scène épurée pour Sang, dans laquelle les comédiens (Christine Beaulieu, Alice Pascual, Sébastien Ricard et Émile Schneider) évoluent dans un espace délimité par ce qui ressemble à des bandes de patinoire, et autour duquel sont rassemblés les membres du public. La directrice artistique souhaitait ainsi que les spectateurs soient partie prenante du spectacle et ne cache pas son amertume face à l’obligation de présenter la pièce en webdiffusion plutôt que d’offrir l’expérience immersive. Néanmoins, le spectacle n’aurait pas fonctionné devant une foule restreinte, selon elle.

Ça n’a rien à voir comme expérience, c’est un témoin. Au moins, l’avantage, c’est que ça a été tourné en public. [...] On voit, on sent le public, mais ce n’est pas comparable.

Une citation de :Brigitte Haentjens

La décision de présenter Sang en webdiffusion a été prise avant qu’Ottawa retourne au palier rouge, le 19 mars dernier, Mme Haentjens estimant que le spectacle nécessitait la présence d’un public dense et non d’une poignée de spectateurs répartis dans une salle.

C’est une grosse déception de ne pas pouvoir le présenter en présence des acteurs, renchérit celle qui cédera sa place à Mani Soleimanlou à la direction artistique du Théâtre français du CNA, le 1er septembre prochain.

C’est extrêmement dur de refermer le CNA, ajoute-t-elle en espérant retrouver bientôt ce qui l’attache aux arts vivants, soit l’expérience en collectivité.

Pour y assister :

  • Albertine en cinq temps
    Théâtre de l’Île, du 24 mars au 18 avril
  • Sang, du Théâtre français du CNA
    En webdiffusion, du 25 au 30 mars

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