•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ce que la technologie des chaînes de blocs peut vous apprendre sur votre bière

Un serveur tient un plateau avec trois bières sur une terrasse à Calgary.

Selon Bière Canada, il se vend plus de 100 millions de litres de bière domestique chaque mois dans le pays.

Photo : Radio-Canada / Charlotte Dumoulin

Voudriez-vous tout connaître sur les origines de ce que vous mangez et buvez? Une révolution est en marche dans l'agriculture grâce à la technologie des chaînes de blocs. Des expériences uniques au Canada ont lieu dans le monde de la bière artisanale.

Vous voyez de plus en plus dans les restaurants ou les bars des petits carrés qu'on appelle des codes QR. Sur les canettes de bière Barley Trail, brassée par la Olds College Brewery, au centre de l’Alberta, le code QR renvoie le consommateur à un site Internet d’un nouveau genre.

Après avoir balayé le code à l'aide d'un téléphone intelligent, on découvre un passeport numérique qui retrace les origines de tous les ingrédients contenus dans cette bière blonde. Par exemple, l'orge a été récoltée en 2018 dans la ferme albertaine Westway Farms et dans celle du Olds College, en septembre 2019.

On peut également découvrir les résultats des tests de qualité effectués trois jours après la récolte et lire que la bière a été brassée le 20 février 2020 avant une fermentation qui a duré 24 jours.

Une canette de bière Barley Trail dans la Olds College Brewey en Alberta.

Ces détails d’une précision inédite font partie d’un projet pilote, le deuxième du genre dans le monde de la bière au Canada.

Pendant la production de l’orge dans les champs, les équipements sont connectés. Des données sont collectées. On est capable de suivre la production de grain sur le terrain, de savoir où le grain a été produit et, au final, de tout retracer, explique David Claveau, directeur général de la Olds College Brewery.

Une technologie révolutionnaire

Cette traçabilité est possible grâce à la technologie des chaînes de blocs, rendue populaire grâce aux cryptomonnaies depuis 2009.

Du fermier au consommateur, chaque étape de la production est enregistrée sur un réseau sécurisé mettant en relation des millions d'ordinateurs au quatre coins du monde.

Les exploitations agricoles sont de plus en plus équipées de GPS et de capteurs sur leurs machines. En les connectant tous à un réseau sécurisé et consultable par tous, le secteur espère améliorer la traçabilité des produits, ainsi que la réactivité en cas de risques pour la sécurité alimentaire.

Un graphique illustrant la chaîne de blocs.

La chaîne de blocs est semblable à une base de données sécurisée impossible à falsifier grâce à la mise en relation de millions d’ordinateurs qui se contrôlent entre eux.

Photo : Radio-Canada

L’entreprise ontarienne Grain Discovery est à l’origine de cette nouvelle façon d'utiliser cette technologie. Il y a beaucoup de données récoltées dans la chaîne logistique, mais elles ne sont pas partagées entre partenaires. La chaîne de blocs va tout révolutionner, assure Rory O’Sullivan, son président.

Grain Discovery a fourni aux fermiers albertains une application connectée à un logiciel permettant de partager toutes les informations. En numérisant chaque étape, la traçabilité est plus précise. S’il y a un problème, on peut facilement l’identifier, isoler le lot concerné et tout maîtriser.

Prévenir les scandales

Cette technologie, encore en développement, est une réponse de l’industrie agroalimentaire contre les éclosions d’infections, comme l’E. coli, qui avait frappé les États-Unis en 2017 et en 2018. La bactérie avait fait près de 200 malades et 5 morts dans le pays.

En septembre 2018, le géant Walmart a annoncé à ses fournisseurs de légumes-feuilles qu’ils avaient un an pour adopter le système de traçabilité permis par la chaîne de blocs mis en place par IBM, IBM Food Trust.

La même année, le géant français Auchan a lancé l'implantation d'un système utilisant la chaîne de blocs dans cinq pays : la France, l'Italie, l'Espagne, le Portugal et le Sénégal. Les carottes, les pommes de terre et les poulets ont été les premiers aliments ciblés.

Un futur plus transparent

Le monde de la bière au Canada présente peu de risques à cet égard, précise Phillip Brian, directeur de Bear Hill Brewing, qui a fait partie du tout premier projet pilote au Canada, Bock Chain.

S’il s’est lancé dans cette aventure sur un lot de 6000 canettes en 2017, c’était pour prouver au monde qu’il était possible de tracer de manière précise chaque étape de la fabrication d’une bière.

Dans le futur, nous voulons que les consommateurs puissent avoir accès à toutes les données sur les produits qu’ils boivent. Cela va aussi permettre de développer une meilleure relation entre eux et les fermiers, explique Phillip Brian.

Phillipe Brian dans un bar.

Phillip Brian espère voir la traçabilité liée à la technologie sur toutes les boissons qu'il produit.

Photo : Radio-Canada / Axel Tardieu

Kyran Flett, directeur national des ventes de Canada Malting, une entreprise centenaire qui achète 550 000 tonnes de produits agricoles par an, est persuadé que la chaîne de blocs représente l’avenir.

Les fermes ont de plus en plus de capteurs sur leurs machines. S’en procurer coûte cher à ce jour, mais dans 10 ans, ils seront partout dans l’industrie, estime Kyran Flett. Les fermiers pourront mettre en valeur la qualité de leurs grains, mieux gérer leur inventaire et augmenter leurs revenus.

Les consommateurs veulent-ils tout savoir?

Les détails des ingrédients ne m'intéressent pas, je veux juste que ma bière soit bonne, dit Kyle Williams à la sortie d’un bar de Calgary.

Connor Brown, un client de la brasserie Cold Garden, est du même avis. Le principal, c’est le prix, le goût et le visuel de l’étiquette, ajoute-t-il.

C'est important pour moi de savoir d'où vient ce que je consomme, avoue Daniel Sondergaard qui dit être prêt à payer plus cher pour une bière artisanale et locale.

Selon une étude de l'Institut de marketing alimentaire aux États-Unis, 75 % des consommateurs se disent prêts à soutenir une marque qui offre des informations plus transparentes sur ses produits.

Un champ d'orge en Alberta.

L'entreprise Red Shed Malting a participé au projet Barley Trail avec la Olds College Brewery.

Photo : Red Shed Malting

Un troisième projet pilote utilisant la chaîne de blocs est en développement dans le secteur de la bière au Canada. Il s’agit une nouvelle fois d’une brasserie albertaine, Blindman Brewing, à Lacombe, près d’Edmonton.

Nous voulons faire découvrir la grande qualité de l’orge canadienne et rendre nos fermiers fiers de leurs récoltes, décrit Kirk Zembal, cofondateur de la brasserie. Près de 12 000 litres de May Long Double IPA seront mis en marché en mai.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !