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Archives

Le message social d'Armand Vaillancourt

Armand Vaillancourt, en 1966, regardant l'horizon.

Depuis ses débuts dans les années 50, l'œuvre d'Armand Vaillancourt est marquée d'une vision et d'une conscience sociale.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Artiste fougueux, artiste engagé, Armand Vaillancourt est un homme de passion et de liberté. Découvrez à travers cinq entretiens tirés de nos archives la pensée qui guide son œuvre depuis les années 50.

L’artiste peintre et sculpteur Armand Vaillancourt est né en 1929 dans le petit village minier de Black Lake, devenu Thetford Mines, et a grandi dans une ferme en Estrie.

Travailler la terre

Aujourd'hui, 18 décembre 1966

À l’émission Aujourd’hui du 18 juillet 1966, le journaliste Pierre Paquette l’accompagne sur les lieux de son enfance.

Devant la mine de Black Lake, Armand Vaillancourt s’émeut du courage des hommes qui ont travaillé au pic puis à la pelle pour en sortir le minerai.

Ce paysage de matière inerte lui rappelle un endroit rude et sec, où une poussière grise se posait sur les vêtements et toutes les surfaces.

Ça dénote que c'est une région très très forte, affirme Armand Vaillancourt. Ça ne donne pas d'ouverture à la médiocrité et à l'enfantillage.

Black Lake a ainsi contribué à forger le caractère de l’artiste, tout comme ses occupations à la ferme familiale de St-Ferdinand-d'Halifax en compagnie de ses quinze frères et sœurs.

Assis dans un champ parsemé de marguerites, l’artiste se remémore la vie à la campagne, où il apprenait à s’adapter à toutes les situations et se sentait partie intégrante de la nature.

Je trouve l'hiver à Montréal très long. Je ne me souviens pas ici à la campagne d'avoir déjà trouvé une saison longue. Toutes les saisons avaient une signification très forte.

Une citation de :Armand Vaillancourt

Armand Vaillancourt se compare à un marécage croisé sur le chemin qui inspire selon lui une désolation ou une angoisse qui n’est pas de la tristesse.

C'est un désir de réflexion, un besoin de solitude, un pouvoir de concentration, exprime l’artiste. Même la beauté, je trouve ça souvent triste.

Performer

Aujourd'hui, 8 décembre 1965

Pour l’émission Aujourd’hui du 8 décembre 1965, le journaliste Pierre Paquette assiste au travail d’Armand Vaillancourt dans une fonderie.

On y voit l’artiste sculpter à la torche des matériaux qu’il a en grande partie récupérés dans des cours de dépotoirs. Entouré d’ouvriers, il enflamme ses sculptures, fait plier des tiges d’acier dans la fournaise, coule du métal en fusion.

La caméra nous montre ensuite une foule bien compacte qui observe la scène tout en discutant et en buvant de petites bouteilles de bière.

Au journaliste qui lui demande s’il s’agit de sculptures-spectacles ou de spectacles-sculptures, Armand Vaillancourt défend son approche.

Il y a beaucoup de gens qui me trouvent show off, affirme-t-il, mais je pense que le côté spectaculaire peut être intéressant à condition que l'œuvre qui résulte de tout ce tralala soit une œuvre intéressante, intègre et poussée par la volonté d'apporter quelque chose de neuf et de créer.

Dix ans plus tôt, l’artiste s’est fait connaître en sculptant L'arbre de la rue Durocher en plein cœur de l’espace public, faisant ainsi éclater les normes de l’art et de la sculpture.

Armand Vaillancourt voit le public comme un stimulant qui émousse son inspiration. Il assure qu’il n’est que mieux préparé en sa présence et qu’il parvient à en faire abstraction.

Revendiquer

Montréal ce soir, 21 décembre 1993

En 1993, Armand Vaillancourt reçoit le prix Paul-Émile-Borduas, la plus haute distinction attribuée au Québec pour une contribution remarquable aux domaines des arts visuels.

L’artiste que le journaliste Daniel Carrière rencontre pour le bulletin de nouvelles Montréal ce soir du 21 décembre 1993 est cependant un homme en colère.

Lors de la remise de son prix, Armand Vaillancourt lit un long manifeste étalant au grand jour sa misère et sa mise à l’index.

J'ai fait plus de 3000 sculptures, c'est impensable que je sois cassé aujourd'hui. C'est une insulte pour le peuple québécois.

Une citation de :Armand Vaillancourt

Armand Vaillancourt n’a pas fait de sculpture depuis deux ans. Il vit de performances et de peintures et il doit gérer bien des embarras.

Des réservoirs d’essence qu’il conservait pour une œuvre ont contaminé la terre de sa propriété. Afin de se soumettre à une mise en garde des pompiers, l’artiste doit aussi vider son sous-sol de l’amas de morceaux de polystyrène et d’autres rebuts qu’il accumulait pour des créations.

C'est une plaie dans ma vie d'avoir de l'insécurité comme ça pour fonctionner, exprime Armand Vaillancourt.

À 64 ans, Armand Vaillancourt demeure infatigable et lutte sur tous les fronts. Un engagement politique et social qui l’éloigne de la production artistique et d’un engagement proprement esthétique, avance l’historienne de l’art Lise Lamarche.

Armand Vaillancourt est décrit comme un homme généreux, mais dont les nombreux coups de théâtre lui ont valu des ennemis.

Dans le milieu, on n’ose pas trop le dire, mais Armand Vaillancourt fait toujours peur, souligne le journaliste Daniel Carrière.

Je pense que je suis un artiste révolutionnaire parce que c'est ça que je dois être, croit Armand Vaillancourt.

Quand je ne serai plus révolutionnaire, je serai mort. Et je ne pense pas que j'ai le goût de mourir encore.

Une citation de :Armand Vaillancourt

Résister

Maisonneuve à l'écoute, 4 avril 2001

En 2001, Armand Vaillancourt se déplace à Québec à l’occasion du Sommet des Amériques, une grande rencontre entre chefs d’État pour discuter de l’instauration de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLEA).

Avec le groupe SOS Humanité, l’artiste espère ériger un immense SOS sur la rive sud du Saint-Laurent, visible depuis le site de la conférence internationale.

Sous le thème de l’art comme moyen de résistance, l’animateur Pierre Maisonneuve s’entretient avec lui à l’émission Maisonneuve à l’écoute du 4 avril 2001.

Armand Vaillancourt explique sa démarche. Avec cette œuvre, il souhaite alerter la population, envoyer un signe de détresse. Le capitalisme n’a jamais été bon pour la société et cette mondialisation qui n’a plus de bornes risque d’effriter ce qu’il reste de tissu social.

Il faut retrouver nos traces, retrouver une signification, plaide l’artiste.

Si la volonté de l’artiste est bien vive, il cherche encore à convaincre les décideurs de lui offrir l’emplacement et les fonds nécessaires à la réalisation de ce projet.

Cette sculpture en SOS est-elle motivée par le plaisir de provoquer, le besoin de publicité ou le souci de réveiller? lui demande Pierre Maisonneuve.

Plus j'ai manifesté dans la vie, plus on m'a poussé de côté pour m'empêcher de continuer, affirme Armand Vaillancourt, toujours mû par son impétuosité.

Les encouragements des gens croisés dans la rue donnent à Armand Vaillancourt le courage de poursuivre sa création pour la collectivité. Puis il y a son travail auprès des jeunes.

Je leur donne toutes les libertés, explique Armand Vaillancourt sur ses ateliers dans les écoles, mais la liberté, c'est un engagement.

Rayonner

Téléjournal, 6 mai 2015

Armand Vaillancourt a 85 ans et toujours cette même énergie folle et débridée.

Une citation de :Le journaliste Maxence Bilodeau

Pour le Téléjournal du 6 mai 2015, le journaliste Maxence Bilodeau visite l’atelier montréalais d’Armand Vaillancourt.

L’artiste y entasse les projets, mais aussi ses archives, dont de nombreux articles de presse qui soulignent son travail à l’international.

Le journaliste s’intéresse plus particulièrement à sa sculpture-fontaine pour l’Embarcadero Plaza de San Francisco que l’artiste a baptisée Québec libre! en la graffitant contre l’avis des autorités.

Il n'y a jamais la bonne place quand tu es militant!

Une citation de :Armand Vaillancourt

Fruit du travail de quatre années, cette œuvre a offert une large renommée à l’artiste québécois dans les années 70. Elle lui a même valu une invitation à participer à un concert du groupe rock U2 qui cherchait à se faire pardonner pour l’avoir graffitée à son tour.

Armand Vaillancourt se dit toutefois en froid avec le chanteur Bono, tout comme avec plusieurs personnes croisées au cours de sa carrière.

Les gens aiment mon travail, mais ils n'aiment pas ma pensée, suggère Armand Vaillancourt. Ce n'est pas un travail de putain que je fais, mais un travail d'une conscience sociale.

L’artiste présente au journaliste la maquette du projet sur lequel il s’affaire. Une sculpture monumentale à la mémoire des travailleurs et du syndicaliste Michel Chartrand destinée à la ville de Longueuil.

À la suite d’une campagne de sociofinancement, la sculpture La force ouvrière d’Armand Vaillancourt a été inaugurée en 2016.

Plus récemment, l’organisme MU dévoilait une œuvre en son hommage, s’inscrivant dans la collection de murales des bâtisseurs culturels montréalais.

Armand Vaillancourt recevait au cours de la même cérémonie la citoyenneté d’honneur de la ville de Montréal.

La murale qui reproduit les motifs de la sérigraphie Auprès de mon arbre, je vivais heureux réalisée en 1989 par Armand Vaillancourt a été peinte par Alexis Vaillancourt, fils de l’artiste, assisté par le collectif des Frères Lama.

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