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L’opposition dénonce le projet de loi sur les évaluations psychologiques d’élèves

Benoît Bourque.

Le député libéral Benoît Bourque a exprimé son désaccord avec le projet de loi en éducation en Chambre, mardi.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les partis d'opposition à l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick dénoncent le projet de loi du gouvernement progressiste-conservateur visant à confier l'évaluation psychologique d’élèves à des enseignants.

Le ministre de l’Éducation, Dominic Cardy, a déposé ce projet visant à modifier la Loi sur l’éducation la semaine dernière.

S’il est adopté, des enseignants titulaires d’une maîtrise pourront, après avoir suivi une formation de mise à niveau, administrer un test, le noter puis interpréter et appliquer ses résultats.

Jusqu'ici, ces tests étaient faits par des psychologues et servaient notamment à identifier les troubles neurodéveloppementaux, tels que le TDAH.

Des craintes soulevées en Chambre

Le Parti libéral du Nouveau-Brunswick trouve inquiétant qu’on ouvre la porte à un tel précédent.

Est-ce qu'on va faire la même chose avec la Société médicale, est-ce qu'on va faire la même chose avec l'Association des infirmières? a demandé le député libéral Benoît Bourque à l’Assemblée législative mardi.

Ce sont tous des ordres professionnels qui jouent un rôle important, dit-il.

Le Collège des psychologues du Nouveau-Brunswick a déjà dénoncé la situation publiquement lundi, craignant un risque pour les enfants en cas de diagnostic erroné.

Un service de seconde qualité de gens qui s'improvisent psychologues, c'est la préoccupation soulevée par le Collège des psychologues, a résumé M. Bourque lors de sa prise de parole à Fredericton mardi.

La députée du Parti vert Megan Mitton a elle aussi exprimé des inquiétudes, rappelant que pour avoir la capacité de faire ces évaluations, plusieurs années d’études sont nécessaires.

Dominic Cardy défend sa solution

Dominic Cardy a pour sa part défendu bec et ongles la volonté de son gouvernement de former 25 enseignants titulaires d’une maîtrise à l’évaluation psychologique d’élèves.

À l’heure actuelle, seulement 34 postes de psychologues en milieu scolaire sur 64 sont pourvus, souligne-t-il.

Le ministre ajoute que des solutions du genre ont déjà été mises en place à Terre-Neuve-et-Labrador et en Alberta, des provinces qui connaissaient les mêmes difficultés que le Nouveau-Brunswick.

Dominic Cardy par webcam le 22 mars 2021.

Dominic Cardy, ministre de l'Édudcation du Nouveau-Brunswick, a défendu son projet visant à permettre aux enseignants titulaires d'une maîtrise d'administrer des évaluations psychologiques, lors d'un point de presse le 22 mars 2021.

Photo : Radio-Canada

Il critique d’ailleurs la prise de position du Collège des psychologues contre cette solution, alléguant que l’association essaie de protéger les intérêts commerciaux de ses membres.

Selon M. Cardy, les enseignants, qui connaissent déjà les enfants, sont bien placés pour les évaluer et les encadrer. Il ajoute qu’une formation d’un an comprenant 952 heures de cours permettrait d’avoir une qualité aussi élevée que possible.

Ça va être absolument plus élevé en comparaison avec ce qu'on offre aujourd'hui qui est, pour l'énorme majorité des parents et des enfants qui cherchent des évaluations, rien du tout, a-t-il déclaré à ses collègues députés mardi.

Qu’en pensent les enseignants?

L’Association des enseignantes et des enseignants du Nouveau-Brunswick n’a pas voulu faire de commentaires au sujet des changements à venir, mais Dominic Cardy croit qu’il y aura des candidats pour la formation proposée.

Selon lui, plusieurs d’entre eux sont désespérés de voir des jeunes incapables de subir une évaluation pendant des mois et sont vraiment excités par ce nouveau projet de loi.

J’ai entendu encore des psychologues dans le système aussi qui sont heureux d’entendre que maintenant on va finalement [régler] ce problème, soutient Dominic Cardy.

À l’Université de Moncton, une professeure au département d'enseignement au primaire et de psychopédagogie, Josée Nadeau, a toutefois quelques réserves. Même si un enseignant détient une maîtrise, il n’a pas nécessairement le bagage pour effectuer le travail d’un psychologue, prévient-elle.

Josée Nadeau, professeure au département d'enseignement au primaire et de psychopédagogie à l'Université de Moncton, par webcam, le 23 mars 2021.

Josée Nadeau, professeure au département d'enseignement au primaire et de psychopédagogie à l'Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada

Une conclusion erronée sur les aptitudes d’un élève pourrait avoir de graves conséquences sur son développement. Si un élève a une dépression ou un trouble anxieux, il faut agir sur cette problématique, illustre-t-elle.

Susie Proulx-Daigle, présidente du Syndicat du Nouveau-Brunswick, craint elle aussi que les enseignantes qui administreront ces tests psychologiques ne soient pas en mesure de détecter certains troubles plus profonds.

Miser sur le recrutement et la rétention

Les libéraux et les verts estiment que le gouvernement aurait plutôt intérêt à payer davantage les psychologues pour favoriser le recrutement et la rétention.

Leurs salaires sont en effet plus bas que ceux de leurs collègues des autres provinces, et beaucoup moins élevés que dans le secteur privé.

Le Collège des psychologues affirme également qu’une meilleure valorisation de la profession dans le secteur public serait bénéfique, alors que de nombreux jeunes psychologues quittent la province ou décident de pratiquer en cabinet privé.

Une deuxième lecture du projet de loi est prévue pour mercredi à 13 h.

Avec des informations de Michel Corriveau et de Pascal Raiche-Nogue

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