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Des assurés à la rue depuis deux ans

En 2019, l’incendie d’un immeuble en copropriété pousse 16 familles à la rue. Selon ce que laisse entendre leur assureur, elles pourront réemménager rapidement. Près de deux ans plus tard, ce n'est toujours pas le cas. Elles accusent Desjardins Assurances de faire traîner le dossier.

Des flammes intenses ravagent le toit et les terrasses de bois de la copropriété du quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Le 21 août 2019, l'incendie d'une copropriété du quartier Hochelaga-Maisonneuve a jeté 16 familles à la rue.

Photo : Radio-Canada

Samuel Lambert-Milot et Claudie Bouchard sont propriétaires de deux condos dans cet immeuble de Montréal. Le 21 août, un incendie majeur les réveille en pleine nuit.

Deux heures et demie, ça réveille, il faut sortir, se rappelle Claudie Bouchard.

C'était la panique, renchérit son voisin Samuel Lambert Milot. Alors, j'ai dit à ma blonde : ''Sors! On sort, on sort!''

Claudie Bouchard dans le jardin de sa copropriété.

Claudie Bouchard est l'une des copropriétaires de l'immeuble incendié le 21 août 2019.

Photo : Radio-Canada

Le lendemain de l’incendie, l’expert en sinistre de l’assureur du syndicat de copropriété, Desjardins Assurances, se fait rassurant : dans environ six mois, ils pourront revenir chez eux.

Les 16 copropriétaires doivent se reloger temporairement dans des appartements meublés. Leur assurance personnelle respective paie les coûts de location qui s’élèvent pour certains à 3000 $ par mois.

Dix jours après l’incendie, les copropriétaires découvrent que l’eau s’infiltre dans l’immeuble par le toit.

Des flaques d'eau sur le plancher d'une cuisine par une journée ensoleillée.

Dix jours après l’incendie, les copropriétaires découvrent que l’eau s’infiltre dans l’immeuble par le toit.

Photo : Radio-Canada

L’expert en sinistre de Desjardins Assurances a omis de faire imperméabiliser la toiture qui a été endommagée par le feu. Alerté par les habitants, il fait installer une toile. Mais deux mois plus tard, l’eau pénètre toujours dans les condos.

Il y a eu plusieurs courriels qui ont été envoyés par les copropriétaires en disant : ‘’Ça coule encore chez nous. C'est quoi cette affaire-là? Pourquoi il n'y a toujours personne qui vient faire les travaux d'urgence?’’

Une citation de :Samuel Lambert-Milot

Impossible d’obtenir des réponses. Desjardins Assurances refuse de commenter ce dossier publiquement.

En général, lors d’un incendie, c’est l’expert en sinistre de l’assureur qui trouve un restaurateur pour sécuriser les lieux, selon Jannick Desforges de la Chambre de l'assurance de dommages, l’organisme qui surveille le travail des experts en sinistre. Mais les assurés peuvent aussi agir.

Jannick Desforges, directrice des affaires institutionnelles et de la conformité de la Chambre de l'assurance de dommages, en entrevue à La facture

Jannick Desforges est directrice des affaires institutionnelles et de la conformité de la Chambre de l'assurance de dommages

Photo : Radio-Canada

À partir du moment où l'expert en sinistre n'agit pas, explique Me Desforges, pour éviter d'aggraver les dommages, les assurés pourraient mandater une autre firme pour venir faire le travail.

Inquiets, les copropriétaires embauchent leur propre expert en sinistre, Pierre Gemme, afin de faire pression sur l’assureur. Grâce à lui, en décembre 2019, quatre mois après l’incendie, Desjardins Assurances alloue des fonds pour imperméabiliser la toiture.

Si le toit avait été sécurisé immédiatement dans les semaines suivant l'événement, il y aurait eu moins de dommages et la reconstruction se serait faite plus rapidement.

Une citation de :Pierre Gemme
Pierre Gemme, expert en sinistre embauché par les copropriétaires, en entrevue à La facture.

Les copropriétaires de l'immeuble incendié ont embauché Pierre Gemme, expert en sinistre public, pour les représenter.

Photo : Radio-Canada

Six mois après l’incendie, Desjardins Assurances propose 1,2 million de dollars pour la reconstruction de l’intérieur des 16 condos. L’offre est ridicule, selon les assurés et leur expert en sinistre.

Ça ne tient pas la route, estime Pierre Gemme. On parle de 16 condos, 16 salles de bain complètes et des cuisines avec des comptoirs luxueux de quartz.

Comme l’assureur ne propose aucun entrepreneur pour la reconstruction, les assurés embauchent leur propre entreprise, qui prépare un devis de reconstruction. Selon elle, il faut en fait prévoir 2,6 millions de dollars pour remettre l’immeuble tel qu’il était avant l’incendie.

La négociation entre l’assureur et les copropriétaires est si ardue que les assurés font appel à un avocat spécialisé en droit immobilier, Clément Lucas.

Ce n’est qu’à la réception d’une mise en demeure en juillet 2020, près d’un an après l’incendie, que Desjardins Assurances accepte de verser des fonds pour débuter la reconstruction.

Me Clément Lucas en entrevue à La facture.

Clément Lucas est l'avocat des copropriétaires de l'immeuble incendié le 21 août 2019.

Photo : Radio-Canada

À notre avis, il y a manquement à plusieurs égards dans la façon dont ç'a été géré par Desjardins, soutient Me Clément Lucas. Dans la relation entre le consommateur et l’assureur, il y a une responsabilité, il y a des obligations, une déontologie également à suivre. Et à plusieurs égards, Desjardins m'apparaît responsable et fautive.

Dans un courriel, Desjardins Assurances explique que les derniers mois ont été marqués par des délais inhabituels et des hausses de coûts à cause de la pandémie.

En septembre dernier, l’offre de Desjardins Assurances est de plus de 2 350 000 $. La reconstruction de l’immeuble peut enfin débuter.

Les copropriétaires espèrent retourner chez eux en mai prochain, près de deux ans après l’incendie, mais ils devront assumer de lourdes pertes financières. Ils les évaluent entre 15 000 et 25 000 $ par copropriétaire puisque, depuis longtemps, leurs polices d’assurance personnelles ne paient plus leurs frais de subsistance.

Il y a eu des gens qui ont dû vendre leur automobile, déplore Claudie Bouchard.

Ici, c'est presque tous des premiers acheteurs. On n’a pas 25 000 $ pour assumer les pertes. Desjardins savait qu'on arrivait à la fin de nos frais de subsistance. Il y a une guerre de fatigue, là, pour qu'on accepte un montant.

Une citation de :Samuel Lambert-Milot
Samuel Lambert-Milot avec ses enfants sur le trottoir.

Samuel Lambert-Milot est l'un des copropriétaires de l'immeuble incendié le 21 août 2019.

Photo : Radio-Canada

Le reportage de la journaliste Nancy Desjardins et de la réalisatrice Claude Laflamme sera diffusé mardi à 19 h 30 dans La facture.

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