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Enseignants responsables des évaluations psychologiques d'élèves, une idée qui dérange

Un garçon a de la difficulté à se concentrer, assis devant un ordinateur.

Un diagnostic de TDAH comporte plusieurs étapes.

Photo : iStock

Radio-Canada

Les enseignants du Nouveau-Brunswick pourraient bientôt être amenés à conduire des évaluations psychologiques d’élèves alors qu'une quarantaine de postes de psychologues sont à pourvoir dans les districts scolaires anglophones et francophones de la province.

Le Collège des psychologues du Nouveau-Brunswick dénonce le projet de loi déposé la semaine dernière visant à modifier la Loi sur l’éducation. Il craint des torts aux enfants en cas de diagnostic erroné et déplore l’absence de consultations en la matière, ce que nie en bloc le gouvernement.

Désaccord sur la tenue ou non de consultations

Le ministre de l’Éducation, Dominic Cardy, soutient que des démarches de consultations pour trouver une solution à la pénurie de psychologues ont été entreprises il y a deux ans. On les a invités à participer, ils ont refusé, affirme-t-il.

Il y a une différence entre les experts et ceux qui parlent en leur nom. Je respecte les psychologues, mais cette association a refusé de s’asseoir avec nous pour trouver des solutions.

Une citation de :Dominic Cardy, ministre de l’Éducation
Dominic Cardy par webcam le 22 mars 2021.

Dominic Cardy, ministre de l'Édudcation du Nouveau-Brunswick, a défendu son projet visant à permettre aux enseignants titulaires d'une maîtrise d'administrer des évaluations psychologiques, lors d'un point de presse le 22 mars 2021.

Photo : Radio-Canada

Le registraire du Collège des psychologues du Nouveau-Brunswick, Jacques Richard, reconnaît que le gouvernement les a contactés, mais affirme que c’était une conversation unidirectionnelle.

La première fois qu’on a été informé de ce projet de loi, il avait déjà été lu en Chambre, dit-il.

Des risques pour les enfants

Les tests d’évaluation sont utilisés par les psychologues pour identifier les troubles neurodéveloppementaux, tels que le TDAH.

Selon un document d’information préparé par le Collège des psychologues, des diagnostics erronés ou manqués peuvent entraîner des interventions médicales, éducatives ou psychologiques inappropriées, avoir un impact négatif sur le développement cognitif, académique, social et émotionnel de l'enfant et laisser les familles en détresse.

Dans son projet de loi, le gouvernement provincial prévoit que l’enseignant titulaire d’une maîtrise approuvée par le ministre qui a complété la formation qu’il approuve peut, en vue d’élaborer un plan d’intervention pour un élève, lui administrer un test que prévoient les règlements, le noter puis interpréter et appliquer ses résultats.

Or, l’administration de tests d’évaluation ne peut se résumer à quelques heures de mise à niveau, selon Jacques Richard, également professeur de psychologie à l'Université de Moncton.

Je forme les psychologues à l'université dans l’usage de ces tests-là et ça me prend une dizaine d’années. À moins que le ministère veuille envoyer ces enseignants faire leur doctorat […] je ne sais pas comment il peut [vouloir faire] ce qu’il dit qu’il veut faire, se demande-t-il.

Ça va être dangereux pour les enfants.

Une citation de :Dr Jacques Richard, Registraire du collège des psychologues du N.-B. et professeur de psychologie à l'Université de Moncton

Si elles sont adoptées, les nouvelles dispositions de la Loi sur l'éducation l’emporteront sur les dispositions de la Loi sur les psychologues.

La Loi sur les psychologues a été créée pour que la pratique des psychologues soit réglementée, de la même façon que les médecins et les infirmières. Et le but c’est de protéger le public, dénonce Jacques Richard.

Jacques Richard, registraire du Collège des psychologues du Nouveau-Brunswick et professeur de psychologie à l'Université de Moncton, par webcam, le 22 mars 2021.

Jacques Richard, registraire du Collège des psychologues du Nouveau-Brunswick et professeur de psychologie à l'Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada

Le Collège des psychologues a signalé cette situation à des associations nationales et internationales, qui, selon le Dr Richard, sont très inquiètes des précédents que ces changements pourraient engendrer. Invitée à commenter le projet de loi, la Société canadienne de psychologie réitère d'ailleurs que les psychologues sont les seuls professionnels capables d’administrer ces évaluations.

Il y a d’autres solutions, plaide le Collège

Le Dr Richard pense que la valorisation de la profession et des budgets appropriés dédiés au système scolaire pourraient alléger la pénurie de psychologues.

Selon lui, au moins la moitié des quelque 10 psychologues formés chaque année à l'Université de Moncton veulent travailler en milieu scolaire, mais plusieurs d'entre eux déchantent très vite une fois sur le terrain.

C’est exactement ce manque de respect pour le champ de pratique des psychologues qui les poussent hors du système public et encore plus loin hors de la province, avance-t-il.

On dit que n’importe qui peut faire votre travail. Ce n’est pas vrai! Les médecins ne se feraient pas dire ça.

Une citation de :Dr Jacques Richard, Registraire du collège des psychologues du N.-B. et professeur de psychologie à l'Université de Moncton

Un besoin criant

Selon Chantal Varin, directrice générale de l’Association des parents francophones du Nouveau-Brunswick, certains jeunes doivent attendre deux ou trois ans avant de recevoir un diagnostic. Certains parents font appel à des services privés, ce qui provoque des inégalités dans le système scolaire.

Chantal Varin, directrice générale de l’Association des parents francophones du Nouveau-Brunswick durant une entrevue de Radio-Canada.

Chantal Varin, directrice générale de l’Association des parents francophones du Nouveau-Brunswick, soutient que le besoin d'experts en évaluation psychologique est criant, mais qu'elle n'est pas la meilleure personne pour déterminer qui doit effectuer ce travail.

Photo : Radio-Canada

Bien qu’elle juge ne pas être la meilleure personne pour déterminer qui doit effectuer les évaluations psychologiques, elle qualifie de préoccupants les commentaires des psychologues qui sont les experts.

Ce qu’on sait, c’est qu’il faut que le travail soit fait et il faut que ce travail soit amélioré et c’est urgent. Mais il faut aussi s'assurer que ce résultat soit juste, affirme-t-elle.

Le ministre Dominic Cardy affirme lui aussi que la situation presse. L’idée, c’est d’utiliser les ressources que nous avons pour régler un problème qui traîne depuis des années.

Les enfants en ont besoin, et ils en ont besoin rapidement. Et s’ils en ont besoin, c’est le travail du gouvernement d’offrir des solutions, ajoute-t-il.

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