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Analyse

Congrès conservateur : l’art de se tirer une balle dans le pied

Le chef du parti convervateur Erin O'Toole.

Dans son discours vendredi lors du Congrès du Parti conservateur, Erin O'Toole appelait son parti à faire des virages importants pour ne pas subir ce qui serait une troisième défaite en six ans.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le problème des partis politiques qui traversent une série d’insuccès électoraux et qui ne sont pas d’emblée favoris pour gagner le prochain scrutin est qu’ils perdent souvent leurs éléments les plus pragmatiques et attirent les partisans d’une cause ou d’une autre.

C’est pour cela que pour les partis politiques, les coups qui proviennent de leur propre camp font toujours plus mal que ceux des adversaires. Le chef conservateur Erin O’Toole vient de l’apprendre à la dure en fin de semaine, lors du congrès qu’il avait lui-même qualifié de plus important de l’histoire canadienne.

Vendredi soir, dans un discours très attendu, M. O’Toole appelait son parti à faire des virages importants pour ne pas subir ce qui serait une troisième défaite en six ans.

Le changement le plus important qu’il demandait à son parti touchait à sa position sur les changements climatiques, ce qui n’est pas une petite tâche pour un parti dont 47 des 120 députés proviennent de l’Alberta et de la Saskatchewan, deux provinces productrices de pétrole.

M. O’Toole a été très clair : son parti ne saurait être crédible lors de la prochaine campagne électorale s’il n’avait pas un plan de lutte contre les changements climatiques. Le discours a été assez bien reçu, mais on n’avait pas encore compté les votes sur les résolutions soumises au congrès.

Ce n’est donc que le samedi matin qu’on a appris que les délégués avaient rejeté une résolution provenant d’une circonscription québécoise disant que les changements climatiques sont réels. Le Parti conservateur a la volonté d’agir.

Trop pour la base

C’était peu engageant, mais c’était déjà trop pour la base du parti, surtout les délégués de l’Ouest et de l’Ontario. Au Québec et dans les Maritimes, on a plutôt voté pour, mais l’idée même de reconnaître les changements climatiques a tout de même été battue.

Pourtant, dans la semaine qui avait précédé le congrès, des voix s’étaient fait entendre pour le changement de position sur cette question, entre autres celle de l’ancienne ministre Lisa Raitt qui affirmait avoir perdu son siège de la région de Toronto en raison de l’opposition de son parti à la taxe sur le carbone.

Évidemment, l’entourage du chef a tôt fait de dire que cela n’était qu’un accident de parcours et M. O’Toole a dit qu’il était le chef du parti et qu’il allait déposer d’ici quelques semaines un plan de lutte contre les changements climatiques, nonobstant le vote du congrès.

Mais c’est une chose d’avoir un plan, c’est tout autre chose d’être capable d’aller convaincre les Canadiens qu’il est crédible et qu’on peut le mener à bien. Il va être bien difficile pour M. O’Toole de le faire désormais puisqu’on va souvent lui répondre que son parti n’est pas derrière lui sur cette question.

Les trois autres partis politiques représentés à la Chambre des Communes ont très clairement un programme sur la question des changements climatiques qui impliquent des outils comme une taxe carbone ou la participation à une bourse du carbone.

Taxe sur le carbone

Les autres partis ont donc vraiment hâte de voir le plan de M. O’Toole puisqu’il a également dit devant les délégués à son Congrès qu’il s’opposait à une taxe carbone.

On entend déjà les Justin Trudeau, Yves-François Blanchet et Jagmeet Singh dire haut et fort que non seulement le plan conservateur est incomplet, mais que M. O’Toole n’a pas son parti derrière lui sur cette question.

Déjà, il faisait peu de doute que la question environnementale allait être au cœur de la prochaine campagne électorale. Mais depuis le vote du congrès conservateur, il est devenu certain que ce sera le principal angle d’attaque des autres chefs contre Erin O’Toole.

On entend déjà le débat des chefs, où les autres chefs diront à M. O’Toole qu’on ne peut pas le croire parce qu’il n’est pas certain qu’il ait réussi à avoir son parti derrière lui.

Ce que les conservateurs ont fait lors de ce congrès virtuel, c’est littéralement de se tirer une balle dans le pied. Mais, ce qui est plus sérieux, les délégués ont peut-être aussi tiré dans le dos de leur chef.

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