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Vaincre la méfiance pour mousser la vaccination chez les personnes noires

Une fiole du vaccin d'AstraZeneca.

Les raisons expliquant la réticence de nombreuses personnes noires à se faire vacciner vont des blessures historiques à la désinformation sur les réseaux sociaux.

Photo : Associated Press / Valentina Petrova

Radio-Canada

Des groupes de sensibilisation à la réalité des personnes noires de l’Alberta tentent de vaincre la méfiance que suscitent les vaccins contre la COVID-19 dans cette population fortement atteinte par la pandémie, mais hésitante à se faire vacciner.

Un rapport publié récemment par Statistique Canada montre les disparités dans la propagation et les effets du coronavirus en fonction des origines ethniques.

Selon les données de l’agence fédérale, les personnes noires sont à la fois les plus durement touchées par la COVID-19 et les moins enclines à se faire vacciner contre la maladie.

Alors que 49 % de l’ensemble des Canadiens ont répondu qu’ils avaient peu de chance de demander un vaccin, 77 % des Noirs ont répondu qu’ils s’abstiendront probablement.

Quand l’histoire motive la crainte

L’hésitation à se faire vacciner a des racines historiques bien tangibles, soutient la professeure adjointe en infirmerie Bukola Salami, de l’Université de l’Alberta.

Celle qui siège également sur le conseil du Black Opportunity Fund a récemment participé à un forum visant à répondre aux questions des membres de la communauté et à apaiser leurs doutes face à la vaccination.

Nous voulons alléger la méfiance contre le système, explique-t-elle.

Certains problèmes éthiques et de racisme que les Noirs ont vécus dans le passé ont grandement miné leur confiance dans le système et leur volonté de se faire vacciner.

Lors du forum, quelqu’un a, par exemple, demandé s’il n’y avait pas de risque que la vaccination contre la COVID-19 chez les personnes noires soit instrumentalisée pour mener une expérience semblable à l’étude sur la syphilis de Tuskegee, note Mme Salami.

L’étude de Tuskegee

L’Étude de Tuskegee sur la syphilis non traitée chez les hommes noirs menée entre 1932 et 1972 par les autorités américaines auprès d’une population noire atteinte de syphilis dans les environs de Tuskegee, en Alabama.

Les responsables de l’étude ont toutefois omis de dire aux patients qu’ils étaient atteints de la maladie, se contentant de leur dire qu’ils avaient du mauvais sang, ce qui pouvait représenter tant la syphilis que l’anémie ou la fatigue.

Sous prétexte de soigner leur mauvais sang, les chercheurs ont plutôt mené une étude sur les effets de la syphilis non traitée et n’ont, par conséquent, donné aucun traitement à de nombreux patients.

Les premières questions d’éthique sont soulevées dès 1936, puis réitérées avec de plus en plus de force à compter de 1968. L’étude est finalement interrompue en 1972.

L’étude fera l’objet d’un recours collectif et d’une audience au Congrès. Une entente hors cour octroiera aux participants un dédommagement total de 10 millions de dollars américains.

Le président Bill Clinton présentera finalement des excuses officielles aux participants au nom de la nation le 16 mai 1997.

Source : Centres pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (Nouvelle fenêtre) (en anglais)

Les effets de la désinformation

La crainte n’est pas tout, selon Bukola Salami, qui ajoute que la désinformation présente sur les réseaux sociaux nuit également aux efforts de vaccination.

Cette désinformation provient de différentes sources, dont les théories de la conspiration, confirme le Dr Kannin Osei-Tutu, le fondateur et président de l’Association des médecins noirs de l’Alberta.

L’association fondée en novembre s’est entre autres donné pour mission de vaincre la désinformation qui circule au sein des communautés noires.

Outre la méfiance suscitée par les publications sur les réseaux sociaux, le médecin note également la résistance créée par les discours de leaders religieux et les cicatrices laissées par les problèmes d’éthique médicale au fil de l’histoire.

Une stratégie d’éducation unifiée sur la sûreté et l’efficacité des vaccins doit être mise en place et ça ne peut se faire que si tout le monde travaille ensemble, explique le Dr Osei-Tutu.

Avec les informations de Thandiwe Konguavi et Stephen David Cook

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