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Changements climatiques : Erin O'Toole échoue à convaincre les conservateurs

Les membres du Parti conservateur ont rejeté à 54 % une motion visant à endosser le changement de position sur le climat voulu par leur chef.

Un ours polaire se déplaçant sur la banquise, dans le Nord canadien.

Un ours polaire dans le Nord canadien. L'Arctique est un laboratoire de prédilection pour mesurer les changements climatiques.

Photo : Associated Press / David Goldman

Radio-Canada

Il en a fait une condition pour battre les libéraux de Justin Trudeau, mais sa base lui a dit non. Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada (PCC), n’a pas réussi à faire adopter une motion visant à reconnaître l'existence des changements climatiques et à s'y attaquer, lors du congrès virtuel de la formation politique.

Vendredi, les membres du PCC ont battu cette motion à 54 % contre 46 %, s'opposant ainsi au changement de cap proposé par leur chef sur la question environnementale. Erin O'Toole cherche ouvertement à débarrasser le Parti conservateur de son étiquette climatosceptique, collée, selon lui, par les libéraux.

Dans un discours prononcé vendredi, M. O'Toole avait appelé le PCC à changer pour pouvoir battre les libéraux de Justin Trudeau, soutenant que le Canada avait lui-même changé et que les conservateurs devaient s'adapter à cette réalité.

« Nous ne pouvons pas ignorer la réalité des changements climatiques. Le débat est clos. »

— Une citation de  Erin O'Toole, chef du Parti conservateur du Canada

La motion, mise de l'avant par le député québécois Joël Godin, se déclinait en deux temps. Elle visait d'abord à reconnaître la réalité des changements climatiques, puis à asseoir la volonté d'agir du parti en responsabilisant, entre autres, les entreprises canadiennes fortement polluantes à mettre en place des mesures pour réduire leurs gaz à effet de serre (GES).

La résistance à cette proposition est surtout venue de la Saskatchewan, de Terre-Neuve-et-Labrador et de l’Alberta; presque 70 % des délégués québécois ont voté en sa faveur.

Une motion trop ambitieuse

Selon M. Godin, c'est la complexité de la motion et le plan d'action suggéré qui a possiblement posé problème aux délégués conservateurs, plus que la reconnaissance de l'existence des changements climatiques en soi.

On est peut-être allés trop vite, sans expliquer [l'élément concernant les super-polluants], a plaidé le député de Portneuf-Jacques-Cartier en entrevue à Radio-Canada, notant tout de même que la résolution a été presque gagnante.

Joël Godin prend acte du vote, mais il estime qu'un travail de pédagogie doit être effectué auprès des délégués. Une résolution dans un congrès est un élément, mais ce n’est pas une fin en soi, dit-il. On va continuer et j’ai l’appui de mon chef pour continuer en ce sens.

« On va tout simplement devoir expliquer clairement à certains membres. Il faut respecter ça, c’est une démocratie. »

— Une citation de  Joël Godin, député de Portneuf-Jacques-Cartier

De son côté, M. O’Toole persiste et signe : le débat est terminé et les changements climatiques existent, a-t-il déclaré samedi lors d'une séance de questions-réponses avec les militants conservateurs.

Les changements climatiques sont une menace pour notre société et on doit avoir un plan [...]. Le Parti conservateur va avoir un plan clair et sérieux lors de la prochaine élection en ce qui concerne l’environnement et la réduction des émissions. Cela est une priorité pour moi comme leader, a-t-il déclaré.

« Sérieusement, en 2021? »

La dissidence apparente des délégués conservateurs au sujet de cette motion sur les changements climatiques n'est pas passée inaperçue auprès des élus des autres partis fédéraux, qui n'ont pas tardé à condamner la prise de position des militants conservateurs.

Le Parti conservateur ne croit pas en la science! En 2021, les changements climatiques ne devraient même pas faire l'objet d'un débat, a réagi le ministre et ex-militant écologiste Steven Guilbeault, sur Twitter.

Sérieusement, en 2021? Les membres du Parti conservateur votent contre une motion pour reconnaître les changements climatiques? a renchéri la bloquiste Julie Vignola dans un autre gazouillis.

« Ce parti politique est une farce tragique. Ils [ne] sont pas encore arrivés au milieu du 19e siècle. »

— Une citation de  Alexandre Boulerice, député néo-démocrate de Rosemont—La Petite-Patrie

En entrevue à Radio-Canada, le député conservateur Bernard Généreux a pour sa part minimisé la dissension au sein de son parti sur la question des changements climatiques, soutenant que la direction du PCC est loin d'en nier l'existence.

Que le chef dise une chose qui peut être différente ou contraire à ce qui a été voté, c'est tout à fait normal ce genre de chose dans un congrès, il n'y a absolument rien d'extraordinaire là-dedans, ça arrive dans tous les partis, a plaidé le député de Montmagny—L’Islet—Kamouraska—Rivière-du-Loup.

Greenpeace dénonce l'incohérence d'O'Toole

En entrevue à Radio-Canada, Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie Greenpeace Canada, s'est montré peu impressionné par le virage vert proposé par le chef conservateur.

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.

Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.

Photo : Radio-Canada

Il y a de l’incohérence entre déclarer d’un côté de la part de M. O’Toole que les changements existent, mais ne rien proposer et dire qu’éventuellement il y aura un plan alors qu’on est à l’aube d’élections, a expliqué M. Bonin, notant que le parti soutient l'expansion de la production de pétrole et de gaz, la création d'un corridor énergétique et le retrait de la taxe carbone, l'outil le plus efficace contre les changements climatiques, sans rien proposer en retour.

« Le passif environnemental des conservateurs est lourd. Ils ont toute une côte à remonter. »

— Une citation de  Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie Greenpeace Canada

Évidemment, on est prêts à laisser la chance au coureur, mais encore une fois, les conservateurs ne se présentent même pas au point de départ de cette course, a encore dénoncé M. Bonin.

C’est l’urgence climatique, il faut des mesures en place, et même reconnaître l’existence des changements climatiques semble difficile pour les conservateurs. [...] On s’attendait au moins à ce que le Parti conservateur arrive avec une vision un petit peu plus progressiste [...]. De toute évidence, il y a beaucoup de travail à faire.

Avec les informations de La Presse canadienne

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