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Ex-nazi au Canada : son avocat veut la fin permanente de la procédure d'expulsion

Une vieille photo noir et blanc de Helmut Oberlander, dans sa jeunesse

Helmut Oberlander soutient qu'il était interprète et qu'il n'a jamais participé aux meurtres.

Photo : Centre consultatif des relations juives et israéliennes

Radio-Canada

L'avocat représentant l'ex-nazi Helmut Oberlander a déposé une motion visant à suspendre de façon permanente les procédures d'immigration contre son client.

M. Oberlander, 97 ans, est arrivé au Canada en 1954 et se bat contre son expulsion du pays depuis que son passé d'interprète travaillant pour l'un des escadrons de la mort les plus brutaux des nazis a été révélé en 1995. Il n'a jamais été accusé d'un crime, et de multiples enquêtes n'ont trouvé aucune preuve de sa participation directe aux atrocités. 

Depuis 2000, les tribunaux ont déchu cet homme de Waterloo, en Ontario, de sa citoyenneté canadienne à quatre reprises en raison de son appartenance aux Einsatzgruppen et du fait qu'il n'a pas divulgué ce fait aux responsables de l'immigration. Trois fois, la décision a été annulée en appel. Il a obtenu sa citoyenneté en 1960.

Nous avons maintenant découvert des preuves qui, selon nous, étaient entre les mains du gouvernement pendant toutes ces années et qui ne nous avaient pas été fournies alors qu'elles auraient dû l'être, a déclaré l'avocat de M. Oberlander, Ron Poulton, à CBC News.

Me Poulton a refusé de donner plus de détails.

L'Agence des services frontaliers du Canada, qui exécute les expulsions, a déclaré à CBC News qu'elle ne commentait pas les affaires portées devant les tribunaux, mais dans une déclaration, un porte-parole a déclaré que l’Agence accorde la plus haute priorité aux cas de renvoi impliquant la sécurité nationale, le crime organisé, les crimes contre l'humanité et les criminels.

Cette décision a été prise alors qu'une suspension temporaire des procédures expire vendredi. La Cour fédérale avait ordonné ce sursis en février, reportant l'enquête de M. Oberlander devant la section de l'immigration de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié, qui devait déterminer s'il devait être renvoyé du Canada.

Me Poulton avait demandé ce sursis, invoquant les restrictions liées à la COVID-19 et le fait que son client âgé est malentendant - deux facteurs qui rendaient difficile la communication des faits de l'affaire, selon l’avocat.

Un sursis interdit à la Commission de l'immigration et du statut de réfugié de fixer des audiences d'admissibilité.  

Cela fait mal

Certains membres de la communauté juive considèrent la nouvelle motion de Me Poulton comme une tactique d'obstruction. 

Chaque fois qu'il y a un retard, j'ai l'impression qu'il n'y a pas de justice pour les gens qui ont été assassinés dans la Shoah, a déclaré Pinchas Gutter, un survivant de l'Holocauste.

Cela fait mal. Ça fait mal à l'intérieur. Ça me brise le cœur... chaque fois qu'il y a un retard.

M. Gutter copréside le groupe Canadian Jewish Holocaust Survivors and their Descendents [Survivants juifs de l’Holocauste et leurs descendants du Canada, traduction libre]. Son père, sa mère et sa sœur ont été tués par les nazis, et il a passé du temps dans des camps de concentration.

Chaque fois que je pense aux Einsatzgruppen, je fais des cauchemars, a-t-il dit.

Les Einsatzgruppen étaient des escadrons de la mort mobiles qui se déplaçaient dans les territoires conquis par les Allemands et tuaient les personnes jugées indésirables ou représentant une menace pour les forces nazies, dont environ deux millions de Juifs. Souvent, ils rassemblaient les Juifs, leur ordonnaient de se déshabiller et ouvraient le feu sur un charnier.

M. Gutter dit qu'il pense qu'Oberlander a délibérément caché des informations sur son passé lorsqu'il a demandé à venir au Canada.

Pourquoi n'a-t-il pas dit à ce moment-là : "Écoutez, je sais que j'étais membre des Einsatzgruppen, mais je veux venir au Canada parce que je n'étais qu'un interprète. On m'a forcé à devenir interprète. Je n'avais pas le choix"?, demande M. Gutter. Il n'a pas dit cela. Il se cachait, et il se cachait parce qu'il savait qu'il était coupable.

Richard Marceau, ancien député québécois, aujourd'hui avocat général et vice-président des affaires extérieures du Centre pour les affaires israéliennes et juives, affirme que M. Oberlander joue des tours depuis plus de 25 ans, et il est temps que cela cesse.

La justice est non seulement retardée, mais elle est refusée, a-t-il ajouté.

Me Poulton a nié que la démarche soit destinée à faire traîner en longueur la procédure.

L'équité n'est pas une tactique d'obstruction, a-t-il dit. L'équité est une tentative d'obtenir un résultat juste basé sur toutes les preuves appropriées, et certaines de ces preuves nous ont été cachées pendant de nombreuses années.

Avec les informations de CBC News

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