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Myanmar : des habitants de Rangoon fuient la répression meurtrière de la junte

Des manifestants se préparent à utiliser des cocktails Molotov contre les forces de la junte militaire, le 16 mars 2021, à Rangoon, au Myanmar.

Des manifestants se préparent à utiliser des cocktails Molotov contre les forces de la junte militaire, le 16 mars 2021, à Rangoon, au Myanmar.

Photo : Getty Images

Agence France-Presse

Des habitants de Rangoon fuyaient en nombre vendredi la principale ville de l'ex-Birmanie, où la junte intensifie sa répression meurtrière, la Thaïlande voisine se préparant à un afflux de réfugiés.

Près de 230 civils ont été tués dans le pays depuis le coup d'État militaire du 1er février, qui a renversé Aung San Suu Kyi. Le bilan pourrait être beaucoup plus lourd, des centaines de personnes arrêtées ces dernières semaines étant portées disparues.

Deux des cinq millions d'habitants de Rangoon, la capitale économique, sont soumis à la loi martiale. Et certains quartiers sont tombés dans le chaos, des manifestants lançant des projectiles et des cocktails Molotov sur l'armée et la police, qui tirent à balles réelles.

Des manifestants s'abritent derrière des barricades de fortune.

Des manifestants s'abritent derrière des barricades de fortune lors de la répression par les forces de sécurité d'une manifestation contre le coup d'État militaire dans le canton de Thaketa à Rangoon, le 19 mars 2021.

Photo : afp via getty images / STR

L'exode s'intensifie

Un des principaux axes pour sortir de la ville était totalement congestionné vendredi de véhicules pleins à craquer, les habitants entassant leurs affaires jusque sur les toits, d'après des images diffusées par un média local.

Je rentre chez moi dans l'État de Rakhine, dans l'ouest du pays, confie une jeune femme qui a décidé de prendre l’autobus. Je ne dors plus la nuit. Dans mon quartier, les forces de sécurité ont enlevé des gens et les ont torturés.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d'internautes encourageaient la population à partir, car la situation dans la ville est effrayante, mais certains imploraient les citoyens de rester par solidarité.

De l'autre côté de la frontière, les autorités thaïlandaises se préparent à recevoir un afflux de réfugiés.

Nous sommes en mesure d'en accueillir de 30 000 à 50 000, a indiqué le gouverneur de la province de Tak, Pongrat Piromrat.

Quelque 90 000 réfugiés birmans vivent déjà le long de la poreuse frontière de 1800 kilomètres séparant les deux pays, après avoir fui des décennies de guerre civile entre l'armée et des factions rebelles.

Des Birmans ont également gagné ces dernières semaines l'Inde voisine.

Les forces de sécurité poursuivent sans relâche leur répression.

Vendredi, six manifestants ont été tués dans une petite ville du nord-est du pays, ont indiqué les médias d'État.

Une autre personne a été tuée dans l'État de Kayah lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une manifestation, d'après un secouriste.

Un manifestant verse du Coca-Cola sur le visage d'un camarade.

Des manifestants lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire dans le canton de Thaketa à Rangoon, le 19 mars 2021

Photo : afp via getty images / STR

Meurtres, tortures, destructions de maisons et d'autres biens privés, pillages : les tactiques déployées par l'armée sont de plus en plus violentes, déplore l'Association d'assistance aux prisonniers politiques (Association d'assistance aux prisonniers politiques). Les militaires insufflent un climat de peur et de subordination, ajoute l' Organisation non gouvernementale, qui fait un point quotidien sur la situation.

Des habitants sont aussi forcés, sous la menace d'armes à feu, de détruire les barricades de fortune érigées ces derniers temps par les manifestants contre les forces de sécurité, d'après plusieurs témoignages.

Sollicitée, la junte n'a pas répondu aux requêtes de l'AFP.

Et à Naypyidaw, la capitale, un journaliste birman du service local de la BBC, Aung Thura, a été arrêté après avoir été emmené par des hommes non identifiés, a annoncé la chaîne britannique, appelant les autorités à nous aider à le localiser et à confirmer qu'il va bien.

Un média local, Mizzima, a annoncé qu'un de ses reporters, Than Htike Aung, avait été arrêté en même temps qu'Aung Thura.

Plus de 30 journalistes ont été arrêtés depuis le putsch.

Le Myanmar se referme chaque jour davantage

Les connexions Internet mobiles restent coupées et seuls les médias d'État couvrent désormais la crise. Les arrestations s'enchaînent, avec plus de 2200 personnes interpellées depuis le coup d'État, notamment au sein du parti d'Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (Ligue nationale pour la démocratie).

Dernières en date, celles de Kyi Toe, chargé de l'information, et d'un autre responsable du mouvement, a-t-on appris auprès d'un ex-député de la Ligue nationale pour la démocratie.

Un manifestant brandit la photo de la dirigeante civile du Myanmar Aung San Suu Kyi.

À Bangkok, un manifestant brandit une photo de la dirigeante civile du Myanmar Aung San Suu Kyi, détenue, lors d’une manifestation pour demander la libération des prisonniers politiques à la suite du coup d'État militaire dans leur pays.

Photo : afp via getty images / JACK TAYLOR

Beaucoup de députés de la Ligue nationale pour la démocratie sont passés à la clandestinité, certains formant un parlement fantôme, le Comité représentant Pyidaungsu Hluttaw (Comité représentant Pyidaungsu Hluttaw) – l'organe législatif birman. Le vice-président du Comité représentant Pyidaungsu Hluttaw, Mahn Win Khaing Than, et son envoyé spécial auprès de l'ONU, Docteur SaSa, ont été inculpés pour haute trahison, crime passible de 22 ans de détention.

L'étau judiciaire se resserre aussi sur Aung San Su Kyi, au secret depuis le 1er février. Déjà inculpée à plusieurs reprises, accusée d'avoir perçu des centaines de milliers de dollars de pots-de-vin, elle est visée par une énième enquête sur la Fondation Daw Khin Kyi, qu'elle a créée.

Si elle est reconnue coupable, la lauréate du prix Nobel de la paix 1991 encourt de longues années de prison et pourrait être exclue de la vie politique. Une audience doit se tenir le 24 mars.

Les généraux continuent de faire la sourde oreille aux multiples condamnations internationales et font fi des sanctions imposées par les États-Unis, l'Union européenne et le Royaume-Uni.

L'UE doit d'ailleurs sanctionner lundi 11 officiers birmans impliqués dans la répression et elle finalise des mesures contre les intérêts économiques des membres de la junte.

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