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Pourquoi la pandémie semble-t-elle frapper certains pays plus que d’autres?

Les taux de mortalité liés à la COVID-19 varient énormément d’un pays à l’autre. La pyramide des âges, mais aussi l'obésité, offrent un début d'explication.

Deux personnes se serrent dans leurs bras, devant des tombes récentes.

Plus de 2,6 millions de personnes sont mortes de la COVID-19 dans le monde.

Photo : Getty Images / Andre Coelho

Ce sont les pays de l'Europe de l'Ouest qui ont payé jusqu’à maintenant le plus lourd tribut à la pandémie, puis ceux des Amériques, tandis que l’Asie et l'Afrique enregistrent beaucoup moins de décès par rapport à leur population.

Il est important de noter, cependant, que les comparaisons internationales doivent être interprétées avec prudence, car les pays utilisent des critères différents pour mesurer leurs résultats.

Certains pays qui enregistrent un nombre très élevé de morts dus à la COVID-19 sont peut-être plus prompts à attribuer des décès au virus. À certains endroits, les chiffres excluent les gens décédés ailleurs qu’à l’hôpital ou qui n’ont pas de résultats de laboratoire confirmés.

Précisons également que les moyennes nationales ne permettent pas non plus de voir les nuances à l’intérieur d’un pays ou d’une région. Ainsi, le taux de mortalité lié à la COVID-19 est de 221,8 pour 100 000 habitants à Montréal, alors qu’il est de 0 à l’Île-du-Prince-Édouard. La moyenne canadienne est de 59,4 pour 100 000.

Une fois ces réserves posées, comment expliquer les différences?

La structure d’âge

Dès le départ, les données venant de Chine ont permis de voir que les personnes âgées étaient plus à risque de mourir de la COVID-19, explique Gabriele Sorci, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), rattaché à l’Université de Bourgogne.

« On a su très rapidement, dès les mois de février et mars, que la probabilité de décéder suite à l'infection était étroitement liée à quelques facteurs : l’âge et les comorbidités, comme le cancer, les maladies cardiovasculaires et le diabète. C'était relativement évident. »

— Une citation de  Gabriele Sorci, chercheur au CNRS

Il n’est donc pas surprenant que l’Europe, la région du monde où l’âge médian est le plus élevé, soit aussi la plus endeuillée par la COVID-19. Quelque 90 % des décès liés au coronavirus y concernaient des personnes de plus de 60 ans, souligne un rapport de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

L’âge n’est cependant pas le seul facteur expliquant une forte mortalité, puisque le pays le plus âgé au monde, le Japon (48,4 ans d'âge médian), a beaucoup moins souffert de la pandémie que certains pays européens.

En outre, des pays latino-américains comme le Mexique, le Brésil ou le Pérou, dont la population est plus jeune, ont eux aussi déploré un grand nombre de morts.

L’obésité dans la mire des chercheurs

Un facteur qui pourrait expliquer en partie les terribles chiffres de l’Amérique, et notamment de l’Amérique latine, est l’obésité.

Les données sont éloquentes, soutient la Fédération mondiale de l’obésité (FMO) : la majorité des décès dus à la COVID-19 ont eu lieu dans des pays où une grande partie de la population souffre d’un excès de poids.

Un indice de masse corporelle de plus de 25 est un facteur de risque, soutient Olivia Barata Cavalcanti, directrice Science et Éducation à la Fédération mondiale de l’obésité, à Londres.

Après les premiers mois, où c'était juste le chaos, quand nous avons pu nous arrêter pour analyser la situation, il est devenu très clair [...] que, quel que soit l'âge, l'obésité et le surpoids étaient des facteurs indépendants qui avaient un lien direct avec l’augmentation des complications et de la mortalité, affirme Mme Barata Cavalcanti.

Les auteurs de l’étude soulignent qu’il n’y a aucun exemple de pays avec un faible taux d’embonpoint et un fort taux de mortalité liée à la COVID-19.

Un homme fait prendre ses mensurations.

Selon la Fédération mondiale de l'obésité, les taux de mortalité par coronavirus sont 10 fois plus élevés dans les pays où au moins 50 % des adultes sont en surpoids.

Photo : iStock

Sur les 2,5 millions de morts de la COVID-19 rapportés à la fin février 2021, 2,2 millions se trouvaient dans des pays où plus de la moitié de la population fait de l’embonpoint.

Une récente étude des Centers for disease control (CDC) aux États-Unis va dans le même sens. Elle révèle que 78 % des Américains qui ont été hospitalisés, qui ont eu besoin d’un ventilateur ou qui sont morts de la COVID-19 avaient un excès de poids.

Le risque d’avoir une forme plus grave de la COVID-19 augmente en même temps que l’indice de masse corporelle, en particulier auprès des gens de 65 ans et plus, conclut l’agence.

Il n’est pas surprenant que les personnes en surpoids souffrent plus du coronavirus, soutient Olivia Barata Cavalcanti, puisqu’elles sont déjà plus vulnérables aux complications des maladies respiratoires.

« On l’a vu avec la H1N1 et on le voit avec la grippe chaque année, les personnes obèses sont plus vulnérables aux complications. »

— Une citation de  Olivia Barata Cavalcanti, Fédération mondiale de l'obésité.

L'obésité est liée à une fonction immunitaire altérée, à une inflammation chronique et à une diminution de la capacité pulmonaire. Cela ne représente pas un bon mélange pour les maladies respiratoires, en particulier la COVID-19, affirme Mme Barata Cavalcanti.

Des pays moins touchés qu’on ne le craignait

De façon surprenante, dans des régions du monde où on s’attendait à voir une hécatombe, cela ne s’est pas matérialisé, du moins pour le moment. Les données évoluent de jour en jour et les tendances pourraient s’inverser, mais il semblerait que certains pays aient évité le pire. Comment l’expliquer?

Des personnes font la queue pour recevoir une aide alimentaire au Nigeria.

La COVID-19 peut non seulement causer des milliers de morts sur le continent africain, mais aussi semer la dévastation économique et sociale, a alerté la docteure Matshidiso Moeti, cheffe de l'Organisation mondiale de la Santé pour l'Afrique.

Photo : Reuters / Afolabi Sotunde

En Afrique, notamment, on avait de grandes craintes par rapport à la capacité des systèmes de santé de prendre en charge des milliers de patients atteints de COVID, souligne Gabriele Sorci.

Pourtant, ça fait plus d’un an que l’épidémie a démarré et on est très loin de cette catastrophe sanitaire majeure que l’on redoutait, remarque le chercheur.

Plusieurs explications ont été avancées. La première étant le manque de données. Attribuer des décès à la COVID-19 ou faire des tests de dépistage, c’est déjà, en soi, une politique, précise Scott Greer, professeur à l’École de santé publique de l’Université du Michigan et coauteur du livre Coronavirus Politics: The Comparative Politics and Policy of COVID-19 (à paraître).

« Nous ne pourrons jamais savoir exactement ce qui s’est passé au Soudan du Sud, par exemple, ni combien de personnes sont mortes de la COVID-19, parce qu’il n’y a pas assez de tests réalisés. »

— Une citation de  Scott Greer, professeur à l’École de santé publique de l’Université du Michigan.

Des chercheurs britanniques ayant étudié le cas de la Zambie soutiennent que les répercussions de la COVID-19 en Afrique ont été sous-estimées, puisqu’on n’y réalise pas assez de tests. L'identification des décès dus à la COVID-19 peut être un défi dans les pays disposant de ressources limitées, affirment-ils.

Selon les chercheurs Ariel Karlinsky, du Kohelet Economic Forum, en Israël, et Dimitry Kobak, de l’Université de Tübingen, en Allemagne, qui ont comptabilisé des données sur la surmortalité dans 84 pays, le nombre de décès causés par la COVID-19 partout dans le monde serait en réalité 1,6 fois plus élevé que ce qui a été enregistré officiellement.

La structure d’âge de la population entre également en jeu pour expliquer la faible mortalité due à la COVID-19 sur le continent africain. L’âge médian en Afrique subsaharienne est de 18,7 ans. Les enfants de moins de 15 ans y représentent 42 % de la population, alors que les 65 ans et plus ne sont que 3 %. 

Certains chercheurs avancent aussi l’idée d’une certaine immunité collective croisée, note Gabriele Sorci.

« Il n’est pas improbable qu’auprès de certaines populations, il puisse y avoir une forme d'immunité conférée par l'exposition à d'autres pathogènes ou d'autres virus qui circulent de façon endémique dans ces pays. »

— Une citation de  Gabriele Sorci, chercheur au CNRS

Ça fait partie des hypothèses possibles pour expliquer pourquoi certains pays qui étaient, a priori, de bons candidats pour être particulièrement touchés, ne l'ont pas été, ajoute-t-il.

COVID-19                     : ce qu'il faut savoir

Le mystère indien

L’Inde représente aussi une certaine énigme, puisque les craintes d’une forte mortalité ne se sont pas avérées non plus. Si elle est le quatrième pays au monde en nombre de morts (près de 160 000), le taux de mortalité est plutôt bas par rapport à sa population (1,37 milliard d’habitants).

Le nombre de cas était en diminution en février, même s’il semble maintenant remonter. Comme en Afrique, plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce paradoxe, note Mira Johri, professeure titulaire à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Le taux d’urbanisation de la société est à prendre en compte, dit-elle, tout comme le degré de connectivité. Les personnes habitant des villages isolés courent bien moins de risque d’être exposées au coronavirus que celles qui habitent des zones mieux desservies.

« On voit un plus grand nombre de cas dans les zones rurales du sud de l'Inde, où la connectivité routière et économique est plus grande que dans le nord. »

— Une citation de  Mira Johri, professeure titulaire à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Y a-t-il un avantage génétique? Comme en Afrique, l’explication a également été avancée. Il y a des gens qui croient au miracle de l’immunité indienne et qui spéculent que l'exposition aux infections connexes a rendu la population indienne plus résiliente au coronavirus, note Mme Johri.

Une mère tient son enfant dans ses bras devant une main tenant un thermomètre.

Un employé de la santé publique indienne prend la température corporelle d'une femme et de son enfant dans une ruelle de Mumbai.

Photo : Reuters / Francis Mascarenhas

Une autre hypothèse concerne la résistance des personnes âgées, qui ne représentent que 6,4 % de la population indienne.

Certains pensent que ces personnes sont vraiment plus robustes ou plus privilégiées socioéconomiquement que la grande majorité de la population, affirme la chercheuse. Les gens qui ont le privilège de survivre jusqu'à cet âge-là seraient différents de manière inhérente dans leur santé, mais aussi dans leur niveau d'accès aux infrastructures et leurs connaissances en matière de prévention, ainsi que leur proactivisme.

L’espérance de vie en Inde est de 71,8 ans.

« Tout cela peut expliquer une partie du mystère, mais malheureusement, il y a trop d'hypothèses et pas assez de faits. »

— Une citation de  Mira Johri, professeure titulaire à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Des leçons pour l’avenir

On le sait, la COVID-19 ne sera pas la dernière pandémie à frapper la planète. Alors, quelles leçons pourrions-nous tirer des événements des derniers mois si nous ne voulons pas les voir se répéter dans quelques années?

Ce qui semble clair, c’est que ceux qui ne s’en sont pas si mal sortis ont tous suivi à peu près la même trajectoire, dit Scott Greer.

« Les pays qui ont bien géré la pandémie sont ceux qui ont suivi un programme de santé publique connu depuis longtemps : tester, dépister, isoler et appuyer. »

— Une citation de  Scott Greer, professeur à l’École de santé publique de l’Université du Michigan

Taïwan, Singapour, le Vietnam, la Thaïlande et la Nouvelle-Zélande sont des exemples de pays où les autorités ont rapidement agi pour empêcher l’entrée du virus sur leur territoire et ont mis en place un traçage intensif en vue de l’éradiquer. Cela implique des fermetures de frontières et des quarantaines très strictes.

Mais ces mesures peuvent avoir un coût politique élevé, reconnaît M. Greer, qui donne l’exemple de la République tchèque, où la première vague s'est bien passée grâce à un confinement très strict, mais qui est ensuite devenu le pire pays au monde en taux de mortalité à cause d’une réouverture précoce.

À l'intérieur d’une même zone géographique, certains s’en sont mieux tirés que d’autres. Les chercheurs se penchent encore sur le poids des variables, mais on sait déjà que des facteurs inhérents aux États comme la proportion de personnes âgées, la prévalence de facteurs de risque (comme l’obésité ou le diabète), l’intensité du tourisme et des voyages internationaux, ainsi que la densité de la population ont joué un rôle.

M. Greer cite notamment l’exemple des pays du sud de l’Europe, très dépendants du tourisme, et pour qui il était très coûteux de fermer les frontières.

Autre exemple : le Royaume-Uni. C’est une île, tout comme la Nouvelle-Zélande, souligne-t-il, mais l’aéroport de Londres est l’un des plus fréquentés du monde. Pour les Britanniques, au tout début de la pandémie, il était inimaginable de suspendre les vols. Une décision qui leur a ensuite coûté très cher.

« Nous savons qu’il y a une trajectoire qui mène au succès, mais elle est très difficile en termes politiques. »

— Une citation de  Scott Greer, professeur à l’École de santé publique de l’Université du Michigan

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