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Des élections qui font de l'ombre à une relance économique au Yukon

En marge des élections, les entrepreneurs du Yukon attendent toujours de savoir quand et comment les mesures sanitaires seront assouplies.

Quelqu'un passe devant un commerce qui affiche ouvert.

Bien que le Yukon ne dénombre aucun cas actif de COVID-19, les restrictions sanitaires n'ont pas été relâchées.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Normalement bondé après la fermeture des bureaux, le populaire bar Dirty Northern compte plutôt de nombreuses chaises vides en cette journée de semaine. « Ce serait normalement rempli en ce moment », explique la gérante, Corrina Lotz, qui s’assure à l’accueil que les clients inscrivent leurs noms et appliquent de l’assainisseur pour les mains.

[La pandémie] a été très très difficile pour tout le monde, je pense. [...] Nous avons perdu beaucoup financièrement. Normalement, nous embauchons une trentaine de personnes. Nous en avons environ 6 à 8 en ce moment.

Une citation de :Corrina Lotz, gérante, Dirty Northern

La restauratrice n’a pas encore vu les candidats, mais elle sait déjà ce qu’elle leur dira : elle attend du gouvernement un plan de réouverture. Nous voulons des réponses plus rapidement que ce que nous obtenons. L'aide financière a été assez bonne, mais nous avons besoin d’un échéancier approximatif pour la reprise pour que nous puissions nous préparer [...] sur le plan du personnel, des publicités, de l'inventaire... 

vue d'ensemble de Dawson et du fleuve ouvert

La petite ville de Dawson vit essentiellement du tourisme, l'été. La pandémie a eu un effet dévastateur sur certains entrepreneurs.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

À 500 kilomètres de là, Jesse Cook, dont l’entreprise Klondike Tours offre des circuits d’autobus, se pose les mêmes questions existentielles que l’an dernier, quand la frontière s’est fermée soudainement aux visiteurs, lançant dans le vide les préparatifs de l'entrepreneur pour la saison touristique.

Je suis vraiment dans une position à [devoir] réinventer la compagnie. Comment le faire? Je ne sais pas, à ce point-ci. Il y a tellement d’incertitude encore... Je ne sais pas quoi faire exactement. J’ai les bus, mais je n’ai pas de passagers! À ce point-ci, je manque de vision [d'avenir].

Une citation de :Jesse Cook, propriétaire, Klondike Tours

Les secteurs du tourisme et de la restauration font partie de ceux qui ont été les plus durement touchés par les restrictions sanitaires imposées pour combattre la pandémie. Depuis le printemps dernier, les entrepreneurs talonnent le gouvernement sur une reprise possible des activités.

Sylvain Belmondo à la caisse avec une cliente.

Sylvain Belmondo affirme qu'il a fait de bonnes affaires, somme toute, au cours de la dernière année, mais qu'il lui a fallu ouvrir son commerce une journée de plus par semaine.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Tous n’ont pas été touchés de la même manière, toutefois. Sylvain Belmondo, propriétaire de l’épicerie fine The Gourmet, croit même avoir profité de la situation en accueillant dans son commerce les Yukonnais qui n’ont pas pu voyager. 

Ce qui a été difficile, ça a été de devoir affronter quelque chose qu’on ne connaissait pas et de devoir prendre des décisions très rapidement, donc moi, la décision que j’ai prise, c’était de rester ouvert et d’augmenter mes jours d'ouverture [...] pour ne pas avoir à demander de fonds au gouvernement.

Une citation de :Sylvain Belmondo, propriétaire, The Gourmet

Un choix qu'il admet plus facile du fait qu'il n'embauche pas d'employés et que les restrictions lui ont permis de demeurer ouvert.

Un avenir encore incertain

Bien que la campagne de vaccination aille bon train et qu'il n'y a actuellement aucun cas de COVID-19 au territoire, les dates d’un possible relâchement des mesures, voire d’une réouverture de la frontière ne sont pas connues.

Ce qui est connu, c’est plutôt que la campagne électorale prendra fin le 12 avril prochain. En cette première semaine de campagne, la question de l’économie n’a pas retenu l’attention des partis politiques. 

Si l’aide économique a su garder à flot les commerçants qui en avaient besoin, l’avenir n’est pas pour autant plus ensoleillé au-delà de la fin de cette aide, soit le mois de septembre prochain.

Un homme tient un gobelet au bout d'une canne à pêche.

Un homme a trouvé un moyen original de recueillir des dons sur la rue Main, à Whitehorse.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Le gouvernement sortant a présenté son budget territorial la semaine précédant le déclenchement des élections, et un plan de résilience économique (Nouvelle fenêtre) l’avant-veille. Ce plan, qualifié de stratégique, présente de grandes directions, mais très peu de détails concrets.

Le nouveau président de la Chambre de commerce du Yukon, Patrick Rouble, un ancien ministre, était sur le coup surpris par ce plan.

Nous sommes toujours dans une urgence à court terme qui doit être examinée. Nous reconnaissons qu’il y a de nombreuses idées à long terme pour l'économie du Yukon, mais en ce moment, répondre à la pandémie est l’enjeu principal des entrepreneurs.

Une citation de :Patrick Rouble, président, Chambre de commerce du Yukon

Il faut d’abord, selon lui, permettre aux entrepreneurs de planifier les prochains mois : L’incertitude est un de ces mots que les entrepreneurs détestent entendre.

La pandémie : une occasion favorable?

Certains croient toutefois que la conjoncture pourrait permettre un repositionnement. En tourisme, notamment, Jesse Cook voit une grande possibilité, voire une nécessité : Nous ne retournerons pas à la vieille façon de faire. C’est fini.

Je crois sincèrement que le Yukon a l’opportunité unique de devenir un leader national en tourisme durable. [...] On ne peut pas simplement se lancer dans une relance économique sans prendre en considération la durabilité de nos décisions en tant qu'industrie, lance l'entrepreneur, qui souhaite voir chez les politiciens une vision qui réinventera son secteur.

Affiche devant un paysage de montagnes.

Certains villages, comme celui de Carcross, ont demandé l'été dernier aux visiteurs de s'abstenir.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Sylvain Belmondo souhaite aussi voir des actions politiques qui permettront de réformer les règles provinciales et fédérales freinant la libre circulation des produits alimentaires.

Moi, ce que j’attends d’un gouvernement, plutôt qu’on me donne des subventions pour survivre pendant la pandémie, c’est qu’on puisse avoir enfin un traité qui soit signé entre provinces pour pouvoir faire du business entre provinces.

Sylvain Belmondo avec un masque dans son commerce.

«Un bon politicien, c’est un politicien qui ose dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre», dit Sylvain Belmondo.

Photo : Radio-Canada / Claudiane Samson

Patrick Rouble souligne que l’économie de demain ne sera pas la même que celle qu’a connue jusqu’ici le territoire, et qu'il faudra s’y adapter.

[Avec les rencontres virtuelles], la demande pour les congrès en personne risque d’être moins importante dans le futur. Ça pourrait avoir un impact significatif sur le transport aérien, les hôtels ou les restaurants. Les modèles d'affaires devront se faire différents pour réussir.

Consultez tous nos contenus sur les élections 2021 au Yukon.

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