•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Portrait des deux jeunes femmes.

Amamatou Nkap et Ladifetou Ntum ont dû reporter leur arrivée à Calgary de dix mois en raison de la pandémie.

Photo : Radio-Canada / Émilie Javeri

Émilie Javeri

La pandémie et les restrictions de voyage retardent l’arrivée de nombreux immigrants francophones au pays. Cette attente à durée indéterminée est un défi pour eux, mais aussi pour les organismes qui les accompagnent.

Amin Fasla espérait s’installer à Calgary l’été dernier. C’était sans compter la COVID-19. L’examen de sa demande de résidence permanente est terminé, mais depuis, son dossier est en attente.

Amin Fasla a décidé de profiter de ce temps perdu. Malgré le décalage horaire, il suit une formation à l'Université de Calgary. Il s’est fait de nombreux contacts et a même repéré les quartiers où il aimerait habiter.

Ce citoyen algérien dit avoir le sentiment de faire déjà partie de la communauté franco-albertaine, de façon virtuelle. Malgré cela, il avoue qu’il est inquiet.

Je n’ai pas été inquiet sur-le-champ, raconte-t-il. Mais le temps passant, évidemment l’inquiétude est apparue parce qu'aucune date possible de voyage pour les nouveaux arrivants n'a été indiquée. Donc, [c’est devenu] très inquiétant.

Il y a des moments de panique, de crainte. Tellement de choses reposent sur le projet d’immigration, tellement d'investissements ont été faits.

Une citation de :Amin Fasla, candidat à l'immigration canadienne

Dans un courriel envoyé à Radio-Canada, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) explique que les personnes qui ont reçu leur confirmation de résidence permanente le 18 mars 2020 ou avant cette date sont autorisées à se rendre au Canada.

Quelle que soit la date de leur confirmation, les personnes qui vivent aux États-Unis et celles qui sont parrainées par un membre de leur famille immédiate, qu’il soit citoyen canadien ou résident permanent, peuvent également venir.

Pour les autres, cependant, il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre. Étant donné le grand nombre de facteurs différents qui entrent en ligne de compte, nous sommes incapables de fournir des échéanciers précis pour le moment, ajoute IRCC.

Juste avant le grand départ

L'an dernier, Amamatou Nkap et Ladifetou Ntum faisaient partie des personnes autorisées à venir au Canada. Toutefois, tout ne s’est pas passé comme prévu pour ces deux sœurs originaires du Cameroun.

En février 2020, résidence permanente en poche, elles ont quitté leur emploi, leur logement, acheté leurs billets d’avion et réservé un logement Airbnb à Calgary. Elles avaient prévu de partir pour le Canada le 18 avril.

Nous avions tout préparé comme il faut, dit Amamatou Nkap.

Tout était parfait jusqu'à ce que la pandémie arrive et que l’on ferme les frontières. C’est là où le parfait s’est transformé en imparfait.

Une citation de :Amamatou Nkap, résidente permanente

Les deux sœurs ont été obligées de retourner vivre chez leur mère, de recommencer de nombreuses démarches administratives et, surtout, de puiser dans leurs économies.

On se posait la question : était-ce une bonne idée de venir au Canada en cette période où on sait que c’est difficile d’avoir un emploi, raconte Ladifetou Ntum. Fallait-il faire demi-tour ou avancer? Bon, à la fin, on s'est dit qu’on était déjà engagé. [On s'est dit :] venons essayer.

Elles sont finalement arrivées au Canada au début de l’année, dix mois après la date prévue.

La Cité des Rocheuses de Calgary.

La Cité des Rocheuses, à Calgary, commence à accompagner les immigrants avant même qu'ils soient au Canada. C'est le programme pré-départ financé par Immigration Canada.

Photo : Gracieuseté La Cité des Rocheuses

Lorsqu'elles étaient encore au Cameroun, Amamatou Nkap et Ladifetou Ntum ont été accompagnées par Carole Bédard, conseillère pré-départ à la Cité des Rocheuses, à Calgary.

Carole Bédard aide les futurs résidents permanents francophones qui ont pour projet de s'installer en Alberta.

Être plus que jamais à l’écoute

J’ai beaucoup de clients qui étaient sur le départ, qui avaient déscolarisé les enfants, d’autres qui avaient déjà acheté une maison au Canada, certains qui ont leurs vêtements et leurs meubles dans des conteneurs depuis plusieurs mois, explique la conseillère.

Habituellement, elle accompagne les immigrants durant deux ou trois mois avant qu’ils arrivent au Canada. En raison de la pandémie, cela fait parfois un an qu’elle suit certaines personnes qui attendent toujours de pouvoir immigrer.

Notre rôle a été d’être beaucoup plus dans l’écoute parce que cette situation a amené beaucoup de stress et de frustration, dit-elle.

Pour certains [immigrants], ça fait un an qu'ils patientent et il n’y a pas de date d'arrivée pour eux.

Une citation de :Carole Bédard, conseillère pré-départ à la Cité des Rocheuses

Dorra Gdoura dirige Connexions Francophones, le portail qui coordonne les services pré-départ dans toutes les provinces hors Québec. Elle aussi a constaté que le soutien moral s'est ajouté à l’accompagnement socioprofessionnel des immigrants.

C’était un aspect qui ne faisait pas partie directement de notre mandat, mais gérer la frustration de nos clients, car c’est comme ça qu’ils se sentent, c’est devenu une partie intégrante de notre service : les [faire] patienter, les écouter. Ça a beaucoup apaisé leurs frustrations, assure-t-elle.

À quand le retour à la normale?

En 2020, en raison de la pandémie, l’immigration francophone hors Québec a connu un fort ralentissement. Selon des données d'IRCC, le nombre de nouveaux résidents permanents francophones a chuté dans presque toutes les provinces.

Dans les provinces de l'Ouest, la baisse a été de 30 %. À l'échelle du pays, elle a atteint 32 %.

Dorra Gdoura est convaincue que, dès que les restrictions de voyage seront levées, les immigrants afflueront de nouveau.

Je n’ai pas eu de clients qui m’ont dit qu’ils allaient abandonner, confirme Carole Bédard. Je pense que, quand on décide d’émigrer dans un nouveau pays comme le Canada, c’est vraiment quelque chose dont on rêve depuis plusieurs années, qu’on a mûrement réfléchi.

Amin Fasla ne remet pas son projet en question, mais il avoue que, plus le temps passe, plus c’est difficile.

Ma crainte principale, c’est que les autorités décident de reporter les restrictions de voyage à très tard en 2021 et que l’intégration soit hâtée, plus compliquée et puis que nous ne puissions rien prévoir [d’ici là]. Ça fait pratiquement deux ans que [mon processus d’immigration] est en cours et le fait de retarder à chaque fois complique les choses, dit-il.

Nous reconnaissons l’impact important qu’ont eu la COVID-19 et les restrictions de voyage sur les personnes qui comptent commencer une nouvelle vie au Canada.

Une citation de :Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada

Dans son courriel, IRCC précise également que certaines personnes autorisées à immigrer ont pris la décision de ne pas le faire tout de suite.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !