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La vente de bière en dépanneurs, pour bientôt en Ontario?

La promesse de Doug Ford pourrait se concrétiser avec le dépôt du budget 2021

Un homme à côté d'une pile de caisses de bière

Depuis son élection en 2018, Doug Ford répète qu'il veut donner plus de choix au consommateur. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / COLE BURSTON

Imaginez un instant faire le plein d'essence, ramasser un sac de croustilles puis, dans une pièce réfrigérée à l'arrière, prendre quelques bières avant de quitter le dépanneur. La scène peut sembler utopique pour les Ontariens. Or, elle pourrait devenir réalité.

C'est du moins l'engagement qu'avait pris Doug Ford lors de la campagne électorale qui l'a conduit au pouvoir en 2018. Trois ans plus tard, la promesse ne s'est toujours pas concrétisée, mais les signes avant-coureurs se multiplient.

Le premier ministre Ford l'a répété dernièrement : il a toujours l'intention de tenir parole et d'autoriser la vente de bière dans les dépanneurs. Notre objectif ultime, depuis que j'ai été élu, c'est d'avoir plus de commodité et de choix pour les gens. S'ils veulent aller chercher un emballage de six canettes quelque part, ce serait formidable, rappelait M. Ford à la mi-février.

Si sa promesse est tombée dans l'oubli avec la pandémie, l'industrie, elle, y tient toujours. À l'approche du dépôt du budget provincial, les propriétaires de dépanneurs espèrent qu'ils obtiendront le feu vert tant attendu.

Ils sont certainement jaloux des restaurateurs qui ont récemment obtenu le droit de vendre de l'alcool avec des commandes pour emporter. C'était un programme qui était une bonne idée, et on veut avoir la même idée pour notre secteur, souligne la présidente du Conseil canadien de l'industrie des dépanneurs (CCID), Anne Kothawala.

Ils l'ont déjà fait pour les restaurants, ils l'ont fait pour les épiceries, ils l'ont fait un peu pour tout le monde. Et c'est notre industrie qui dit : "Ok, c'est à notre tour maintenant".

Une citation de :Anne Kothawala, présidente, Conseil canadien de l'industrie des dépanneurs

En coulisses, l'industrie continue de s'activer afin de convaincre le gouvernement Ford que le moment est opportun pour multiplier les points de vente. Le CCID a d'ailleurs renouvelé son inscription au registre des lobbyistes de l'Ontario le 10 mars dernier. L’organisation liste l’expansion des ventes de bière et de vin parmi ses objectifs sur son profil. L'organisme cible aussi 18 ministres et ministres associés auprès de qui il compte faire du lobbying. 

Anne Kothawala du Conseil canadien de l'industrie des dépanneurs.

Anne Kothawala dirige le Conseil canadien de l'industrie des dépanneurs. Elle espère que le budget que déposera le gouvernement Ford le 24 mars contiendra de bonnes nouvelles pour son secteur.

Photo : Radio-Canada

Anne Kothawala entend scruter le budget provincial qui sera déposé mercredi. Elle espère y obtenir un signal de la part du gouvernement qu'il n'a pas abandonné son engagement. L'arrivée de l'alcool sur les tablettes dans les dépanneurs donnerait un coup de pouce au secteur, qui a aussi souffert du confinement et de la popularité du télétravail. Même si les dépanneurs ont pu poursuivre leurs activités dans les derniers mois, ils ont dû composer avec des ventes d'essence à la baisse.

Les ventes de [produits alcoolisés] sont en mesure de solidifier la viabilité de ces magasins, explique pour sa part le vice-président aux opérations chez Alimentation Couche-Tard, Stéphane Trudel. 

Les petits dépanneurs ferment à un rythme deux fois plus élevé en Ontario qu'au Québec, et une des raisons qu'on voit, c'est que justement, on a un produit en moins, un produit important et un produit qui attire des gens chez nous.

Une citation de :Stéphane Trudel, vice-président principal aux opérations, Alimentation Couche-Tard

Les dépanneurs s'accrochent sans démordre à la promesse de Doug Ford parce qu'ils cherchent des alternatives pour compenser le déclin de la consommation d'essence et des produits du tabac. On veut que nos commerces continuent d'être pertinents, dit Stéphane Trudel.

Le premier ministre Doug Ford, vêtu d'un blouson marine, avec un petit verre de bière à la main, des hommes souriants sont autour de lui et il se tient devant un comptoir de service de bière.

Doug Ford, lors du festival de bière artisanale de Muskoka, en 2019.

Photo : La Presse canadienne / Cole Burston

L'affaire semblait pourtant scellée en 2019, lorsque le gouvernement annonçait en grande pompe la libéralisation de la vente de bière dans la province. Le gouvernement avait même adopté la Loi de 2019 visant à offrir à la population plus de choix et un accès équitable en matière de vente au détail de boissons alcooliques. Si le cadre légal est maintenant en place pour l'arrivée de la bière sur les tablettes de dépanneurs, la loi n'est toujours pas entrée en vigueur. Le gouvernement se heurte à des difficultés d'exécution. 

Une impasse nommée Beer Store

Si toutes les dispositions légales sont déjà en place pour offrir la bière dans les dépanneurs, résilier le contrat d'exclusivité qui lie la province avec The Beer Store pourrait coûter une petite fortune.  

Mettre fin prématurément au contrat se traduirait par des pénalités de l'ordre de 100 millions de dollars, selon des sources dans l'industrie. Les libéraux de Kathleen Wynne et les brasseurs propriétaires des succursales Beer Store, soit les géants Labatt, Molson et Sleeman, ont paraphé un contrat qui n'arrivera pas à échéance avant 2025.

En vertu de cette entente, The Beer Store est admissible à des indemnités si le gouvernement ouvre plus de 450 nouveaux points de vente dans la province. Or, il y a quelque 11 000 dépanneurs en Ontario. Pas étonnant alors que le conseil des ministres ait jusqu'ici laissé la loi en veilleuse plutôt que de tenir promesse. 

Un homme prend une caisse de bière dans le réfrigérateur d'un dépanneur.

Ce n'est pas dans toutes les provinces que l'on peut acheter de la bière dans un dépanneur.

Photo : Associated Press / Jeannie Nuss

Mais les propriétaires de dépanneurs sont résilients et sont prêts à faire des compromis. Peut-être même laisser tomber la bière et commencer par d'autres produits alcoolisés. Je pense qu'ils sont vraiment prêts à trouver une solution, et peut-être c'est d'avoir un programme pilote qui n'est pas exactement avec la bière. Peut-être c'est en premier le vin et peut-être d'autres produits alcoolisés comme les coolers, lance Anne Kothawala.

Si c'est ça la grande barrière, l'obstacle, il faut être créatif, et voir qu'est-ce qu'on peut faire en attendant.

Une citation de :Anne Kothawala, présidente, Conseil canadien de l'industrie des dépanneurs

L'approche 7-ELEVEN

La chaîne de dépanneurs 7-ELEVEN a opté pour une toute autre approche. Elle a déjà déposé une demande de permis auprès du régulateur ontarien dans l'espoir de vendre de l'alcool dans certains de ses points de vente. La différence, c'est que l'alcool vendu devra obligatoirement être consommé sur place. Si la demande est acceptée, ses dépanneurs deviendront en quelque sorte des restaurants.  

Une enseigne en gros plan de la chaîne 7-Eleven qui donne sur un stationnement et qui mène vers un dépanneur.

La requête pour permis de vente d'alcool concerne 61 des magasins 7-Eleven dans la province, dont 14 situés à Toronto.

Photo : The Associated Press / Paul Sakuma

La requête présentée à la Commission des alcools et des jeux de l'Ontario concerne 61 des magasins 7-Eleven dans la province, dont 14 situés à Toronto.

7-Eleven ne s'en cache pas : cette demande de permis s'inscrit en prévision d'éventuels changements avec la vente d'alcool en Ontario. Le géant américain fait d'ailleurs pression sur le gouvernement Ford depuis juillet 2020, date à partir de laquelle un lobbyiste s'est inscrit au registre, avec l'objectif de plaider, au nom de 7-Eleven Canada, pour autoriser la vente au détail de bière et de vin dans les dépanneurs en Ontario.

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