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Les restrictions sanitaires ont permis de réduire les déplacements des Canadiens

Une touriste se promène sur un trottoir vide du Vieux-Québec.

Une touriste se promène sur un trottoir vide du Vieux-Québec.

Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy

Cet automne, en essayant d'expliquer le nombre élevé de cas au Québec, le ministre de la Santé Christian Dubé déclarait que le « côté latin » des Québécois justifiait le fait qu'ils adhèrent moins aux mesures sanitaires que les Canadiens anglophones. Mais ce n’est pas la réalité, montre une analyse de CBC.

Les données sur la mobilité montrent qu’en fait, les Québécois ont réduit leurs déplacements tout autant que le reste des Canadiens.

CBC a analysé les données de Google de la dernière année concernant la mobilité pour voir l’impact des mesures sanitaires sur le comportement des Canadiens. Dans la majorité des provinces, les déplacements diminuaient significativement aussitôt que des restrictions étaient ajoutées. Le Québec n’a pas fait exception.

Au moment où le Canada fait face à une potentielle troisième vague et que le beau temps pousse les gens à sortir davantage, ces données confirment que les restrictions sont efficaces pour encourager les gens à rester à la maison et ainsi éviter de propager le virus.

Le graphique ci-dessous compare l'évolution de la mobilité des Canadiens à la sévérité des mesures en place. L’indice de sévérité a été formulé par le Centre d'excellence sur la Fédération canadienne, une unité de l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), un groupe de recherche montréalais financé par le gouvernement fédéral. 

Dans le graphique, plus la courbe rouge est élevée, plus les mesures en place étaient sévères à ce moment. On voit que pour la majorité des provinces, plus les règles étaient strictes, moins les gens se déplaçaient. 

Blâmer le côté latin des Québécois pour le nombre élevé de cas était une excuse facile, dit Charles Breton, directeur exécutif d’IRPP. Les Québécois ont respecté les règles. Cet été, ils sont peut-être sortis pour prendre un verre avec des amis, mais à l’automne, les gens se sont conformés aux règlements, dit-il, en rappelant que le Québec est la seule province qui a instauré un couvre-feu.

Les gens ne se sont pas trop plaints. À la fin, les gens ont arrêté d’en parler.

Les exceptions : la Saskatchewan et l’Atlantique

Les données sur la mobilité ne permettent pas de déterminer si un déplacement était essentiel (ex. : épicerie, travail ou rendez-vous médical) ou si l'utilisateur sortait pour aller à un souper d’amis, mais les tendances montrent clairement que les Canadiens ont réduit significativement leurs déplacements depuis la dernière année.

Par contre, il semblerait que les habitants de l’Atlantique n'aient pas réduit leurs déplacements autant que la majorité des Canadiens. Cela s’explique en partie par le phénomène de la bulle atlantique. Les provinces de l'est du pays ont réussi à garder le nombre d’infections très bas, ce qui a permis un certain relâchement des mesures.

C’est le scénario idéal, dit Jean-Paul Soucy, étudiant au doctorat en épidémiologie à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto, qui étudie l’impact de la mobilité sur le rythme d’infections.

On observe par ailleurs que la mobilité dans les provinces atlantiques (en gris) a rebondi beaucoup plus rapidement que dans les provinces où les restrictions plus sévères ont été maintenues en place.

La Saskatchewan est l’autre exception au pays; si la mobilité y a beaucoup diminué au début de la pandémie, les gens de cette province ont rapidement repris leurs habitudes de déplacement.

Cette province a misé sur des règles relativement laxistes, faisant confiance au public pour suivre les recommandations, sans coercition. Par exemple, les salles de réception et les gymnases sont restés ouverts pendant la pandémie.

Puis, à la mi-janvier, cette province s’est retrouvée avec le plus de cas de COVID-19 par habitant. En ce moment, la Saskatchewan a plus de cas pour 100 000 habitants que l’Ontario et le Québec. 

Selon Nazeem Muhajarine, épidémiologiste de l'Université de la Saskatchewan, cela démontre que cette stratégie de laissez-faire ne fonctionne pas pour réduire la propagation du virus. Moins il y a de restrictions, plus les gens se déplacent et plus le nombre de cas augmente, explique-t-il.

Il a par ailleurs sondé les Saskatchewanais (Nouvelle fenêtre) mensuellement et un tiers des répondants ont systématiquement indiqué qu’ils avaient des comportements risqués (non-respect de la distance sociale, du port du masque et du lavage des mains.)

Un autre sondage (Nouvelle fenêtre) a également montré que les Britanno-Colombiens sont parmi ceux qui disent respecter le moins les règles sanitaires. D’autres études estiment qu’un cinquième des Canadiens ne respectent pas les directives de santé publique.

Nous avons observé à maintes reprises que la majorité des Canadiens respecte les règles, mais il y a toujours une minorité qui ne les respecte pas. Et c’est à cause de ces gens qu'il faut imposer les règles.

Une citation de :Nazeem Muhajarine, épidémiologiste, Université de la Saskatchewan

À quel point faut-il réduire la mobilité pour réduire les cas?

La corrélation entre la mobilité et les cas de COVID-19 est difficile à cerner. En apparence, il peut sembler que le nombre de nouveaux cas augmente lorsque la mobilité diminue, mais c'est plutôt l'inverse.

Lorsqu'une augmentation des cas est rapportée par les médias et le gouvernement, la mobilité a alors tendance à diminuer. Les gens, inquiets d'être infectés, restent davantage à la maison. De plus, lorsque le nombre de cas augmente, les gouvernements imposent davantage de restrictions, réduisant ainsi les déplacements.

De récentes études, qui doivent tout de même être révisées par des pairs, confirment ce constat.

Kevin Brown et Jean-Paul Soucy, chercheurs en maladies infectieuses à l’école de santé publique Dalla Lana, ont développé un modèle (Nouvelle fenêtre) qui prédit de combien la mobilité doit baisser pour que les cas commencent à diminuer. Ce seuil varie selon la saison, puisque le SRAS-CoV-2 serait lui aussi sujet à l’influence des saisons.

Lorsque les gens se déplacent à l’extérieur de leur maison, nous présumons qu’il y a plus de chances que le virus se transmette, explique M. Soucy.

En moyenne, ils estiment que les gens doivent réduire leurs déplacements de moitié afin de freiner la croissance de nouvelles infections.

Yigit Aydede, professeur d'analyse de données à l’Université St. Mary's à Halifax, a étudié la mobilité (Nouvelle fenêtre) en temps de pandémie dans trois métropoles : Montréal, Toronto et New York. Selon son analyse, le nombre de déplacements doit diminuer pendant au moins neuf jours avant de voir une réduction dans le nombre de nouveaux cas.

Quelles mesures réduisent les déplacements?

Le 26 octobre, l'Alberta a réduit la taille des rassemblements à 15 personnes, avant de les interdire complètement le 8 décembre. La province a également fermé les salles à manger des restaurants et les salles de spectacles et de théâtre. 

Ces actions ont contribué à la plus importante diminution des déplacements dans la province depuis le début de la pandémie. La mobilité des Albertains a diminué de 60 % pendant le temps des Fêtes. 

Ces mesures ont vraiment fait passer le message que la situation était très sérieuse, dit Craig Jenne, professeur agrégé au Département de microbiologie, d’immunologie et de maladies infectieuses de l’Université de Calgary. 

En imposant toutes ces restrictions d’un coup, il y a eu un effet de choc et les gens ont écouté.

Une citation de :Craig Jenne, Université de Calgary

Même constat au Manitoba. Alors que les cas augmentaient dans cette province de façon exponentielle en novembre, le gouvernement manitobain a déclaré l’état d’urgence et a imposé une série de restrictions sanitaires. C’est à ce moment que l’on a pu observer la plus grande réduction dans le nombre de déplacements. 

Le graphique ci-dessous compare la mobilité de sept provinces avec cinq types de mesures sanitaires (règles concernant les rassemblements, ouverture des commerces, etc.). La courbe en noir permet de voir l’évolution de la mobilité dans ces provinces, tandis que les barres de couleur montrent la sévérité des mesures imposées, telle que définie par l’index de l’IRPP. Plus la barre est foncée, plus les mesures étaient restrictives pour cette période. 

GraphiquesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L’Île-du-Prince-Édouard et les territoires ne sont pas inclus dans cette analyse parce que les données sur la mobilité n’étaient pas suffisantes pour en tirer des conclusions.

Photo : CBC

Si ces graphiques montrent clairement que l’ajout de restrictions a encouragé les gens à réduire leurs déplacements, ils ne montrent pas clairement quelles mesures ont eu le plus d’impact. Rappelons que chaque province a imposé des règles différentes, ce qui rend la comparaison plus difficile. 

Par exemple, l’Alberta n’a pas fermé les commerces non essentiels, mais a réduit la capacité de ces entreprises à 15 %. Pour sa part, l’Ontario a fermé les commerces non essentiels en février, ce qui a contribué à garder le nombre de déplacements très bas.

Au Québec, la mobilité a diminué de façon considérable en octobre, lorsque la province a de nouveau relevé son niveau d’alerte et imposé de nouvelles restrictions et fermetures.

L’Ontario ayant récemment déclaré qu’une troisième vague est en cours, les autres provinces sont sur le qui-vive. La multiplication des cas liés à des variants, combinée à l’effet de fatigue de la pandémie, risque de causer une nouvelle flambée au cours des prochaines semaines.

Alors que de nouveaux variants menacent de plonger le Canada dans une troisième vague, les provinces doivent faire face non seulement à l’imprévisibilité du virus, mais aussi à la fatigue de la population quant aux règles.

Si les gens commencent à ne plus respecter les règles, les sacrifices des derniers mois pourraient être complètement renversés, dit Craig Jenne. Il faut trouver un équilibre entre préserver notre santé mentale et freiner la propagation du virus.

Méthodologie

CBC a isolé les données sur la mobilité des provinces canadiennes à partir des rapports sur la mobilité communautaire de Google (Nouvelle fenêtre). Ces données proviennent de téléphones mobiles qui ont un compte Google et dont la géolocalisation est activée. Ces données sont les mêmes qui sont utilisées par Google pour calculer l’achalandage dans un commerce (Nouvelle fenêtre)

Les données montrent l'évolution des déplacements dans certains types d'entreprises par rapport à la moyenne pré-pandémie en janvier et février 2020. Elles montrent également l'évolution du temps passé à la maison par rapport à la moyenne. Pour calculer la mobilité à l'extérieur du domicile, nous avons inversé les chiffres des données résidentielles avec la formule suivante, adaptée de Brown, Kevin et al (Nouvelle fenêtre).

Les courbes de mobilité ont été lissées pour éliminer les pics du week-end en utilisant la décomposition des tendances saisonnières avec LOESS (STL).

L'index de sévérité (Nouvelle fenêtre) des mesures provinciales a été fourni par Charles Breton, directeur général de l'IRPP.

D'après un reportage de Roberto Rocha, de CBC News.

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