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Des Algériens bloqués au Canada depuis que leur pays a fermé ses frontières

Un couple pose devant une structure de jeux pour enfants.

Hafid Belhabib et Rachida Younsi sont bloqués à North Vancouver depuis un an.

Photo : Radio-Canada / Benoît Ferradini

Il y a tout juste un an, le 17 mars 2020, l'Algérie fermait ses frontières, au tout début de la pandémie de COVID-19. Depuis, beaucoup d'Algériens à l'extérieur du pays tentent de rentrer chez eux, sans succès.

Bloqués depuis 12 mois

Après 15 heures de vol depuis l'Algérie, Hafid Belhabib et Rachida Younsi ont atterri à Vancouver le 16 mars 2020 pour venir y voir leur fille, Dyhia.

C'était leur cinquième voyage à Vancouver. Un séjour qu'ils attendaient depuis longtemps. Leurs billets d'avion leur avaient coûté deux ans d'économies. À peine 24 heures après leur arrivée, l'Algérie fermait ses frontières.

J'ai dit, ça va aller mal, on va galérer. Je savais qu'on allait galérer.

Une citation de :Hafid Belhabib, citoyen algérien

Leur séjour chez leur fille, à North Vancouver, devait durer un peu plus de 4 mois et leur voyage de retour avec la compagnie Air France était prévu pour le mois d'août 2020.

Mais un an plus tard, les époux Belhabib sont toujours à North Vancouver et ils doivent vivre avec la famille de leur fille, à 6 dans un appartement de deux pièces.

Une mère et ses deux enfants jouent à la balançoire.

La famille de Dyhia Belhabib doit s'occuper des grands-parents, bloqués au Canada depuis un an, en attente d'un rapatriement en Algérie.

Photo : Radio-Canada / Benoît Ferradini

Je me suis privé de tout, explique Hafid Belhabib. C'est comme si j'étais en prison, même si je suis gâté par ma fille. Je ne manque de rien, je mange comme tout le monde, mais des fois, j'hésite à ouvrir le frigo pour prendre un dessert. Parce que quand même, c'est une charge pour elle.

En revanche, la fille de Hafid Belhabib relativise. Sincèrement, à la maison c'est un peu occupé puisque c'est un appartement avec deux pièces. Ce n'est pas l'idéal, mais comme on dit chez nous, l'étroitesse est dans les cœurs, dit-elle.

Plus de ressources financières

Les économies des Belhabib se sont rapidement épuisées. Ils n'ont maintenant plus de ressources, plus d'assurance maladie et ne peuvent pas toucher leur retraite, bloquée sur leur compte en banque algérien. Hafid Belhabib était conducteur de locomotive, sa femme Rachida Younsi, professeure de sciences naturelles.

Deux grands-parents jouent avec leur petite fille.

L'un des points positifs de leur séjour forcé au Canada est que les grands-parents Belhabib ont pu voir grandir leurs deux petits-enfants.

Photo : Radio-Canada / Benoît Ferradini

C'est un cauchemar. C'est un parcours du combattant, on est fatigués et on s'accroche difficilement là.

Une citation de :Hafid Belhabib, citoyen algérien

Certains Algériens ont tout de même pu rentrer chez eux depuis le début de la pandémie. Mais Dyhia Belhabib explique qu'elle ne fait pas confiance à Air Algérie parce qu'ils ont littéralement annoncé des vols de rapatriement pour le lendemain qui ont été annulés le jour même et les gens se retrouvent sans ressources financières, à se demander "qu'est-ce qu'on fait maintenant ?"

Une femme pose devant une structure de jeux pour enfants.

Dyhia Belhabib vit avec ses parents depuis un an dans son appartement de North Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Benoît Ferradini

Les vols de rapatriement d'Air Algérie décollent de Montréal, ce qui pose un problème aux époux Belhabib, qui n'ont pas les ressources financières pour rester à l'hôtel si leur vol devait être annulé. Depuis un an, malgré de nombreux appels, ils n'ont de toute manière pas réussi à obtenir une place dans un de ces vols.

Et quant à leur billet de retour d'Air France qui est encore valable, Air France a fait le rapatriement de ses citoyens français et les autres n'existent pas, estime Hafid Belhabib, avant de poursuivre : en Algérie, les responsables sont irresponsables. Ils ne savent pas ce qu'ils font. Je savais qu'on allait rester ici le plus longtemps possible.

Un statut de visiteur temporaire

En attendant de repartir en Algérie, Hafid Belhabib aimerait pouvoir travailler pour subvenir à ses besoins au Canada. Mais son statut actuel ne le lui permet pas.

Techniquement ce sont des visiteurs temporaires, explique Dyhia Belhabib.Ils n'ont pas le droit de travailler, ce qui les dérange énormément. On a essayé de les parrainer, mais il faut soumettre un formulaire et il y a une loterie. Ça n'a pas marché.

Cela ne concerne pas seulement mes parents. Il y a beaucoup de maghrébins qui sont coincés à Montréal.

Une citation de :Dyhia Belhabib, résidente de North Vancouver

Dyhia Belhabib ajoute : Ça serait vraiment bien si le gouvernement canadien commençait à considérer des exceptions pour leur permettre de travailler, parce qu'il y a beaucoup de personnes qui sont coincées et qui ne peuvent pas repartir.

Radio-Canada a contacté le consulat d'Algérie à Montréal pour connaître les projets de rapatriement des Algériens bloqués au Canada, mais nous n'avons pas obtenu de réponse.

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