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Analyse

Déficits pandémiques, l’épine dans le pied de Doug Ford

Doug Ford marchant seul au milieu d'une salle de vaccination de masse.

Le gouvernement Ford cherche le juste équilibre entre ses dépenses liées à la pandémie et son engagement à sortir l'Ontario du rouge.

Photo : The Canadian Press / Nathan Denette

Le gouvernement de Doug Ford se voit encore obligé de délier les cordons de la bourse pour faire face à la pandémie de COVID-19, malgré sa promesse électorale d’assainir les finances publiques.

Tout porte à croire que la dette provinciale, qui frôlait déjà les 400 milliards de dollars, se creusera encore davantage au dépôt du prochain budget provincial mercredi. Le ministre des Finances, Peter Bethlenfalvy, affirmait la semaine dernière qu’il ne contiendra pas de hausse d’impôt, ni de compressions dans les services publics.

Des experts affirment toutefois que le gouvernement doit présenter un plan pour le retour à l’équilibre budgétaire, un élément absent dans le dernier budget présenté en novembre.

Steve Lafleur, de l’Institut Fraser, souligne que la dette de l’Ontario a pratiquement doublé depuis la crise financière de 2008 et qu’elle a augmenté cinq fois plus rapidement que celle du Québec au cours de la même période.

C’est un problème parce que le gouvernement Ford n’a toujours pas de plan pour équilibrer son budget.

Une citation de :Steve Lafleur, analyste en politiques publiques de l'Institut Fraser

Daniel Safayeni, de la Chambre de commerce de l’Ontario, abonde dans le même sens. Selon lui, il est absolument important d’avoir un plan pour sortir la province du rouge, même si l’incertitude économique complique les prévisions du gouvernement.

Daniel Safayeni de la Chambre de commerce de l'Ontario.

Daniel Safayeni, vice-président responsable des politiques à la Chambre de commerce de l'Ontario

Photo : Chambre de commerce de l'Ontario

Il encourage la province à profiter des faibles taux d’intérêt afin d’emprunter à moindre coût et d’investir dans les secteurs qui favoriseront un rebond de l’emploi et de l’économie. Ça ne signifie pas pour autant d'envoyer des chèques en blanc, affirme M. Safayeni.

Une dette préoccupante

Selon le plus récent budget, la dette nette de l’Ontario s’élève à 398 milliards de dollars pour l’exercice 2020-2021. Ce chiffre représente près de la moitié (47%) du produit intérieur brut de la province, cette année.

À titre de comparaison, la dette ontarienne représentait environ le quart (26,6%) du PIB, juste avant la crise financière de 2008, souligne l’analyste Steve Lafleur. Ce n’était pas la province la moins endettée, mais elle s’en sortait beaucoup mieux que sa province voisine, le Québec, qui avait un ratio dette-PIB de 40,6%, dit-il.

Le dernier surplus budgétaire de l'Ontario remonte à l'exercice financier de 2007-2008. Depuis, la province cumule des déficits et, par conséquent, sa dette s'est creusée de plus de 154 milliards en 13 ans.

Aujourd’hui, le ratio dette-PIB de l’Ontario est l’un des plus élevés au pays : il figure au deuxième rang, tout juste derrière Terre-Neuve-et-Labrador (51,3%), selon une récente étude de l’Institut Fraser.

Il ne faut pas paniquer, mais il faut prendre cela au sérieux.

Une citation de :Ricardo Tranjan, économiste et chercheur principal, Centre canadien de politiques alternatives

L’économiste du Centre canadien de politiques alternatives affirme que le gouvernement Ford s’est privé d’importants revenus en accordant des allègements fiscaux et en sortant l’Ontario du marché du carbone commun avec le Québec et la Californie.

L'économiste politique et chercheur principal au Centre canadien de politiques alternatives, Ricardo Tranjan.

Ricardo Tranjan, économiste politique et chercheur principal au Centre canadien de politiques alternatives.

Photo : Radio-Canada / Reno Patry

Il craint que les progressistes-conservateurs reviennent à la charge avec des mesures d’austérité dès que la crise sanitaire s’essoufflera, comme ils l’avaient fait dans leur premier budget.

Des mesures qui visent seulement le déficit et l'équilibre budgétaire, à court terme, ça peut être très dangereux parce que ça peut empêcher une récupération plus globale de l'économie, affirme Ricardo Tranjan.

Un coût politique?

Le gouvernement Ford se trouve dans une situation inconfortable, estime la politologue Stéphanie Chouinard, puisqu'il avait fait de la réduction du déficit son cheval de bataille.

On fait face à une situation un peu paradoxale où on a un gouvernement qui s'est fait donner un mandat de réduire la dette publique et qui se fait dire actuellement par le même électorat qu'il aurait dû dépenser plus dans la dernière année, affirme-t-elle.

La professeure estime, d'une part, que l’électorat pardonnera au gouvernement Ford de ne pas réussir à éliminer le déficit d'ici 2023-2024, compte tenu de la crise actuelle.

Mais d'autre part, elle affirme que bon nombre d'Ontariens auraient souhaité que la province investisse davantage dans des secteurs névralgiques, comme la santé, les soins de longue durée et l’éducation, pour qu’ils soient mieux équipés à faire face à la pandémie.

Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de sciences politiques du Collège militaire royal du Canada

Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de sciences politiques du Collège militaire royal du Canada

Photo : Radio-Canada

Les partis d’opposition et des experts ont souvent accusé le gouvernement d’être assis surdes milliards de dollars destinés à la lutte contre la COVID-19. Des affirmations que le gouvernement continue de nier.

Emily Hogeveen, porte-parole du bureau du ministre des Finances, affirme que le budget 2021 offrira des soutiens supplémentaires afin de protéger la santé des gens et soutenir l’économie de l’Ontario, tout en s'appuyant sur les 45 milliards annoncés lors du dernier budget pour atténuer les répercussions du coronavirus.

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