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Plus de 40 cerfs à abattre au parc-nature de la Pointe-aux-Prairies à Montréal

Deux cerfs de Virginie dans un parc.

La grande densité de cerfs de Virginie détruit la biodiversité (régénération de la végétation) et les habitats d’autres espèces, comme les oiseaux.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

La Ville de Montréal devra prendre les grands moyens pour réduire la population de cerfs de Virginie qui est en augmentation dans l’est de l’île, en particulier dans le parc de la Pointe-aux-Prairies, dans l’arrondissement Pointe-aux-Trembles.

C'est du moins l'avis des experts mandatés par la Ville, qui recommandent d’éliminer une quarantaine de bêtes, soit les trois quarts du cheptel, maintenant estimé à plus de 55 têtes.

Le Centre d’étude de la forêt (Nouvelle fenêtre), qui réunit des chercheurs en biologie et en foresterie de 11 universités québécoises, a produit le document d’une centaine de pages, intitulé Rapport sur la situation du cerf de Virginie dans l’est de Montréal.

Entrée du parc-nature de la Pointe-aux-Prairies.

Le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies accueille les ornithologues et les interprètes de la nature.

Photo : Radio-Canada / Carl Mondello

Ce rapport d’expertise a été commandé l’automne dernier par le Service des grands parcs de la Ville de Montréal. La Ville cherche depuis au moins huit ans un moyen pour régler le problème de la surabondance des cerfs de Virginie dans ce secteur de Pointe-aux-Trembles.

Les conclusions de ce rapport, dont La semaine verte a obtenu les grandes lignes, doivent être remises à la Ville d’ici la semaine prochaine.

Ce que nous recommandons, c’est un traitement choc, afin de diminuer rapidement la densité du cheptel et de sauver l’écosystème dans ce secteur de l’est de l’île. Dans des endroits comme ça, les conditions ne sont pas propices à une activité de chasse traditionnelle, alors on recommande des méthodes létales, soit la chasse contrôlée ou la capture avec euthanasie. - Jean-Pierre Tremblay, biologiste et coauteur du rapport d’expertise

Portrait de Jean-Pierre Tremblay.

Le biologiste Jean-Pierre Tremblay est l’un des principaux signataires de ce rapport.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Derrière le Bambi, une végétation dévastée

Le biologiste Jean-Pierre Tremblay est l’un des principaux signataires de ce rapport. Le spécialiste en gestion des populations de cervidés a insisté sur l’importance de bien informer la population avant de procéder. Il faut que les citoyens comprennent bien les impacts du maintien de cette abondance de cerfs dans leur milieu. Ça fait une vingtaine d’années que c’est brouté de façon chronique, il n’y a plus de régénération, et les espèces envahissantes, comme le nerprun, en profitent.

Le cerf est une espèce magnifique et charismatique, mais les dommages qu’il cause, c’est comme une maladie chronique. Et en forte densité, les cerfs font augmenter le risque de transmission de la tique et de la maladie de Lyme.

Une citation de :Jean-Pierre Tremblay, biologiste et coauteur du rapport d’expertise

La leçon de Longueuil

Comme c’est le cas à Longueuil, les cerfs de Virginie qui occupent le parc-nature de la Pointe-aux-Prairies empêchent la régénération de la végétation et détruisent les habitats d’autres espèces, comme les oiseaux.

Avant de prendre quelque mesure que ce soit, la Ville souhaite prendre le temps de bien informer la population concernée des conséquences de la surabondance de cerfs dans le parc périurbain.

Cerf en hiver.

Cerf au parc Michel-Chartrand de Longueuil en hiver

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Pour le président du Comité d'éthique de l'utilisation des animaux (CÉUA), Jean-Pierre Vaillancourt, cette approche de Montréal pourra ainsi éviter les problèmes de communication rencontrés par la Ville de Longueuil l’automne dernier. Selon lui, toutefois, peu de solutions s'offrent à Montréal pour régler le problème.

Il y a trois choix : on euthanasie, on déplace ou on laisse faire. Ça fait 10 ans qu’on laisse faire, pis là, on est en surpopulation.

Une citation de :Le Dr Jean-Pierre Vaillancourt, président du CÉUA, Université de Montréal

Comme plusieurs biologistes, le médecin vétérinaire estime que la relocalisation d’une bête comme le cerf de Virginie comporte beaucoup trop de risques.

Portrait de Jean-Pierre Vaillancourt.

Jean-Pierre Vaillancourt, médecin vétérinaire et président du Comité d'éthique sur l'utilisation des animaux (CEUA) à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Vous prenez un cerf, que vous mettez en contention une heure au sol ; en général, il ne sera pas capable de se relever. Et de ceux qui seront transportés vers un nouveau milieu, on sait très bien qu’au moins 80 %, en dedans d’un an, seront morts, explique le Dr Jean-Pierre Vaillancourt.

Un cheptel qui prend de l’ampleur

Il y a quelques jours, le ministère de la Faune a effectué un inventaire aérien des cerfs du parc-nature de la Pointe-aux-Prairies. Contrairement à ce que l’on estimait, la densité du cheptel continue d’augmenter. Les hivers doux, les nouvelles naissances et la nourriture à profusion ont contribué à gonfler cette population.

Trois cerfs en hiver.

À cause du broutage des cerfs, les espèces végétales du parc disparaissent et laissent place aux plantes envahissantes, comme le nerprun.

Photo : Radio-Canada / Pier Gagné

Le rapport d’expertise aborde un important problème d’empiètement du cerf de Virginie dans plusieurs secteurs habités de l’est de Montréal. En quête de nourriture et d’un abri, les cerfs se déplacent un peu partout sur la pointe de l’île. On peut les apercevoir aux abords des axes routiers et des voies ferrées, ou encore, sur un terrain de golf. Souvent, des citoyens nourrissent les cervidés.

La situation actuelle, nous y avons contribué, notamment en nourrissant ces cerfs-là de façon artificielle. Nous nous sommes immiscés dans l’écosystème d’une façon plus ou moins adéquate, puis là, on est en train d’en subir les conséquences, ajoute le Dr Jean-Pierre Vaillancourt.

Stérilisation : une option coûteuse et temporaire

Plusieurs opposants au scénario d’abattage des cerfs prônent la méthode de stérilisation pour régulariser les populations en milieu urbain et périurbain. Les biologistes que nous avons rencontrés disent que sur le plan scientifique, ces méthodes sont encore en développement.

Le Dr Jean-Pierre Vaillancourt ajoute que ça coûte très cher comme opération, des milliers de dollars pour chaque animal stérilisé.

Et même si les femelles sont stérilisées, elles continueront à causer d’importants dommages dans le parc puisqu’elles peuvent vivre de 12 à 14 ans. Pour les deux principaux auteurs du rapport, les biologistes Martin Leclerc et Jean-Pierre Tremblay, le problème reste donc entier et récurrent.

Un suivi plus rigoureux

Pour Jean-Pierre Tremblay, après une opération d’abattage, les biologistes doivent tout de même demeurer aux aguets.

Le cerf a la capacité de se reproduire très rapidement, et donc, de rebondir aussitôt qu’on diminue sa population, souligne le biologiste Jean-Pierre Tremblay.

Pour éviter un nouvel accroissement du cheptel, les biologistes du Service des grands parcs de la Ville de Montréal et du ministère de la Faune devront aussi surveiller la migration des cerfs en provenance des îles de Boucherville.

Les cerfs sont de très bons nageurs; ils peuvent facilement passer d’une île à une autre et même traverser le fleuve Saint-Laurent. Ils peuvent nager sur des kilomètres.

Une citation de :Jean-Pierre Tremblay, biologiste et coauteur du rapport d’expertise
Berges enneigées du parc-nature de la Pointe-aux-Prairies.

Les cerfs peuvent facilement nager ou emprunter des ponts de glace pour se rendre au parc-nature de la Pointe-aux-Prairies.

Photo : Radio-Canada / Carl Mondello

D'île en île, les cerfs profitent des ponts de glace dans leur périple pour rejoindre des parcs comme celui de Pointe-aux-Trembles. Le cheptel de cervidés du parc-nature de la Pointe-aux-Prairies pourrait continuer de s’accroître, profitant de ce garde-manger en milieu urbain.

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