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Le Collège Saint-Damien-de-Buckland menacé de démolition

Le Collège Saint-Damien, à droite, sa salle de spectacles à l'avant-plan, et la résidence l'Oasis, à l'extrême gauche.

Le Collège Saint-Damien, à droite, sa salle de spectacles à l'avant-plan, et la résidence l'Oasis, à l'extrême gauche.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Eugénie Emond

Le Centre de services scolaire de la Côte-du-Sud (CSSCS) attend l’aval du ministère de l’Éducation pour la construction d’une école primaire neuve à Saint-Damien-de-Buckland. S’il allait de l’avant, ce projet aurait pour conséquence la démolition du Collège Saint-Damien, où loge l’actuelle école primaire les Rayons-de-Soleil.

Le Collège Saint-Damien est un imposant édifice de 13 000 mètres carrés construit en 1958 et conçu par l’architecte Jean-Marie Roy, figure de proue de l’architecture moderne au Québec. Il abrite non seulement l’école primaire, mais aussi l’hôtel de ville, la Maison de la culture, une salle de spectacle de 375 places, la bibliothèque municipale, deux organismes communautaires ainsi que l’Oasis, une résidence pour aînés à but non lucratif qui héberge 68 résidents.

Ce modèle de résidence pour aînés est unique au Québec, alors que les résidents bénéficient de la proximité des organismes. Le Centre de services scolaire de la Côte-du-Sud (CSSCS) est copropriétaire de la bâtisse aux deux tiers avec l’Oasis, qui en détient le tiers.

Le projet, c’est de reconstruire une autre école sur le même terrain, mais pas au même endroit, explique Jean-Marc Jean, directeur général du CSSCS.

« Ce ne serait pas avantageux de conserver le Collège, ni pour nous ni pour quelqu’un qui pourrait s’en porter acquéreur. C’est pour ça que le projet c’est de le démolir. »

— Une citation de  Jean-Marc Jean, directeur général du Centre de services scolaire de la Côte-du-Sud

La citoyenne Pauline Mercier n’est pas de cet avis. En mai dernier, elle a fait circuler une pétition qui a recueilli près de 600 signatures. C’était le seul moyen qui était à ma disposition [en contexte de pandémie] pour montrer aux autorités que je n’étais pas seule comme citoyenne à refuser de démolir, relate-t-elle.

La citoyenne Pauline Mercier a recueilli 600 signatures sur une pétition s'opposant à la démolition du Collège Saint-Damien.

La citoyenne Pauline Mercier a recueilli 600 signatures sur une pétition s'opposant à la démolition du Collège Saint-Damien.

Photo : Radio-Canada

Des coûts d’entretien trop élevés

Le CSSCS soutient que les coûts d’entretien de la bâtisse sont trois fois plus élevés que ceux d’autres écoles similaires de la région. En 2019, il avait mandaté la firme Cuatro Architecture d’estimer les coûts de rénovation du bâtiment, qui nécessite notamment un désamiantage global. Un rapport évaluait à environ 28 millions de dollars les réparations requises.

Le ministère de l’Éducation a déjà refusé une première demande d’aide financière de la part du CSSCS à l’automne 2019 pour procéder à une démolition et à une reconstruction de l’école. Le ministère avait alors motivé son refus en précisant que le territoire concerné présentait un surplus d’espace pour les prochaines années, et ce, même en considérant une éventuelle démolition du bâtiment.

Or, l’automne dernier, l’Oasis a exprimé sa volonté de quitter la bâtisse afin, notamment, d’éviter des déménagements répétés aux résidents lors d’éventuelles rénovations du collège. Le président de l’Oasis et conseiller municipal Pierre Thibert affirme également que la Société d’habitation du Québec (SHQ), principal bailleur de fonds de la résidence pour aînés, a refusé de la soutenir financièrement pour les éventuelles rénovations. Du côté de la SHQ, on soutient toutefois que la demande d’aide financière de l’Oasis est toujours en cours d’analyse.

Siège social de la Congrégation Notre-Dame du Perpétuel Secours, à Saint-Damien de Buckland.

Les religieuses de la congrégation Notre-Dame du Perpétuel Secours quitteront la Maison-Mère en 2022.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Avec le départ annoncé de l’Oasis et, cette fois, l’appui de tous les organismes locataires du collège, ainsi que du conseil d’établissement de l’école les Rayons-de-Soleil, le CSSCS a présenté une deuxième demande au ministère de l’Éducation en septembre dernier.

L’Oasis déménagée, le CSSCS ne veut assumer seul les coûts d’entretien ou de rénovation de l’édifice. Or, la citoyenne Pauline Mercier, également présidente de l’organisme Résidence d’Accueil Bellechasse Sud dont la mission est d’accueillir et d’héberger de nouveaux arrivants — principalement des travailleurs étrangers —, propose une solution afin de pallier au départ éventuel de la résidence pour aînés.

Logements sociaux pour solution?

Résidence d’Accueil Bellechasse Sud suggère que les locaux occupés par l’Oasis soient remplacés par des logements sociaux destinés à des familles et des travailleurs étrangers, la municipalité de 1970 habitants ne comptant pas une grande offre de logements sur son territoire.

Dans l’attente d’une réponse du ministère de l’Éducation, le dossier du collège est en suspens alors que la Municipalité héritera sous peu d’un important patrimoine bâti avec le départ des religieuses de la Congrégation Notre-Dame du Perpétuel Secours, prévu en 2022. Il faudra trouver des usages à l’imposante maison mère et au domaine du Lac Vert, dont la Municipalité vient d’hériter.

Le maire de Saint-Damien-de-Buckland, Sébastien Bourget, en entrevue à Radio-Canada.

Le maire de Saint-Damien-de-Buckland, Sébastien Bourget.

Photo : Radio-Canada

Si j’avais juste le collège, ce serait si simple, mais je suis obligé de tenir compte de l’ensemble, plaide le maire du village Sébastien Bourget.

Dans une vidéo publiée en décembre dernier sur la page Facebook de la Municipalité, il explique les raisons qui ont mené la Municipalité à appuyer le projet du CSSCS. Il y fait notamment référence à une rencontre qui a eu lieu il y a moins de deux ans entre la SHQ, le ministère de l’Éducation et le ministère de la Culture et des Communications (MCC).

« Les trois instances en étaient venues à la conclusion qu’il valait mieux procéder à un nouveau projet qu’à la rénovation des installations compte tenu des coûts liés à ces rénovations. »

— Une citation de  Sébastien Bourget, maire de Saint-Damien-de-Buckland

Le MCC affirme avoir effectivement participé à des travaux avec la SHQ et le ministère de l’Éducation à la recherche de solutions pour assurer la préservation du collège. Il indique toutefois être défavorable à une démolition et en avoir alors informé le Centre de services scolaire de la Côte-du-Sud et le ministère de l’Éducation. Il assure également avoir produit un rapport en 2019 qui confirme l'intérêt patrimonial du bâtiment et qui indique que sa réhabilitation devrait être favorisée.

Étude de coûts nécessaire

Selon Docomomo Québec, un organisme dont la mission est la documentation et la conservation de l’architecture du mouvement moderne, une étude est nécessaire afin de comparer les coûts d’une construction neuve et la réhabilitation de la bâtisse. Le CSSCS estime qu’il en coûtera environ 20 millions de dollars pour une nouvelle école. Sans compter les frais qu’occasionnera le déménagement de tous les locataires, dont la reconstruction d’une salle de spectacle prévue dans l’actuel Centre sectoriel des plastiques.

Il faudrait être plus attentif au fait que, lorsqu’il y a déjà des usages [dans un bâtiment], de ne pas s’en départir de manière précipitée, souligne Francine Vanlaethem, présidente de Docomomo Québec, qui s’affaire à documenter ce campus moderne que constitue le collège et les pavillons à proximité qu’avait imaginés l’architecte Jean-Marie Roy.

On dit que le bâtiment le plus vert est celui qui existe déjà, résume-t-elle.

La députée de Bellechasse Stéphanie Lachance rappelle que la décision quant à l’avenir du collège est toujours sous analyse par le ministère de l’Éducation. La beauté de ce projet-là, c’est que le milieu a été concerté. Quand on parle des organismes dans le collège, ils ont tous été mis à contribution, souligne-t-elle.

À savoir...

Le Collège Saint-Damien est l’un des premiers projets de Jean-Marie Roy, un architecte de Bellechasse.

Au milieu des années 50, les religieuses de la congrégation Notre-Dame du Perpétuel Secours, dont le siège social se situe à Saint-Damien-de-Buckland, lui confient le mandat d’ériger ce campus. Sur le sommet de la colline qui surplombe le village, le collège de 13 000 mètres carrés est d’abord construit afin d’y loger une école normale destinée à former de nouvelles enseignantes, mais aussi à éduquer des orphelins.

Dans la côte de la butte, elles font bâtir huit pavillons blancs à l’allure futuriste, destinés à recevoir les orphelins de la région. Dans ces pavillons, les sœurs comptaient y créer des bulles familiales chaleureuses, inspirées de ce qui se fait de mieux aux États-Unis en matière d’orphelinat.

La Révolution tranquille et le concile Vatican II viendront mettre un terme à leurs projets éducatifs. Au pied du collège, les pavillons blancs sont aujourd’hui, pour la plupart, à l’abandon.

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